Arno Bertina

  • Sur les terres agricoles qui se trouvaient au sud de Rennes est née dans les années 60 une « ville nouvelle » : le quartier du Blosne. D'abord promesse de confort ou d'ascension sociale, l'ensemble a vieilli au fil des décennies, et les espérances se sont érodées. Au tournant des années 2010, un grand projet de rénovation est initié. Mais contrairement à ce qui se fait ailleurs, celui-ci va donner lieu à une vaste consultation appelant les habitants à associer leurs voix aux décisions de la mairie. Mieux : ils seront écoutés sincèrement.
    Youcef Bouras dirige une agence d'urbanisme impliquée dans le chantier. Pour lui aussi ce processus de concertation est une nouveauté, qui lui fait vite l'effet d'un caillou dans sa chaussure. Doit-il accepter de remballer une partie de l'expertise dont il est fier, lui qui a grandi dans une autre cité ? Les pratiques des usagers contredisent-elles les principes qu'il a mis en oeuvre dans d'autres circonstances ? L'intelligence qu'ils démontrent va-t-elle l'empêcher d'être le démiurge de ce chantier ?
    Pendant quatre ans, sur de longues périodes, les trois auteurs de ce roman ont résidé au Blosne. S'écartant des représentations habituelles de la « banlieue », ils racontent ici un quartier pluriel, où se cristallisent les transformations récentes de la société française. Dans la tension entre l'idéal et le réel, entre les volontés de domestication et la créativité concrète des habitants, c'est toute notre vie démocratique qui trouve à s'incarner.

  • "Le mec t'énerve, ça se sent. Qu'est-ce qui va se passer pour ta colère si tu finis par le trouver sympa? Un mec sympa et hop c'est tout le système qu'est de nouveau sympa? Il t'invite dans les bons restos et hop tu prends du bide? On doit être forts ; on sait que c'est pas le plus coupable ce mec, et c'est ce qu'il représente qu'on va juger."
    Les salariés d'un abattoir placé en liquidation judiciaire ont pris en otage un secrétaire d'État. Dans l'usine désormais cernée par les forces de l'ordre et les journalistes, chacun se découvre du souffle. La lutte collective veut hisser haut les étendards de la colère et de la joie, préparant en secret un baroud d'honneur aussi revendicatif que festif...

  • "Ceci n'est pas un essai sur le Congo. Cinq longs séjours, à l'invitation d'une ONG, ne permettent pas d'écrire sur un pays. Ce n'est pas non plus un récit de voyage. Alors quoi? C'est assurément un livre sur les filles des rues que j'ai rencontrées à Pointe-Noire et Brazzaville, dont j'ai voulu décrire la force et les blessures. Mineures n'ayant pas d'autres ressources que la prostitution, souvent orphelines et déjà mères, elles se métamorphosent dès la nuit tombée pour "faire la vie". Mais peut-être est-ce aussi un livre sur ce monde qui est le leur, avec sa misère et ses mystères, et sur ce qu'il a déplacé en moi..."
    Arno Bertina.

  • Et si l'Europe reconnaissait la propriété africaine des oeuvres d'art issues de la colonisation ? On avait beau jeu d'affirmer qu'elles avaient été achetées, car certains explorateurs ou certains représentants de l'Etat français (...) avaient sans doute troqué ces oeuvres contre peu d'argent, ou des babioles, ou des menaces. Aucune transaction inattaquable, certainement. Certes il était possible d'affirmer qu'en les volant on les avait sauvées mais c'était tout de même tordu. En trouvant l'audace d'intenter une procédure contre le Musée du quai Branly, à Paris, le roi de Bangoulap - un village du pays bamiléké, dans l'Est du Cameroun -, ne pouvait pas deviner que c'était en fait l'Europe libérale et carnassière qu'il allait complètement déshabiller. Une fiction inspirée de la spoliation des biens culturels africains pratiquée par les pays fondateurs de l'Union européenne durant les années de colonisation. L'auteur de ce court récit, Arno Bertina, renverse la vapeur avec un plaisir non dissimulé et communicatif ! EXTRAIT J'ai honte de ne pas le connaître encore quand lui l'a visité deux fois déjà. Il s'insurge poliment contre le montant de l'entrée - peut-être douze euros, peut-être quinze. Il est d'autant plus choqué que l'on y admire une sculpture du pays bamiléké. Payer pour voir les oeuvres de ses ancêtres ?! Il enchaîne en reconnaissant que les termites, ici, auraient condamné tous ces chefs-d'oeuvre. À brève échéance parfois. Mais je vais revenir à la remarque précédente : le ministère de la Culture aurait réussi un coup fumant s'il avait eu l'idée de ne faire payer l'entrée du musée du quai Branly qu'aux seuls Français, rendant gratuit l'accès aux collections pour toutes les autres nationalités, ou au moins aux Africains et aux Amérindiens, ainsi qu'aux pays d'Asie qui furent colonisés. L'idée plaît au fo, nous sourions tous les trois et nous passons à autre chose (la clé 3G qu'il a achetée au revendeur chinois ne fonctionne pas, il a besoin des lumières de Bob (Yves-Pascal, vous vous souvenez ?) pour l'installer). CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE Si vous connaissez Arno Bertina, vous savez ce qui vous attend. Si vous ne l'avez pas encore découvert, une nouvelle page de votre vie de lecteur va se tourner. - Alain Nicolas, L'Humanité Un court récit, aussi plaisant à lire que stimulant et revigorant et qui apporte sa propre couleur à cette formidable petite collection, Fictions d'Europe, que la Contre allée a inaugurée avec ce titre. - Marc Ossorguine, La Cause Littéraire À PROPOS DE L'AUTEUR Né en 1975, Arno Bertina publie son premier roman, Le dehors ou la migration des truites, chez Actes Sud en 2001. Paraitront ensuite Appoggio (Actes Sud, 2003) et Anima motrix (Verticales, 2006), ces trois titres constituant une manière de triptyque. En marge, il va initier de nombreuses collaborations avec des photographes, ou au sein du collectif Inculte. Je suis une aventure, son dernier roman, est paru en 2012 chez Verticales.

  • Idriss, un sans-papiers malien, raconte la naissance de son amitié avec Ahmed. Clandestins et dans l'impossibilité de retourner chez eux, ils sont tous deux enfermés dehors ; leurs promenades dominicales, entre Montreuil, Créteil, et Boissy-Saint-Léger, rendent leur solitude plus palpable encore. Les émotions qu'ils taisent tournent en boucle jusqu'à ce qu'Ahmed déraille et soit incarcéré.
    C'est à l'occasion du travail qu'elle a mené sur la communauté malienne de Montreuil, que la photographe Anissa Michalon a fait la connaissance d'Idriss, un jeune homme arrivé en France à l'âge de vingt ans. Écrivant un court roman à partir de ces images, Arno Bertina a voulu souligner ce qui, dans cette vie, renvoie aux pressions qui s'exercent sur tous les sans-papiers et, peut-être, sur bon nombre d'immigrés d'Afrique.

  • Deux voix qui se succèdent sans se répondre : celle de Ghetto, s.d.f. vivant au bord du périphérique, et celle d'un agent de la préfecture de police affecté à la vidéosurveillance de ce même périphérique. Un jour, ce dernier aperçoit une forme noire sur l'un des écrans, qui semble s'être installée sur une langue de béton, à la hauteur des voitures. En cherchant à entrer en contact avec ce s.d.f., l'agent découvrira l'enfer que c'est de vivre là...

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