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Du temps acheté. La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique


Le "capitalisme démocratique" – ce régime économique qui, jusqu’aux années 1970, achetait l’adhésion des populations occidentales grâce à la promesse d’un constant progrès de leur condition sociale – est entré en crise dès les années 1980 : suite à la résistance à l'impôt des producteurs de richesses financières et à leur lutte pour les allègements fiscaux, un nouveau régime se met en place, marqué par l’inflation et les déficits budgétaires nationaux. Le financement de la dette publique passe à des institutions privées qui exigent en retour la dérégulation des marchés financiers, puis passé 2008, la compensation de leur faillite par les États. La globalisation économique masque la réalité politique : à l’État fiscal classique a succédé dans les années 1970 l’État débiteur, qui entendit par les emprunts publics et les crédits privés désamorcer les antagonismes sociaux et maintenir une forme de croissance. Aujourd’hui, nous vivons dans l’État de la consolidation – celui qui fait payer aux citoyens le service de la dette par des réformes de structure visant à se délester de ses fonctions régaliennes et de certaines missions de service public au profit d’institutions hors de portée des représentations démocratiques nationales : l’euro et la Banque centrale européenne en sont deux exemples avérés. Plus que jamais, l’économie relève non pas d’une gestion technicienne, mais d’une instabilité constante dans les rapports de force entre producteurs de biens et producteurs de profits.

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Résumé

Le "capitalisme démocratique" – ce régime économique qui, jusqu’aux années 1970, achetait l’adhésion des populations occidentales grâce à la promesse d’un constant progrès de leur condition sociale – est entré en crise dès les années 1980 : suite à la résistance à l'impôt des producteurs de richesses financières et à leur lutte pour les allègements fiscaux, un nouveau régime se met en place, marqué par l’inflation et les déficits budgétaires nationaux. Le financement de la dette publique passe à des institutions privées qui exigent en retour la dérégulation des marchés financiers, puis passé 2008, la compensation de leur faillite par les États. La globalisation économique masque la réalité politique : à l’État fiscal classique a succédé dans les années 1970 l’État débiteur, qui entendit par les emprunts publics et les crédits privés désamorcer les antagonismes sociaux et maintenir une forme de croissance. Aujourd’hui, nous vivons dans l’État de la consolidation – celui qui fait payer aux citoyens le service de la dette par des réformes de structure visant à se délester de ses fonctions régaliennes et de certaines missions de service public au profit d’institutions hors de portée des représentations démocratiques nationales : l’euro et la Banque centrale européenne en sont deux exemples avérés. Plus que jamais, l’économie relève non pas d’une gestion technicienne, mais d’une instabilité constante dans les rapports de force entre producteurs de biens et producteurs de profits.

Biographie de Wolfgang Streeck

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