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Monsieur Ripois et la Némésis


Louis Hémon (1880-1913)

"M. Ripois franchit le seuil du restaurant du Littoral, les mains à fond dans ses poches, un cigare entre les dents et s’arrêta quelques instants sur le trottoir.

Dans Cambridge Circus les voitures tournoyaient comme un vol de goélands, traversant la place pour s’enfoncer dans Charing Cross Road ou dans Shaftesbury Avenue, en longues courbes rapides et faciles comme des coups d’ailes. Leur défilé incessant s’accompagnait d’une grande clameur égale faite du ronflement des moteurs et du bruit crépitant des pneus sur le sol, ressac monotone, que les appels de trompe et les hurlements des sirènes perçaient comme des cris.

Il n’y avait pas de ciel. Les regards levés n’allaient pas plus loin qu’une voûte indéfinie, sans couleur, qui pouvait être un manteau de brume, ou l’obscurité de la nuit, ou le vide d’un éther sans étoiles. Mais, au niveau du sol, l’atmosphère était presque libre de brouillard, et les mille lumières formaient sur les places et les rues une couche de clarté dans laquelle le trafic humain se mouvait avec assurance. Au-dessus de cette couche illuminée collée à la terre, le reste du monde s’oubliait dans la nuit.

D’un geste sec du petit doigt M. Ripois fit tomber la cendre de son cigare et traversa la chaussée nonchalamment.

Devant la marquise du Palace, cabs et voitures de maîtres s’arrêtaient à la file, dégorgeant des hommes en habit et des femmes décolletées enveloppées de manteaux ou d’écharpes. Les portières se refermaient derrière eux en claquant ; ils traversaient le terre-plein posément, sans hâte, et montaient les marches du perron en hôtes attendus. Des passants s’étaient arrêtés et faisaient la haie, respectueux ; leurs regards se posaient sur les toilettes, sur les fourrures, ou bien sur les cous nus et les figures poudrées. Mi-déférents, mi-curieux, ils se donnaient le spectacle gratuit de leurs maîtres allant à leurs plaisirs, et les maîtres semblaient leur reconnaître tacitement le droit d’admirer et les ignoraient complaisamment."

Monsieur Ripois est un français expatrié à Londres. Il mène une petite vie tranquille entre son travail de traducteur et le plaisir de séduire les femmes dans les rues. Mais monsieur Ripois perd sa place ; alors la Némésis, la colère divine, commence à le poursuivre...

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Fiche technique

Résumé

Louis Hémon (1880-1913)

"M. Ripois franchit le seuil du restaurant du Littoral, les mains à fond dans ses poches, un cigare entre les dents et s’arrêta quelques instants sur le trottoir.

Dans Cambridge Circus les voitures tournoyaient comme un vol de goélands, traversant la place pour s’enfoncer dans Charing Cross Road ou dans Shaftesbury Avenue, en longues courbes rapides et faciles comme des coups d’ailes. Leur défilé incessant s’accompagnait d’une grande clameur égale faite du ronflement des moteurs et du bruit crépitant des pneus sur le sol, ressac monotone, que les appels de trompe et les hurlements des sirènes perçaient comme des cris.

Il n’y avait pas de ciel. Les regards levés n’allaient pas plus loin qu’une voûte indéfinie, sans couleur, qui pouvait être un manteau de brume, ou l’obscurité de la nuit, ou le vide d’un éther sans étoiles. Mais, au niveau du sol, l’atmosphère était presque libre de brouillard, et les mille lumières formaient sur les places et les rues une couche de clarté dans laquelle le trafic humain se mouvait avec assurance. Au-dessus de cette couche illuminée collée à la terre, le reste du monde s’oubliait dans la nuit.

D’un geste sec du petit doigt M. Ripois fit tomber la cendre de son cigare et traversa la chaussée nonchalamment.

Devant la marquise du Palace, cabs et voitures de maîtres s’arrêtaient à la file, dégorgeant des hommes en habit et des femmes décolletées enveloppées de manteaux ou d’écharpes. Les portières se refermaient derrière eux en claquant ; ils traversaient le terre-plein posément, sans hâte, et montaient les marches du perron en hôtes attendus. Des passants s’étaient arrêtés et faisaient la haie, respectueux ; leurs regards se posaient sur les toilettes, sur les fourrures, ou bien sur les cous nus et les figures poudrées. Mi-déférents, mi-curieux, ils se donnaient le spectacle gratuit de leurs maîtres allant à leurs plaisirs, et les maîtres semblaient leur reconnaître tacitement le droit d’admirer et les ignoraient complaisamment."

Monsieur Ripois est un français expatrié à Londres. Il mène une petite vie tranquille entre son travail de traducteur et le plaisir de séduire les femmes dans les rues. Mais monsieur Ripois perd sa place ; alors la Némésis, la colère divine, commence à le poursuivre...

Biographie de Louis Hémon

Louis Hémon est né à Brest en 1880 d’une vieille famille bretonne. Reçu à l’école coloniale, il donne rapidement sa démission et débute sa carrière littéraire en remportant le premier prix d’un concours littéraire organisé par le journal « Le Vélo ». En 1911, il part pour le Canada, dans la région du lac Saint-Jean. C’est à cet endroit qu’il écrit Maria Chapdelaine. Louis Hémon meurt renversé par un train en 1913. Maria Chapdelaine est publié posthume.

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