Célia Mercier

  • "Nous partons demain aux premières lueurs de l'aube. Le passeur nous a donné rendez-vous à 3 heures du matin. Il viendra nous chercher à l'entrée du camp où nous vivons. Nous partons pour un long voyage."
    En 2011, la guerre civile éclate en Syrie. Pris dans une spirale de violence qui les dépasse, des milliers de citoyens fuient leur pays. Parmi eux, Adel et Hadil, deux Kurdes. Le couple se rencontre sur les routes de l'exil. Menacés par l'État islamique et son cortège d'horreur, ils veulent rejoindre l'Europe malgré l'incertitude. Simplement parce qu'ils veulent vivre. Accompagnés du petit frère d'Adel, ils se lancent dans un périple rythmé par la peur, la faim et l'épuisement. Ils atteindront finalement la France, où il leur faudra encore trouver leur place.
    À travers leur histoire singulière, et pourtant universelle, Adel et Hadil nous racontent le déchirement du départ. Un récit sincère, profondément humain, qui nous bouleverse et nous interpelle.

  • Petite, Sugan Kanwar adore passer ses vacances dans son village natal, au coeur du désert qui entoure sa ville fortifiée de Jaisalmer au Rajasthan. Au fil des ans, elle s'étonne de n'avoir aucune autre petite fille pour jouer avec elle. « Les femmes n'accouchent que de garçons au village, c'est à cause de l'eau de notre puits », lui explique sa grand-mère.
    C'est lors d'un mariage que Sugan apprend par hasard la vérité : dans sa caste hindoue, on ne « garde pas les filles ». Elles sont tuées par leurs propres mères, peu après l'accouchement, et enterrées dans l'enceinte des maisons, une tradition qui se poursuit dans l'indifférence générale.
    Sugan comprend alors qu'elle est une exception : son père a pris la décision de la « garder ». Elle prouvera à tout le village qu'il a eu raison.
    Un témoignage bouleversant qui lève le voile sur le drame de l'infanticide en Inde.


    Photo © Michel Gounot / Godong / Corbis © Flammarion, 2014.

  • Naziran a 22 ans et elle n´a plus de visage. Ses traits ont fondu, sa peau est rongée, ses yeux sont aveugles. Il y a deux ans, en pleine nuit, on lui a versé de l´acide sur le visage pendant qu´elle dormait. Pour la tuer, pour se débarrasser d´elle, définitivement. Mais Naziran, laissée pour morte, a survécu.
    Un véritable parcours du combattant pour cette jeune paysanne pakistanaise, dont la vie n´a été qu´une succession de violences et d´humiliations : son père, un homme brutal et peu aimant, la marie de force à 13 ans. Son époux la frappe sous prétexte qu´elle ne lui donne pas d´héritier mâle. Après la mort de son mari, sa belle-famille l´oblige à épouser son beau-frère, un homme bien plus âgé qu´elle et déjà marié. On ordonne même à la jeune femme de donner l´un de ses enfants à une tante.
    Mais aujourd´hui, Naziran veut retrouver sa dignité de femme, d´être humain. Elle ose témoigner pour que soient reconnues toutes les victimes de la pire torture qui soit : celle de l´acide.

  • Évadée de l'enfer de Daech, Sara a le courage de raconter. Août 2014, Sara, 27 ans, prépare son mariage dans son village du Sinjar en Irak. Une nuit, les hommes de Daech, cagoulés et surarmés, déferlent sur les terres des yézidis, une minorité religieuse paisible qu'ils considèrent comme des adorateurs du diable. Après avoir exécuté tous les hommes du village, ils enlèvent les femmes et les enfants, leur butin de guerre. Puis les jeunes filles sont violemment arrachées à leurs mères. Elles seront vendues comme esclaves sexuelles aux guerriers de l'organisation de l'État islamique. En quelques heures, Sara va perdre son père et trois de ses frères. Avec ses soeurs, elle sera enfermée dans de nombreux lieux de détention, où les soldats de Daech viennent choisir des femmes pour les violer. Prisonnière durant de longues semaines, Sara parviendra à s'évader au cours d'un périple sidérant et à se réfugier dans un village du Kurdistan. Aujourd'hui sans nouvelles des douze membres de sa famille enlevés par le Califat, elle survit, hantée par les cauchemars. Ce témoignage bouleversant, renforcé par le récit d'autres victimes yézidies, dénonce l'effarante barbarie des soldats de l'organisation de l'État islamique.

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