Littérature générale

  • La paternité, une épopée ! Père de cinq enfants, la vie de famille d'Alexandre Lacroix prend au fil des chapitres l'allure d'une épopée, semée d'épreuves et de vertiges.
    " La paternité est la grande affaire de ma vie adulte. Elle a occupé une large partie de mon temps. Mon premier enfant est né quand j'avais vingt-cinq ans ; mon cinquième quand j'en avais quarante-deux. Quatre garcons, une fille. De deux mères différentes.
    J'ai attendu que le cycle des naissances s'achève pour raconter cette expérience. J'en ressentais le désir depuis longtemps. Les romanciers, les intellectuels, s'ils évoquent souvent leurs pères, restent très discrets sur leur propre paternité. En un sens, je les comprends. Écrire sur ses enfants, c'est prendre le risque de la partialité. Et puis, comment alimenter le romanesque avec des petits pots ?
    À mesure que j'avancais dans l'écriture, j'ai pourtant eu la sensation de relater une épopée. Dans les romans de chevalerie, il y a des duels, des moments lumineux et violents où l'on joue sa peau comme lors d'un accouchement. Il y a des épreuves aussi et s'occuper de ses enfants, c'est en affronter sans cesse. Il faut écarter les dangers autour d'eux, en tracant une route.
    Si la filiation est une expérience épique, c'est encore qu'elle nous confronte à notre propre mort. Nos enfants sont ce que nous laissons sur Terre après nous. Dans la logique des choses, ils se trouveront réunis autour de notre cercueil. Mais cela n'a rien de triste. À mesure que nous vieillissons, nous transférons sur eux notre amour de la vie. " A. L.

  • La Muette

    Alexandre Lacroix

    Il existe, à quelques kilomètres de Paris, un lieu méconnu, même si des événements majeurs s'y sont déroulés : la cité de la Muette. À l'origine, elle devait être un fleuron de l'architecture française. Dessinée par deux grands architectes, elle représentait une réponse au Bauhaus allemand, et une révolution du logement populaire. Mais le chantier a été interrompu avant-guerre et, de 1941 à 1944, la Muette est devenue le camp de Drancy, administré par les gendarmes et les nazis. Depuis ces bâtiments, soixante-sept mille Juifs furent déportés.
    Le destin de cette cité, qui concentre ce qu'on ne veut pas voir à la fois dans l'histoire et dans la société françaises, ne s'arrête pas là : après la Libération, elle a été aménagée pour y créer des logements sociaux. Les anciennes chambrées des détenus, cloisonnées à la va-vite pour faire des studios et des deux-pièces, sont encore habitées de nos jours.
    Dans ce roman choral, l'auteur nous invite à suivre le parcours de deux personnages attachants, Elsa, détenue en 1943, et Nour, un jeune Beur d'aujourd'hui. Ils n'ont pas la même langue, pas le même rapport au désir ni à la mort, mais leurs histoires s'entremêlent et se répondent. Si bien qu'au croisement de leurs monologues, on croit entendre les voix de la Muette.

  • Jardin du Luxembourg. Un homme s'adresse à une femme qu'il s'apprête à rejoindre : il lui raconte l'histoire des mythiques chaises du Jardin, lui parle de La Nausé de Sartre, fait un détour par la Fontaine Médicis...
    Puis il poursuit « en sa compagnie » une exploration sentimentale et savante de Paris. À chaque rue traversée sont convoqués des anecdotes méconnues, des auteurs oubliés et célèbres ou des souvenirs personnels, du temps où le narrateur visitait de nuit les catacombes, escaladait les toits de Paris ou rencontrait à la bibliothèque la femme qui l'attend aujourd'hui.
    Dans ce récit aussi érudit qu'accessible, Alexandre Lacroix réussit à partager sa connaissance époustouflante de la ville et à mettre en scène un Paris intime et éternel. Et, ce faisant, il transforme ce roman géographique en un singulier voyage amoureux.

    Portrait d'Alexandre Lacroix par Arnaud Février © Flammarion

  • L'orfelin

    Alexandre Lacroix

    « Il me semble très improbable que le parcours d'une existence, de nos jours, suive la logique d'une Odyssée - c'est-à-dire d'une expédition qui nous force à quitter la terre natale pour aller conquérir le monde, puis nous permet d'y revenir après des années d'errance. Non, les vies que nous menons ne retourneront pas à leur point de départ. Elles sont faites d'arrachements successifs, par lesquels nous devons faire plusieurs fois le deuil de nos origines. Le village natal était autrefois une certitude, il est devenu un fantasme. » A. L.

    Trois journées. Trois étapes décisives dans la vie d'un homme. Une halte, au cours d'une traversée des Alpes à bicyclette, dans un camping au bord du lac Léman, en compagnie de deux femmes étranges. Un retour au pays natal, pour faire un dernier inventaire des affaires laissées par un père disparu vingt ans plus tôt. La naissance, dans une maternité parisienne, d'un petit garçon. Et chaque fois, le passé qui fait irruption, les démons de l'enfance qui reviennent ébranler toutes les certitudes.

