Claudia Polledri

  • Les oeuvres réunies dans le numéro printemps-été, Revisiter | Revisit, de la revue Ciel variable font un retour sur des phénomènes ou événements significatifs de l'histoire récente pour les remettre en mémoire et prendre la mesure de leurs enjeux actuels. Freedom Rocks : The Everyday Life of the Berlin Wall de Blake Fitzpatrick et Vid Ingelevics, Le huitième jour d'Emmanuelle Léonard en écho à Charles Gagnon et The Natalie Brettschneider Archive par Carol Sawyer sont des oeuvres foisonnantes, aux itérations multiples, qui empruntent des formes complexes à l'image de leurs objets d'investigation, soit tout un champ des pratiques artistiques, des oeuvres phares et des moments charnières, des artefacts culturels démultipliés qui sont l'objet d'intenses manipulations idéologiques. Aussi, sous la rubrique « Focus », découvrez L'Arab Image Foundation, l'exposition Exhibit Model de Jonathan Monk présentée chez VOX l'automne dernier, ainsi que celle de onze photographes ayant participé à un portrait collectif de l'ancien hôpital Royal Victoria.

  • Trois expositions récentes offrent à la revue Ciel variable l'occasion de jeter un regard inusité sur l'acte de collectionner. Serge Clément présente, avec Archipel, la collection de tous les livres photographiques qu'il a conçus, livres que l'on peut comprendre comme des mises en séquence de collections de ses propres images. Avec Tout ceci est impossible, Bertrand Carrière plonge dans la collection de la Cinémathèque québécoise en s'intéressant au film noir dont il extrait des images-types tout en explorant les jeux de temporalités propres au fondu enchaîné. Enfin, la collection Lazare représente avec États d'âmes, esprit des lieux un exemple assez rare d'une collection rassemblée patiemment au fil des ans pour refléter une vision teintée de mélancolie sur un monde en difficultés. La rubrique « Focus », elle, propose d'explorer le documentaire Le tribunal sur le Congo de Milo Rau, la 22e édition de Paris Photo, Anthropocene fatigue d'Edward Burtynsky et In Pursuit of Magic, exposition rétrospective du travail de Nathan Lyons.

  • Pour son édition hivernale, le magazine Ciel variable rassemble de grands portfolios d'oeuvres récentes de Dominique Blain, Alain Paiement, Gisele Amantea et Mélissa Pilon autour du thème « Masses et monuments ». Ce dossier thématique « pose un regard sur l'action collective dans nos sociétés. Sur fond de conflits sociaux et de guerres, les oeuvres évoquent l'impact de nos agissements collectifs sur le bien commun en auscultant la masse d'images médiatiques qui tissent notre rapport au monde. » Également au sommaire : des articles de fond sur le photographe et expérimentateur Stephen Gill, sur l'exposition Ghost Ranch de Geneviève Cadieux (Galerie René Blouin), ainsi que sur la scène photographique dakaroise. Retrouvez aussi des comptes-rendus d'expositions récentes dont Rebecca Belmore (MACM), Janick Burn (Plein Sud), Yan Giguère (Galerie La Castiglione), Michel Depatie (Centre d'exposition de Val-David), la Biennale de Venise 2019, Territoire II (Galerie La Castiglione), Le projet Polaroid (Musée McCord) et The Way She Looks (Ryerson Image Centre).

  • Cette introduction porte sur la valeur heuristique des études intermédiales pour comprendre l'action de témoigner[1]. Dans un premier temps, nous présenterons ce qui est communément entendu par témoigner, témoignage, média et intermédialité. Dans un second temps, nous reprendrons chacun de ces termes afin d'en donner une acception plus complexe. Nous soulignerons alors l'importance de notions telles que valeur testimoniale, transmission et agentivité. Pour débuter, nous proposons donc une définition qui sera révisée par la suite. Témoigner est régulièrement considéré comme étant un quasi-synonyme de récit oral ou écrit formulé par un individu qui rend compte d'un événement qu'il a vécu (souvent un événement traumatique[2]). Le sociologue Renaud Dulong a formulé une telle acception dans Le témoin oculaire (1998). Il précise que le témoignage est « un récit autobiographiquement certifié d'un événement passé, que ce récit soit effectué dans des circonstances informelles ou formelles[3] ». Le témoignage renvoie ici à l'attestation, soit au fait de « donner des preuves tangibles de la réalité, de la vérité ou de la véracité d'une chose[4] ». Le terme s'inscrit ainsi principalement à l'articulation entre les domaines historique et juridique[5]. Dans La mémoire, l'histoire, l'oubli, Ricoeur reprend le point de vue développé par Dulong en ajoutant notamment que la spécificité du témoignage repose sur l'autodésignation du témoin qui se traduit par « un déictique triple [...] : la première personne du singulier, le temps passé du verbe et la mention du là-bas par rapport à l'ici[6] ». Le philosophe insiste également sur le fait que la fiabilité du témoignage repose sur sa stabilité et son caractère réitérable[7]. Vingt ans plus tard, cette perspective fait toujours autorité[8].

  • L'édition estivale de la revue Spirale propose un dossier sur l'Iran : Iran Poésie / Image. Lisez-y une entrevue avec la photographe Anahita Ghabaian Etehadieh, un texte sur 24 Frames, dernière oeuvre, posthume, du cinéaste iranien Abbas Kiarostami, ainsi qu'un autre texte sur sa poésie. Retrouvez également un entretien avec Leili Anvar, spécialiste des littératures persanes, autour de la poésie et des images de la poésie persane. Le dossier se clôt par un portfolio de Leila Zelli, artiste multidisciplinaire. Aussi au sommaire : « On ne peut plus rien écrire » de Maxime Catelllier dans la rubrique Critique de la critique, Catherine Ocelot signe la lettre en ouverture de numéro, Daoud Najm parle de « ces temps étranges » en éditorial et plusieurs recensions critiques de roman ( Ténèbre, La clé USB, Mon ennemie Nelly), d'essais (Ninfa Dolorosa, Le venin dans la plume, White), de pièces de théâtre (Le Marteau et la Faucille, Autour du Lactume, Constitutions ! ) et une du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec tome IX.

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