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Les 120 journées de Sodome


D'abord, parce qu'il s'agit d'un manuscrit des plus légendaires de l'histoire de nos lettres. Ecrit à la Bastille, en 1785 (plus d'un an après son arrivée), sur des pages minuscules collées bout à bout dans un immense rouleau de dix mètres. Toute la première face couverte de son écriture serrée : cette bande a été écrite en vingt soirées, de sept à dix heures, et est finie ce 12 septembre 1785. Et 37 jours pour l'autre face, mais Sade prisonnier de son propre système, condamné à une amplification qui ne laissera d'autre choix à ses protagonistes que se massacrer eux-mêmes, sans révolte, et lui de n'en être plus que le comptable – des accumulations, des listes numérotées, un tournoiement, un compte de dates et de supplices.

Alors compte quoi, sinon la légende du rouleau abandonné dans les ruines de la Bastille, retrouvé par un anonyme qui le vendra bien plus tard, sinon cette furie de survie, d'un homme que nous ne connaîtrons jamais, et qui tisse le territoire de violence, d'épouvante, de luxure et d'échappées transcendantes – comme fasciné lui-même par ces emboîtements infinis de récits – qui définissent le territoire dont il usera ensuite en musicien ou architecte, quand ici il n'y a que l'obscur ?

Nous lisons la fabrique de Sade, une fabrique qui ne dit que sa propre impossibilité, et la sienne. Et ce sommet d'écriture qui commente lui-même ses plans, ses erreurs, ses reprises, son rythme – faisant de l'abîme qu'il dresse une figure même de l'oeuvre littéraire. Lisez donc le Lautréamont et Sade, de Maurice Blanchot : il ne nous est pas possible de contourner cette monstruosité même, si c'est d'elle que nous tirons notre propre chemin pour écrire.

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Résumé

D'abord, parce qu'il s'agit d'un manuscrit des plus légendaires de l'histoire de nos lettres. Ecrit à la Bastille, en 1785 (plus d'un an après son arrivée), sur des pages minuscules collées bout à bout dans un immense rouleau de dix mètres. Toute la première face couverte de son écriture serrée : cette bande a été écrite en vingt soirées, de sept à dix heures, et est finie ce 12 septembre 1785. Et 37 jours pour l'autre face, mais Sade prisonnier de son propre système, condamné à une amplification qui ne laissera d'autre choix à ses protagonistes que se massacrer eux-mêmes, sans révolte, et lui de n'en être plus que le comptable – des accumulations, des listes numérotées, un tournoiement, un compte de dates et de supplices.

Alors compte quoi, sinon la légende du rouleau abandonné dans les ruines de la Bastille, retrouvé par un anonyme qui le vendra bien plus tard, sinon cette furie de survie, d'un homme que nous ne connaîtrons jamais, et qui tisse le territoire de violence, d'épouvante, de luxure et d'échappées transcendantes – comme fasciné lui-même par ces emboîtements infinis de récits – qui définissent le territoire dont il usera ensuite en musicien ou architecte, quand ici il n'y a que l'obscur ?

Nous lisons la fabrique de Sade, une fabrique qui ne dit que sa propre impossibilité, et la sienne. Et ce sommet d'écriture qui commente lui-même ses plans, ses erreurs, ses reprises, son rythme – faisant de l'abîme qu'il dresse une figure même de l'oeuvre littéraire. Lisez donc le Lautréamont et Sade, de Maurice Blanchot : il ne nous est pas possible de contourner cette monstruosité même, si c'est d'elle que nous tirons notre propre chemin pour écrire.

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Biographie de Donatien (marquis de) Sade

 Donatien Alphonse François, marquis de Sade... Pas de portrait de l'auteur, sauf les portraits inventés, ou le portrait que chacun s'en invente pour lui-même. Né en 1740, incarcéré la première fois en 1763, puis en 1768, puis en 1772, puis en 1777, moeurs, moeurs, moeurs. Beaucoup d'amours, beaucoup de légendes.  Et de Vincennes à la Bastille en 1784, libéré seulement en 1790. Acteur de la Révolution, et puis interné, mis chez les fous. Il a soixante-dix ans quand il en sort, et meurt en 1814. 

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