Brigitte Guilhot

  • Les Portes

    Brigitte Guilhot

    • Ska
    • 30 Septembre 2020

    Derrière les portes, il y a l'amour, les souvenirs, le désir, parfois la rage...
    Allez... saute !
    La portière s'ouvre sur la voix de sa mère. Trop enjouée, la voix de sa mère. Elle se laisse glisser sur la banquette. Mollement. Elle traîne. Elle sent le tissu râpeux sur ses cuisses nues. Elle prolonge le moment. La sensation. Pour s'en souvenir plus tard ou, peut-être, pour laisser des marques. Elle ne sait pas encore. C'est inconscient ce désir de preuves émouvantes. Elle traîne. Elle se penche, remonte sa socquette. Blanche, sa socquette. Et neuve, comme son maillot de corps et sa culotte. Tout cela parfaitement plié hier soir, sur la chaise, à côté de son lit. C'est la dernière chose qu'elle a vue avant de s'endormir : cette pile soigneusement organisée. [...]
    Brigitte Guilhot nous livre deux courtes nouvelles qui se complètent dans le même registre, quasi onirique, subtile et poignant en même temps. Avec cette très belle écriture, cette écrivaine possède en plus une voix...

  • J'ailleurs

    Brigitte Guilhot

    Lupa, dans un texte intime et bouleversant, raconte ses dernières visites à Murdos.
    « Tu me donnes tant, Lupa. Je ne sais pas ce que je pourrais t´offrir pour équilibrer la terre afin qu´elle ne bascule pas ; un cadeau qui pèse autant que l´enfant dans les bras de la Vierge Marie ou de sainte Brighid. Je ne sais pas ce que tu auras dans ta pochette surprise. Peut-être un cadavre qu´il te sera donné à faire revivre. Je serai peut-être posthume pour toi. » L´écrivain Hafed Benotman a fait son ultime envolée le 20 février 2015 à l´hôpital Georges Pompidou, à l´âge de 54 ans. Pendant les journées qui ont suivi sa mort, l´écrivain Brigitte Guilhot a adressé une dernière lettre à l'homme qui l'appelait Lupa et qu'elle appelait Murdos. Lupa et Murdos, alors que ce dernier était emprisonné à Fresnes, avaient échangé durant de longs mois une correspondance lumineuse malgré les murs. Cette correspondance fait l´objet d´une publication sous le titre La peau sur les Mots.

  • Bébé Ange

    Brigitte Guilhot

    • Ska
    • 1 Octobre 2015

    Amour et haine étroitement imbriquées... La famille, la meilleure et pire des choses... Il y a quelques heures, je semais de la monnaie du pape comme un gentil papi à la retraite et, tout d'un coup, mon vit et mes couilles me submergeaient le cerveau et les pensées les plus cochonnes me sautaient à la gueule toutes griffes dehors comme une panthère en chaleur tenue trop longtemps en captivité. De là où j'étais je ne voyais que son visage à elle qui dépassait au-dessus de sa masse à lui et j'étais saisie par la jubilation qui noircissait ses pupilles. Des ambiances terriblement glauques, effrayantes, suscitant une lente montée de l'angoisse... Une nouvelle inéluctablement noire ! EXTRAIT Je la vois faire depuis trois jours. Depuis qu'il a téléphoné pour nous annoncer sa visite, je la vois devenir folle, de cette mauvaise folie qui ferait fuir les rats si la peste revenait. Je ne lui adresse pas la parole, encore moins que d'habitude, parce que sa haine transpire chacun de ses regards et de ses mots pour venir me toucher directement le corps. Dès qu'il s'annonce, elle commence à me haïr. Encore plus que d'habitude, si c'est possible. Alors je le sens, je le vois, je le respire, je le tremble et je le vacille aussi, qu'elle veut que je dégage, que je me désagrège, que je disparaisse de leur vue. Que je meure. Elle pourrait me tuer, je ne me défendrais pas. Pourquoi elle ne le fait pas ? Cinquante-trois ans que je me pose la question. Elle a tous les attributs de l'empoisonneuse : hypnotique et monstrueuse. Face : hideuse ; pile : enjôleuse. D'une seconde à l'autre son masque bascule. Elle me réduit à néant aux pieds de mes potimarrons et elle vampe en volte-face le facteur qui apparaît au portail. Elle aura cent ans, ça fonctionnera encore. Et lui qui va arriver. Neuf ans on a mis à le faire notre petit. Je n'aurais pas parié sur sa venue. Elle refusait que je l'approche. Va lécher ta mère ! elle me crachait, puis elle me tournait le dos, tendue comme un arc, froide comme un glacier en été. J'avais 20 ans, j'étais puceau. Je venais d'entrer dans le cercle des sorcières. Et ces douleurs dans mes tempes. A PROPOS DE L'AUTEUR Fille d'une Louve et du Vent, Brigitte Guilhot a vu la nuit au milieu du siècle dernier. Toute petite déjà elle planta ses griffes et sa truffe dans l'humus de l'Écriture et mordit à pleines dents dans la chair des Mots dont elle arrachait la substantifique moëlle pour la grande satisfaction de ses profs de français qui s'emmerdaient beaucoup par ailleurs en corrigeant leurs copies - ce qui ne l'empêcha pas de se faire virer de partout. Auteur d'un roman haletant Soluble, paru en juillet 2014 à L'Ours blanc (qui se trouve être son animal-totem), de romans et nouvelles plus ou moins noirs ou chauds publiés ou non, d'une correspondance de prison avec Hafed Benotman à paraître incessamment sous peu chez Miss Ska, et d'autres billevesées littéraires, elle promène chaque nuit ses yeux rouges dans la cité endormie en chasse d'inspiration et fait ses courses au Franprix le jour.

