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Césarine


L’armée de l’Est battait en retraite, sur Besançon, après l’inutile tentative de Bourbaki pour débloquer Belfort. Pauvre et lamentable armée, qui avait commencé la campagne étant déjà un troupeau ! Quelle cohue ! Innombrables corps francs, où tout le monde se chamarrait de galons ; bataillons de moblots où presque personne n’en portait, car il n’y avait plus un officier par cent hommes ; cavaliers de goums, improvisés spahis ; nègres algériens, recrutés comme Turcos ; mobilisés effarés, gauches conscrits de quarante ans dont les meilleures compagnies avaient pour capitaines d’anciens sergents-majors ; et enfin les débris de l’armée de la Loire, ces régiments de marche tant de fois disloqués par la défaite et la misère, tant de fois reconstitués à la diable, de bric et de broc, les uniformes mêlés ; sauf les Lyonnais aux vareuses neuves et des Vengeurs aux costumes d’opéra-comique, tout cela vêtu misérablement ; la plupart en loques ; certains, des chançards, rafistolés mi-partie soldats et pékins, lignards en culottes de porteurs d’eau, chasseurs pantalonués de cotillons, zouaves enfouis dans des cache-nez ; et, pour armes, des fusils de tout système et de tout calibre, distribués comme au décrochez-moi-ça d’un arsenal en déconfiture, chassepots fabriqués hâtivement, remingtons anglais, carabines suisses, tabatières, jusqu’à de vieux flingots à piston ; et toute cette foule manœuvrant au hasard, sans cohésion, sans expérience, sans discipline, les uns n’ayant jamais vu le feu, les autres l’ayant trop vu, ceux-ci accoutumés à la débandade et y préparant ceux-là, les nouveaux travaillés d’avance par la panique, les anciens écœurés d’une guerre où l’on était toujours vaincu ; et nul n’ayant confiance en rien, ni dans les chefs qu’en accusait d’impéritie ou de trahison, ni dans l’intendance qui nous laissait manquer de vivres des jours entiers, ni dans les camarades puisque chacun sentait son voisin aussi découragé que lui-même.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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Fiche détaillée de “Césarine”

Fiche technique

  • Auteur : Jean Richepin
  • Éditeur : Collection XIX
  • Date de parution : 27/06/16
  • EAN : 9782346080885
  • Format : Multi-format
  • Nombre de pages: 332
  • Protection : NC

Résumé

L’armée de l’Est battait en retraite, sur Besançon, après l’inutile tentative de Bourbaki pour débloquer Belfort. Pauvre et lamentable armée, qui avait commencé la campagne étant déjà un troupeau ! Quelle cohue ! Innombrables corps francs, où tout le monde se chamarrait de galons ; bataillons de moblots où presque personne n’en portait, car il n’y avait plus un officier par cent hommes ; cavaliers de goums, improvisés spahis ; nègres algériens, recrutés comme Turcos ; mobilisés effarés, gauches conscrits de quarante ans dont les meilleures compagnies avaient pour capitaines d’anciens sergents-majors ; et enfin les débris de l’armée de la Loire, ces régiments de marche tant de fois disloqués par la défaite et la misère, tant de fois reconstitués à la diable, de bric et de broc, les uniformes mêlés ; sauf les Lyonnais aux vareuses neuves et des Vengeurs aux costumes d’opéra-comique, tout cela vêtu misérablement ; la plupart en loques ; certains, des chançards, rafistolés mi-partie soldats et pékins, lignards en culottes de porteurs d’eau, chasseurs pantalonués de cotillons, zouaves enfouis dans des cache-nez ; et, pour armes, des fusils de tout système et de tout calibre, distribués comme au décrochez-moi-ça d’un arsenal en déconfiture, chassepots fabriqués hâtivement, remingtons anglais, carabines suisses, tabatières, jusqu’à de vieux flingots à piston ; et toute cette foule manœuvrant au hasard, sans cohésion, sans expérience, sans discipline, les uns n’ayant jamais vu le feu, les autres l’ayant trop vu, ceux-ci accoutumés à la débandade et y préparant ceux-là, les nouveaux travaillés d’avance par la panique, les anciens écœurés d’une guerre où l’on était toujours vaincu ; et nul n’ayant confiance en rien, ni dans les chefs qu’en accusait d’impéritie ou de trahison, ni dans l’intendance qui nous laissait manquer de vivres des jours entiers, ni dans les camarades puisque chacun sentait son voisin aussi découragé que lui-même.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

Biographie de Jean Richepin

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