  • Sommer a un problème, mais il est le seul à l'ignorer : il travaille sans cesse. Directeur de la chaîne logistique d'une grande entreprise, il a oublié qu'une autre vie était possible. Il jongle entre les réunions commerciales, les coups de fil et les manoeuvres malveillantes de son supérieur hiérar¬chique, et se targue de maîtriser son emploi du temps à la perfection. Bien sûr, il y a comme un paradoxe entre son engagement, à corps perdu, dans son métier et la dimension parfaitement dérisoire de celui-ci : vendre toujours plus de biscuits à toujours plus de clients. Mais il continue.
    Jusqu'à ce qu'un grain de sable vienne gripper cette machine bien huilée.
    En mettant en scène l'homo faber des temps modernes, Alexandre Lacroix nous offre un roman percutant sur notre relation au travail quand elle est vécue comme une servitude volontaire. L'homme qui aimait trop travailler s'ouvre comme une comédie mais pourrait bien se muer en tragédie contemporaine.

  • « À seize ans, j'ai découvert les livres de Nietzsche. J'ai lu La Généalogie de la morale au moment de mon anniversaire. Ces lectures m'ont plongé dans une douce, amère et terrible folie. Leur effet a duré un peu plus d'un an. Pendant quatorze mois, j'ai vu le monde, j'ai parlé, j'ai agi, j'ai respiré même à travers Nietzsche. Rien d'autre n'existait, j'étais habité par sa pensée, possédé par elle. Le livre que vous tenez entre les mains est une reconstitution, aussi fidèle que la mémoire le permet, de cette possession. »

  • «Elle dort.
    Maintenant, quand elle s'endort à mon côté, j'éprouve une confuse contrariété. Il me semble qu'elle m'échappe, qu'elle ne tombe pas dans le sommeil parce qu'elle a besoin de repos, mais par pur égoïsme. Elle dort contre moi, pour me montrer à quel point ma présence lui est indifférente. Pour son amant, elle était toujours en forme, gorgée de vitalité. Avec moi, la nuit, elle se laisse choir comme une masse. Même les rêves de Mathilde m'incommodent et me paraissent appartenir au registre de ses infidélités. À côté d'elle, je veille.
    Je crois que je déteste l'amour, et la fin de l'autonomie qui l'accompagne.»

  • L'objectif de cet essai est de montrer que la critique littéraire et plus précisément la lecture comparée des romans, peut apporter une contribution à la compréhension de la personnalité criminelle. Le projet de la criminologie est de traiter le crime non comme un acte hasardeux mais comme un fait social susceptible d'être observé et expliqué. Mais la criminologie se heurte à de nombreuses difficultés théoriques et pratiques qui limitent la portée des résultats.
    L'ordre de cet essai est conforme au découpage d'une intrigue romanesque : la période qui précède le crime -- la séquence du crime -- la période postérieure au crime.

  • « Le présentateur est le nouvel homme de pouvoir, l'alligator en chef, le terrible et redouté Téléviathan, roi incontesté du marécage.
    Il n'y a qu'une seule bonne résolution à prendre: jeter sa télé. »

  • « J'aime avant tout la révolte. Si je pouvais partir, je partirais en guerre contre le monde entier. Mais ce n'est pas possible. Alors, mes amis et moi, nous nous sommes rabattus sur une cible plus modeste. Nous avons choisi de diriger nos attaques contre la machine à endormir les foules : je parle bien sûr de la télévision. Nous sommes fatigués des images, du conditionnement permanent qu'on nous impose. Pour nous, la télévision ne sert qu'à niveler les consciences. Elle empêche les grandeurs, les excentricités, tout ce qui fait que les hommes pourraient se mettre debout et vivre enfin quelque chose de mystique, de fou, de divin... »
    Ainsi parle le héros de cette histoire, Mathieu Labech, meneur d'un groupe de jeunes révolutionnaires baptisé la « Mire ». L'action s'enchaîne sur un rythme rapide. Distributions de tracts, sabotages, incendies volontaires, plongée dans la clandestinité et la guérilla urbaine : les personnages sont prêts à tout pour faire entendre leur voix, pour nuire à l'industrie des images, à cette dictature des écrans dans laquelle nous vivons.
    La Mire renoue avec le genre du roman engagé et invente un mythe résolument contemporain : celui des vidéo-clastes, les casseurs de télé.

  • Tout à l'heure, avenue de la République, j'ai entendu une femme, assise au milieu d'un groupe de clochards, qui braillait en levant haut sa canette : « Il paraît que le scratch, c'est pour demain ! Nous, on s'en fout, on est prêt pour l'atterrissage ! » Elle répétait à l'envi, visiblement très contente d'elle, sa petite phrase, sa trouvaille : « Le scratch est pour demain ! »

  • « Tout est foutu, soyons joyeux. » « Rassurons-nous, tout va mal. » Voilà les maximes préférées de Clément Rosset, telles des remèdes à notre époque contemporaine angoissante. Il nous apprend à nous foutre de tout et à rester joyeux malgré notre condition de mortel, à être capable d'embrasser gaiement l'existence pour accéder à la sagesse et au bonheur, à écarter toute raison de désespérer.
    Clément Rosset a accordé une quinzaine d'entretiens à Alexandre Lacroix pour Philosophie magazine entre 2006 et 2017. Nous en avons sélectionné huit, qui permettent de faire un premier pas dans la pensée de ce grand homme. Philosophe de la joie et du tragique, mais non pessimiste, Clément Rosset défendait une vision incarnée de la philosophie, loin de l'image du penseur dans sa tour d'ivoire. Il défendait surtout un réalisme absolu et radical. Pour lui, seul le réel existe.
    Le recueil idéal pour s'initier à la philosophie et découvrir les grands philosophes - Nietzsche, Spinoza, Platon, Heidegger, Pascal, Bergson - en décortiquant Tintin, Gaston Lagaffe ou encore un morceau de camembert.

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