  • Louise rêve

    Brigitte Guilhot

    • Ska
    • 1 Janvier 2016

    Ecrivaine en vain, Louise « fait la pute » en rédigeant des biographies de personnages minables... Quand son esprit divague, elle rêve d'un bonheur qui fuit Je n'ai pas un physique facile. J'oscille entre Juliette Gréco (jeune) et Brigitte Fontaine (sans les couettes). À part ça, je suis blond vénitien avec une coupe à la Louise Brooks et je ne fais pas mon âge mais je ne suis pas certaine que ces considérations me donnent pour autant une gueule d'écrivain. À moins que l'impression vienne de mes yeux vairons et de ce regard de louve qui balaye le monde à l'orée duquel je me tiens immobile, plongeant parfois dans ses zones obscures, laissant entrevoir à ceux qui le croisent que je ne dois pas mâcher mes mots. Va savoir. Brigitte Guilhot nous sort le grand jeu dans cette novela : une structure romanesque originale, un style où perce un humour pince-sans-rire, des apartés poétiques ; bref : de quoi régaler les lecteurs exigeants EXTRAIT Le ciel était d'un laiteux si sale, elle a eu l'impression d'être dans une nouvelle de Raymond Carver, chômeuse hirsute sur le retour abandonnée par un amant inconstant dans une bicoque improbable au fin fond de nulle part, des canettes de bière éparpillées autour du canapé défoncé, devant la télé qui ferait elle aussi de la neige à part qu'il y a belle lurette qu'elle n'a pas d'amant même inconstant, qu'elle ne boit pas de bière, qu'elle n'a pas la télé, et que son canapé, cahin-caha, il tient encore le coup. A PROPOS DE L'AUTEUR Fille d'une Louve et du Vent, Brigitte Guilhot a vu la nuit au milieu du siècle dernier. Toute petite déjà elle planta ses griffes et sa truffe dans l'humus de l'Écriture et mordit à pleines dents dans la chair des Mots dont elle arrachait la substantifique moëlle pour la grande satisfaction de ses profs de français qui s'emmerdaient beaucoup par ailleurs en corrigeant leurs copies - ce qui ne l'empêcha pas de se faire virer de partout. Auteur d'un roman haletant Soluble, paru en juillet 2014 à L'Ours blanc (qui se trouve être son animal-totem), de romans et nouvelles plus ou moins noirs ou chauds publiés ou non, d'une correspondance de prison avec Hafed Benotman à paraître incessamment sous peu chez Miss Ska, et d'autres billevesées littéraires, elle promène chaque nuit ses yeux rouges dans la cité endormie en chasse d'inspiration et fait ses courses au Franprix le jour.

  • Connexion entre deux écrivains. Une oeuvre à deux voix, magistrale !






