Carole Talon-Hugon

  • Le parcours de Ferran Adria, tour à tour cuisinier du célèbre restaurant El Bulli, représentant de l'Espagne à la Dokumenta (foire internationale d'art contemporain) de Kassel en 2007, et actuellement directeur d'un centre de recherche à l'université de Barcelone, est emblématique d'un double processus de dé-définition : de l'art d'une part, des sciences humaines de l'autre.
    Il y a peu de temps encore, les artistes entendaient magnifier le sensible ou exprimer les tréfonds de leur intériorité ; aujourd'hui, beaucoup d'entre eux prétendent faire de la recherche et s'avancent sur les terres de l'histoire, de la sociologie ou de l'anthropologie. Mais qu'est-ce que l'art et la science ont à gagner ou à perdre dans ce type de rapprochement ? Ne faut-il pas craindre une démonétisation des sciences humaines par la revendication d'une autre manière, présentée comme plus légitime, de fabriquer de la connaissance ? N'y a-t-il pas lieu de s'inquiéter de la survie des normes de vérité qui valaient jusqu'ici dans le monde académique ?
    Une généalogie de cet état de confusion permet de comprendre ce qui l'a rendu possible : d'une part le phénomène contemporain de désartification de l'art, et, d'autre part, une certaine atmosphère intellectuelle proclamant l'effacement des frontières du vrai et du faux, du fait et de la fiction, de l'idéologie et du savoir.

  • En 2018, le festival d'Avignon était dédié aux questions de genre et la Manifesta de Palerme à l'écologie. Parallèlement à ce nouvel art militant émergent de nouvelles formes de censures (boycott des films de Woody Allen ou de Roman Polanski, pétition pour le retrait d'un tableau de Balthus, annulation de la pièce Kanata de Robert Lepage...). Après des décennies d'art formaliste, autoréflexif ou transgressif, l'art le plus contemporain se trouve plongé dans une atmosphère globale de moralisation. Or, l'art peut-il s'assigner des buts éthiques et peut-il être jugé sur des critères moraux ? Ces questions, que l'on pensait réglées, retrouvent une brûlante actualité. Carole Talon-Hugon procède à un état des lieux de ce nouvel agenda sociétal de l'art contemporain (cause décoloniale, minorités raciales et sexuelles, inégalités...) et procède à une mise en perspective historique qui fait ressortir la particularité de la situation actuelle, avant de procéder à une analyse de la censure éthique. La question est finalement de savoir ce que l'art et l'éthique ont à gagner et à perdre dans ce tournant moralisateur de l'art contemporain.

  • Comment juger d'un tableau ? Que dire de l'émotion ressentie devant une oeuvre d'art ?
    Si le beau et l'art sont des sujets philosophiques anciens, l'esthétique en tant que discipline indépendante dotée d'un objet autonome n'apparaît qu'au XVIIIe siècle, lorsque les notions d'art, de sensible et de beau se sont liées entre elles.
    De Platon à Michel Henry en passant par Kant ou Adorno, cette discipline semble difficile à définir. Est-elle une critique du goût, la théorie du beau, la science du sentir, la philosophie de l'art ?

  • D'un côté méprisé et taxé de toutes les fainéantises, de l'autre intellectualisé à l'extrême, l'art du siècle dernier a modifié tous les paradigmes : les codes ont éclaté, les artistes se sont multipliés et les oeuvres d'art elles-mêmes semblent avoir parfois disparu. Carole Talon-Hugon nous fait évoluer pas à pas dans une période plus ou moins mouvementée. De l'avant-garde dadaïste aux industries culturelles d'Adorno, les arts du XXe siècle marquent probablement l'un des moments les plus riches et les plus prolifiques de l'histoire de l'art.

  • L´art ce ne sont pas que des oeuvres ; ce sont aussi des concepts pour les catégoriser, des catégories mentales pour les appréhender, des valeurs pour les juger. Aussi, l´« histoire de l´art » qu´on trouvera ici n´est pas une histoire des styles, mais l´histoire de cet ensemble indivis fait des oeuvres et des discours qui les accompagnent, et, plus globalement, de la vision du monde dans laquelle ceux-ci s´insèrent. Consacré à l´Antiquité grecque, cet ouvrage met au jour tout ce qui sépare notre manière contemporaine de penser l´art de celle des anciens, mais aussi tout ce qui les relie. En ressort un écart considérable entre une vision moderne qui conçoit l´art comme une activité autonome, dotée d´une valeur intrinsèque et constituant une fin en soi, et la conception antique d´un art fonctionnel, largement lié à la religion et soumis aux exigences de la cité. Il montre aussi comment cette très riche période contient des germes de critique et d´histoire de l´art, des réflexions philosophiques sur des sujets qui continuent à nous concerner (la nature du beau, le pouvoir des images, la censure, etc.) et nous a légué des concepts clés de l´esthétique (mimésis, catharsis, contemplation, etc.).
    1er volume d´une série de 4.

