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Survivre


« Survivre à quelqu’un » : tel est le sens le plus ancien du mot « survivre ». Il s’oppose moins à la mort qu’il n’en dit la proximité, le décès d’un proche étant la seule expérience de la mort que nous puissions vivre au présent. La survie psychique évoque un « appareil de l’âme » atteint dans ses possibilités créatrices, qui ne fonctionne plus qu’au minimum de ses capacités productives. L’histoire du sujet permet rarement de relier cette menace de l’effondrement à un moment tragique, car la temporalité humaine diffracte le trauma et impose la réalité psychique de l’après-coup à l’existence. Cet appareil de liaison, qui permet de symboliser et transformer, est-il simplement en panne ou à reconstruire ? L’attraction du transfert peut-elle substituer « vivre » à « survivre », pour que le monde apparaisse sous un nouveau jour ? À l’heure des canots de sauvetage en Méditerranée, quand l’auto-conservation règne en seul maître, « survivre » perd tout sens métaphorique. Quand « toutes les valeurs de la culture s’inclinent devant la survie » (Imre Kertész) car la terreur ne permet rien d’autre, d’où peut surgir l’espoir, celui de l’histoire et de sa transformation de la catastrophe en expérience ?

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Résumé

« Survivre à quelqu’un » : tel est le sens le plus ancien du mot « survivre ». Il s’oppose moins à la mort qu’il n’en dit la proximité, le décès d’un proche étant la seule expérience de la mort que nous puissions vivre au présent. La survie psychique évoque un « appareil de l’âme » atteint dans ses possibilités créatrices, qui ne fonctionne plus qu’au minimum de ses capacités productives. L’histoire du sujet permet rarement de relier cette menace de l’effondrement à un moment tragique, car la temporalité humaine diffracte le trauma et impose la réalité psychique de l’après-coup à l’existence. Cet appareil de liaison, qui permet de symboliser et transformer, est-il simplement en panne ou à reconstruire ? L’attraction du transfert peut-elle substituer « vivre » à « survivre », pour que le monde apparaisse sous un nouveau jour ? À l’heure des canots de sauvetage en Méditerranée, quand l’auto-conservation règne en seul maître, « survivre » perd tout sens métaphorique. Quand « toutes les valeurs de la culture s’inclinent devant la survie » (Imre Kertész) car la terreur ne permet rien d’autre, d’où peut surgir l’espoir, celui de l’histoire et de sa transformation de la catastrophe en expérience ?

Biographie de Françoise Coblence

Entre le séjour de Freud à Paris — où il rencontre Charcot — et 1897, année du renoncement à la théorie de la séduction comme explication générale de l'hystérie, se situe le parcours qui va faire d'un jeune neurologue et neurophysiologiste, engagé dans une carrière scientifique, le créateur de la psychanalyse. La leçon de Charcot, les échanges avec Josef Breuer à propos d'« Anna O », l'amitié avec Fliess et son extrême capacité à s'identifier aux patients névrosés vont amener Freud à délaisser ses premiers objets de recherche — comme les aphasies — pour l'étude de l'hystérie.
Abandonnant l'hypnose, il en arrivera au protocole qui constitue toujours le cadre de la technique analytique, et à ses découvertes princeps : le rôle de l'inconscient et de la sexualité infantile dans l'organisation du psychisme.
Les temps essentiels de cette élaboration, en particulier la correspondance de Freud avec Fliess, l'expérience de l'autoanalyse et la constatation de l'universalité des sentiments œdipiens, constituent autant de moments exemplaires d'une véritable conquête.

Professeur émérite de psychopathologie à l'université Denis Diderot, psychologue et psychanalyste

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