    D'octobre 2004 à mai 2007, alors que celui-ci était emprisonné à Fresnes, Hafed Benotman - alias H.B. Murdos - et Brigitte Guilhot - alias M.B. Lupa - ont entretenu une correspondance intense ponctuée de rendez-vous au parloir qu'ils appelaient le cube. Entre recueil poétique et récit fragmenté, La Peau sur les mots rassemble des extraits intimes de cette correspondance passionnée de haute volée littéraire. Il y a chez ces deux-là une fascination réciproque née de l'Écriture, un "Jeu du Je" en miroir si puissant qu'il traverse les murs de l'enfermement et touche leurs corps. C'est un ballet intime d'une érotisation et d'une sensualité exacerbées par l'attente de la distribution du courrier et des face-à-face entre les quatre murs du cube.


    J´attaque la mémoire de tes lettres. Je les relirai en piochant dans l´une et l´autre comme on picore un buffet à volonté, durant les heures que nous allons passer ensemble et sur le côté, je mettrai mes réponses comme des petits os, de fines arêtes ou des noyaux d´olive. J´aime bien t´écrire de cette façon, en me remémorant quand bien même rien ne m´interdit de vérifier que tu abordes bien tel ou tel sujet. J´aime bien aussi quand l´écriture m´attrape et me met au pied de ton mur et que je sais que c´est maintenant que je vais partir à t´écrire en passe-muraille.

    J´aime bien, toujours plus, t´avoir dans mes pattes, te sculpter en te malaxant les épaules, en saisissant un bout de toi, un morceau de ta chair. J´aime ça, tu vas bien à mes mains. En t´écrivant cette phrase simple, je suis en état d´éborgner d´une seule érection tous les geôliers du monde. H.B. Murdos J´aime la façon dont tes doigts me sentent, me décodent, me mesurent, m´analysent, me devinent...

    Je ne suis rivale d´aucune femelle. Si j´ai un territoire amoureux à défendre, j´écris un livre. Et si tu me fuis, j´écrirai encore plus sans me soucier de pour quoi et pour qui tu me fuis. Je prends ma vie comme une matière que je travaille pour en faire des mots, des poèmes et des idées et je me sers de qui je suis pour donner à voir à celui ou celle qui me lira quel être il ou elle est. C´est pour cela qu´à partir d´aujourd´hui mon nom est M.B.Lupa, car ma vie n´est qu´un matériau au service de l´Écriture. M.B. Lupa

  • Le visiteur

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    Délire ou rêve ? Tout se mêle dans la fièvre d'une femme plongée dans une confusion extrême. Seules restent les sensations du corps offert à son jeune amant Brigitte Guilhot vous jette sans sommation à la figure un érotisme d'une littérature torride. Texte court, mais solaire. Eros et Thanatos au rendez-vous. Une nouvelle noire érotique pour le plus grand plaisir des lecteurs EXTRAIT Il est revenu cette nuit et il m'a retournée d'une main alors que, lourde de ce sommeil sans rêve dont je parle au début, je bavais mon angoisse sur mon poing fermé, la bouche collée au drap souillé, la joue enflammée d'éruptions de fièvre. Puis il s'est assis sur ma figure, il a posé son poids sur mon nez et ma bouche affamée, puis il s'est propulsé de tout son corps, bras et mains et bouche et regard lancés en avant de lui, pour lécher mes plaies et mes escarres, ouvrant ainsi encore et plus les deux globes de chair ferme de son cul par-dessus mes yeux exorbités d'étouffement, et mon nez ivre de lui suffoque tandis que ma langue folle serpente et s'infiltre en lui. A PROPOS DE L'AUTEUR Fille d'une Louve et du Vent, Brigitte Guilhot a vu la nuit au milieu du siècle dernier. Toute petite déjà elle planta ses griffes et sa truffe dans l'humus de l'Écriture et mordit à pleines dents dans la chair des Mots dont elle arrachait la substantifique moëlle pour la grande satisfaction de ses profs de français qui s'emmerdaient beaucoup par ailleurs en corrigeant leurs copies - ce qui ne l'empêcha pas de se faire virer de partout. Auteur d'un roman haletant Soluble, paru en juillet 2014 à L'Ours blanc (qui se trouve être son animal-totem), de romans et nouvelles plus ou moins noirs ou chauds publiés ou non, d'une correspondance de prison avec Hafed Benotman à paraître incessamment sous peu chez Miss Ska, et d'autres billevesées littéraires, elle promène chaque nuit ses yeux rouges dans la cité endormie en chasse d'inspiration et fait ses courses au Franprix le jour.

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