  • Au grand siècle, le développement des académies des arts signifie non seulement une reconfiguration des mondes de l´art et du statut de ses acteurs, mais aussi un développement remarquable de la réflexion théorique sur les arts. Les artistes discutent de leur valeur respective, de leurs rapprochements possibles (doctrine de l´Ut pictura poesis), de leurs finalités (movere, docere, placere), de leurs moyens propres et de leurs problèmes spécifiques. Le XVIIIe siècle est marqué par l´invention décisive de la catégorie moderne de beaux-arts, qui rassemble dans un sous-ensemble inédit les arts visant le beau. Par ailleurs, sous l´effet de la nouvelle science et de l´épistémé qu´elle suppose, à la métaphysique du beau des anciens succède une manière moderne et toute sensible de penser la beauté, qui délie celle-ci du bien comme du vrai. L´invention du goût comme sens du beau en est la conséquence directe, et celle du sublime - qui accueille toute la transcendance perdue par la beauté -, sa conséquence indirecte. L´idée de génie possède aussi une place importante dans cette constellation neuve. À l´apparition des beaux-arts est liée celle de disciplines satellites : la critique d´art (Diderot), l´histoire de l´art (Winckelmann), et l´esthétique (Baumgarten).

  • La philosophie de l'art sans histoire de l'art est vide, l'histoire de l'art sans philosophie de l'art est aveugle. Car l'art est fait non seulement d'oeuvres, mais aussi de mots pour les dire, de concepts pour les distinguer et de théories pour les penser.Pourquoi le XIXe siècle a-t-il défendu « l'art pour l'art » ? Pourquoi la musique, ...

  • Carole Talon-Hugon pose un regard philosophique et esthétique sur la polémique qui a secoué l'édition 2005 du Festival d'Avignon. La démarche de l'auteur est dénuée de toute partialité. Loin de vouloir résoudre la crise, Carole Talon-Hugon reconstitue une genèse historique des deux conceptions de l'art nées du XVIIe siècle européen : l'esthétique de la réception et la métaphysique d'artiste. En démontrant que ces deux conceptions semblent aujourd'hui inconciliables, alors qu'elles étaient à leurs émergences profondément liées, la thèse est ici originale et essentielle.

  • Comprendre l'histoire de l'art, c'est comprendre le monde des idées avec lequel elle est intimement liée. Certains individus y ont occupé une place décisive. C'est à eux qu'est consacré ce dictionnaire. Ces théoriciens sont des philosophes (Aristote, Hutcheson ou Dewey...), des historiens de l'art et de la culture (Pline, Vasari, Burckhardt...), des sociologues et des psychanalystes (Kracauer, Simmel, Freud...), des théoriciens d'arts particuliers (Jauss, Hanslick, Brecht, Semper...), mais aussi des critiques (La Font de Saint-Yenne, Diderot, Greenberg...) et des artistes-théoriciens (Alberti, Coleridge, Tolstoï, Artaud...). Réunissant des auteurs venus d'horizons historiques et disciplinaires différents, cet ouvrage permet à tous ceux qui s'intéressent à l'art de partir d'un point de vue particulier, que ce soit celui d'une discipline académique, d'une spécialisation par période, ou d'un art singulier, pour embrasser un point de vue plus large et avoir une compréhension plus claire, plus complète et plus approfondie de l'art.

  • Les passions, objet de tant de réflexions de l'Antiquité, à l'époque classique, ont été passablement délaissées par la modernité mais connaissent aujourd'hui un regain d'intérêt très vif, tant de la part de la philosophie que des sciences. Il s'agit ici de mêler les analyses classiques et les études les plus récentes pour une compréhension approfondie de cette dimension capitale de l'homme qu'est l'affectivité.Analyse de la notionCette étude considère l'histoire du mot et de ses usages ainsi que celle de ses termes satellites, distingue entre quatre grandes régions de l'affect (émotions, sentiments, passions, tonalités affectives), et s'interroge sur la catégorisation et l'ordonnancement en système de ces états affectifs complexes et mouvants. Elle traite ensuite de la nature des passions, des parts respectives du corps et du jugement, du rôle de la culture et de la question très disputée de leur rationalité. Elle envisage enfin le rapport des passions et de la morale et les liens complexes qui unissent les passions aux vices et aux vertus.Étude de textesSont commentés quatre textes phares qui jalonnent l'histoire du traitement philosophique du sujet : un passage des Tusculanes de Cicéron qui, sur fond de la théorie stoïcienne des passions, envisage les moyens de les éradiquer ; un extrait des Questions disputées sur la vérité de saint Thomas où se précise la conception de la nature des passions comme mouvement de l'âme sensitive, qui fera autorité jusqu'à la fin du XVIIe siècle ; un article du Traité des passions de Descartes qui pose la question des parts respectives de l'âme et du corps dans les passions ; un texte de Hume extrait du Traité de la nature humaine dans lequel est abordée la question de leur rationalité.Carole TALON-HUGON est maître de conférences en philosophie à l'université de Nice-Sophia Antipolis.

