Bertrand Degott

  • 'Sur la grand-place où finit le mois d'août où les cafés ont sorti leurs terrasses nous arrivons soin du hasard sans doute soin de ne pas revenir sur nos traces les cocktails qu'on y boit sitôt la nuit ont chacun sa lueur phosphorescente ma tequila sunrise (or c'est minuit) ta marie brizard, l'heure est si pressante qu'on aimerait s'en remettre au hasard t'es qui là ? moi l'os d'un mari brisé recyclé dans un film un peu bizarre et toi la star aux liqueurs anisées qui volontiers s'allume à l'aventure entre les figurants et les tentures.' Sous la plume de Bertrand Degott, le vers rimé file en liberté. Tantôt élégiaque, tantôt triviale, sa poésie entrecroise singulièrement humour et mélancolie.

  • Faire « vibrer la corde bouffonne » en poésie, tel est le programme que s'assigne Théodore de Banville au seuil de ses Odes funambulesques en 1857. Et l'auteur de noter aussitôt que, depuis Les plaideurs de Racine, l'essai n'a guère été suivi d'exemples en littérature française. Alors qu'elle représente une voie résolument originale, l'histoire des liens qui unissent poésie et comique lui apparaît trop fragile et discontinue. Sans doute l'observation de Banville s'explique-t-elle dans l'immédiat par la résistance qu'opposent à un tel projet les exigences métriques. Elle a ceci de capital néanmoins qu'elle met l'accent sur trois composantes majeures. La première est liée au sens même de « poésie », conçue extensivement, et proche sur le plan notionnel du grec poïein (« création », « fabrication »). La deuxième qui prend appui sur Racine apparie cette définition à l'art dramatique, dans lequel la poésie puise à parts égales ses moyens, et tend par conséquent à brouiller de manière irréversible les limites génériques. La dernière a trait à une référence dotée de la valeur critique d'un hapax. Certes, Les plaideurs ne constituent pas un accident dans l'oeuvre racinienne, et ne dérogent pas aux principes de la raison classique. Mais ils n'en sont pas non plus la dominante.

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