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Salammbô


On connaît mal les textes d’après Bovary. Comme si le roman qui fit tant de bruit par son procès éclipsait le reste de l’œuvre. Salammbô fait partie du lot. Malheureusement. D’abord, parce qu’inclassable; tout bon professeur de Lettres s’y casse la tête; et voici un roman de Flaubert qui n’est pas réaliste. Mais historique. Et qui plus est une histoire que l’on ignore généralement : les guerres puniques (pas ou peu au programme d’histoire de l’Education Nationale), et particulièrement une époque singulière de ces conflits, la guerre qui opposa Carthage à ses mercenaires.

Mais c’est aussi un roman qui heurte le bon goût de l’intellectuel germano-pratin. Il y a plus de sang que la morale rationnelle l’exige. Un sang esthétisé par Flaubert, comble de la misère spirituelle pour tout lettré qui se respecte. La violence ne fait pas bon ménage avec la vraie littérature. Et bien Flaubert nous démontre le contraire. Au cinéma, il faudrait la caméra de Coppola pour rendre l’intensité flaubertienne. Celui d’Apocalypse Now et du Godfather. Une fresque baroque et nihiliste.

Résumé en une phrase, Salammbô, c’est l’histoire d’une princesse orientale, vierge et consacrée aux dieux, qui tombe amoureuse de l’ennemi de son père, de son pays, de sa patrie, qui le trahit et qui en meurt. Entre le premier et le dernier regard enchâssants le récit, il n’y a que d’incessants va-et-vient entre les deux camps et les deux corps, celui de Salammbô et de Mathô - le mercenaire au grand cœur.

Mathô, c’est aussi, paradoxalement et ironiquement, la figure romantique du révolté déchu. Qui pour trop aimer, est condamné à perdre, alors même qu’il lutte pour la Justice. En effet, Carthage refuse de payer ses soldats de fortune, qui lui ont été fidèles face à un ordre implacable, celui de Rome. Mathô, une sorte de pré-Spartacus. On ne peut prêter à Flaubert des intentions socialistes - il est pourtant dans l’époque - lui dont le pessimisme damne toute action politique. Cependant, il y a aussi quelque chose des frères Gracques chez ce héros flaubertien, symboles au XIXe siècle de la révolution intelligente, célèbres adversaires de l’injustice praticienne.

Bref, Flaubert dégouté de tout (du monde, littéraire et mondain) propose des figures alternatives. Aux veines gonflées de désir et de force. Antidotes à notre temps. Bien-sûr.

La présente édition reprend le texte de l’édition de 1883, de la Bibliothèque Charpentier.

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Résumé

On connaît mal les textes d’après Bovary. Comme si le roman qui fit tant de bruit par son procès éclipsait le reste de l’œuvre. Salammbô fait partie du lot. Malheureusement. D’abord, parce qu’inclassable; tout bon professeur de Lettres s’y casse la tête; et voici un roman de Flaubert qui n’est pas réaliste. Mais historique. Et qui plus est une histoire que l’on ignore généralement : les guerres puniques (pas ou peu au programme d’histoire de l’Education Nationale), et particulièrement une époque singulière de ces conflits, la guerre qui opposa Carthage à ses mercenaires.

Mais c’est aussi un roman qui heurte le bon goût de l’intellectuel germano-pratin. Il y a plus de sang que la morale rationnelle l’exige. Un sang esthétisé par Flaubert, comble de la misère spirituelle pour tout lettré qui se respecte. La violence ne fait pas bon ménage avec la vraie littérature. Et bien Flaubert nous démontre le contraire. Au cinéma, il faudrait la caméra de Coppola pour rendre l’intensité flaubertienne. Celui d’Apocalypse Now et du Godfather. Une fresque baroque et nihiliste.

Résumé en une phrase, Salammbô, c’est l’histoire d’une princesse orientale, vierge et consacrée aux dieux, qui tombe amoureuse de l’ennemi de son père, de son pays, de sa patrie, qui le trahit et qui en meurt. Entre le premier et le dernier regard enchâssants le récit, il n’y a que d’incessants va-et-vient entre les deux camps et les deux corps, celui de Salammbô et de Mathô - le mercenaire au grand cœur.

Mathô, c’est aussi, paradoxalement et ironiquement, la figure romantique du révolté déchu. Qui pour trop aimer, est condamné à perdre, alors même qu’il lutte pour la Justice. En effet, Carthage refuse de payer ses soldats de fortune, qui lui ont été fidèles face à un ordre implacable, celui de Rome. Mathô, une sorte de pré-Spartacus. On ne peut prêter à Flaubert des intentions socialistes - il est pourtant dans l’époque - lui dont le pessimisme damne toute action politique. Cependant, il y a aussi quelque chose des frères Gracques chez ce héros flaubertien, symboles au XIXe siècle de la révolution intelligente, célèbres adversaires de l’injustice praticienne.

Bref, Flaubert dégouté de tout (du monde, littéraire et mondain) propose des figures alternatives. Aux veines gonflées de désir et de force. Antidotes à notre temps. Bien-sûr.

La présente édition reprend le texte de l’édition de 1883, de la Bibliothèque Charpentier.

Biographie de Gustave Flaubert

Gustave Flaubert, né à Rouen le 12 décembre 18211 et mort à Canteleu, au hameau de Croisset, le 8 mai 1880, est un écrivain français. Prosateur de premier plan de la deuxième moitié du xixe siècle, Gustave Flaubert a marqué la littérature française par la profondeur de ses analyses psychologiques, son souci de réalisme, son regard lucide sur les comportements des individus et de la société, et par la force de son style dans de grands romans comme Madame Bovary (1857), L'Éducation sentimentale (1869), Salammbô (1862), ou le recueil de nouvelles Trois contes (1877).

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