  • Du Piss Christ de Serrano à Plateforme de Houellebecq, en passant par l'oeuvre intitulée Lego Concentration Camp Set de Zbigniew Libera ou aux plastinisations de cadavres de Von Hagens, les relations de l'art et de l'éthique apparaissent bien comme l'inévitable horizon de questionnement suscité par certains devenirs contemporains de l'art. Mais peut-on juger d'une oeuvre au nom de l'éthique ? Non, répond la doxa contemporaine qui considère l'art, absolutisé par le romantisme et déclaré souverain par l'École de Francfort, comme une valeur inquestionnable. Oui, affirment ceux qui ne croient pas en l'extraterritorialité de l'art. L'ouvrage prend, par rapport aux polémiques qui s'ensuivent, le recul de la réflexion. Il montre à travers l'étude de trois grandes configurations historico-conceptuelles que cette question de savoir si l'éthique doit se prononcer sur l'art est solidaire de celle de savoir si l'art doit se préoccuper d'éthique (que cela soit pour servir la morale ou pour la transgresser), et que toutes deux impliquent la question de savoir si l'art peut (par quels moyens et dans quelle mesure) quelque chose pour (ou contre) l'éthique. Car seul un détour par l'histoire et par le concept permet de comprendre ces polémiques et de prendre position dans un débat crucial pour notre présent.

  • "Qu'est-ce que l'art ? Comment s'est-il constitué et défini à travers l'histoire ? Quels rapports entretient-il avec la philosophie ? Pour la première fois, l'éditeur de savoir les Presses Universitaires de France et la maison de disques culturels de référence Frémeaux & Associés s'associent pour proposer des cours particuliers sur l'histoire philosophique des arts et des discours sur l'art, conçus et présentés par Carole Talon-Hugon, spécialiste française de l'approche philosophique de l'histoire de l'art."
    Claude COLOMBINI FRÉMEAUX

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    Claude COLOMBINI FRÉMEAUX

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    Claude COLOMBINI FRÉMEAUX

  • "Qu'est-ce que l'art ? Comment s'est-il constitué et défini à travers l'histoire ? Quels rapports entretient-il avec la philosophie ? Pour la première fois, l'éditeur des savoirs, les Presses Universitaires de France et la maison de disques culturels de référence Frémeaux & Associés s'associent pour proposer des cours particuliers sur l'histoire philosophique des arts et des discours sur l'art, conçus et présentés par Carole Talon-Hugon, spécialiste française de l approche philosophique de l'histoire de l'art."
    Claude COLOMBINI

  • La valeur esthétique n’a pas le monopole des valeurs engagées dans la création, la circulation et la réception des œuvres d’art. Dans la valeur que nous accordons à une œuvre, l’authenticité, l’autonomie, la célébrité, la cherté, la moralité, l’originalité, la pérennité, le plaisir, la rareté, la responsabilité, la significativité, le travail, l’universalité, la virtuosité… jouent souvent un rôle aussi important que l’attrait esthétique.
    Avec le soutien de l’École des hautes études en sciences sociales et du centre de recherche en Histoire des idées de l’université de Nice.

  • La question des émotions représentées, exprimées ou provoquées par l'art a été largement éclipsée par une modernité qui dédaignait les problématiques « psychologisantes » et préférait se centrer sur des interrogations formelles. La sortie de l'art de ce moment formaliste, d'une part, et le développement des disciplines scientifiques ayant les émotions pour objet, d'autre part, invitent à ré-ouvrir le dossier des liens complexes et variés que les arts entretiennent avec les affects en l'enrichissant de la contribution des sciences cognitives et des théories psychologiques ou sociologiques de la réception et de la lecture. Ce dictionnaire fournit un outil unique et précieux pour cartographier ce champ de recherche en plein essor, dessiner ses grandes problématiques, présenter ses principaux théoriciens et rassembler sa bibliographie. Son originalité tient au fait que la réflexion y est toujours conduite à partir d'uvres d'art particulières, et soumise à leur épreuve. Qu'il s'agisse des mécanismes complexes de l'immersion fictionnelle, des processus de mise en commun collective des émotions individuelles, de la responsabilité éthique de l'art, des interactions entre l'ordre de la création et la logique des émotions, il y a là autant de champs d'interrogations qui peuvent bénéficier du riche apport interdisciplinaire des « sciences de l'affect », alors même, que, dans l'autre sens, ces disciplines ont beaucoup à gagner à se pencher sur des corpus artistiques, compris comme des dispositifs de production, d'interrogation et de manipulation des affects.

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