Langue française

  • Pourquoi se préoccuper des brouillons, de tous ces manuscrits de travail illisibles qu'ont laissés derrière eux les écrivains ? N'y a-t-il pas assez de livres à lire ? Ne posent-ils pas suffisamment de problèmes en eux-mêmes ?
    L'idée d'une génétique littéraire, voire d'une critique génétique fondée sur l'étude des brouillons, laisse perplexe. On se demande si une telle bizarrerie peut revendiquer sérieusement le statut d'une véritable discipline.
    Pour répondre à ces interrogations, ce livre propose une série de modèles, empruntés aux domaines les plus divers, de la recette des œufs brouillés aux truffes au transfert freudien, de la bathmologie barthésienne à la sémantique des mondes possibles, qui s'efforcent de rendre compte, de manière à la fois rigoureuse et imagée, des enjeux de la genèse et des logiques qui lui sont propres –; car, malgré les apparences, l'univers des brouillons n'est pas chaotique, il est régi par des logiques qui ne sont pas les mêmes que celles du texte achevé.
    Ces modèles sont la trace de l'expérience que représente la plongée dans les manuscrits d'écrivains, à la fois expérience vécue, dont on ressort avec un regard transformé, et pratique expérimentale d'une discipline encore neuve. C'est à partir de là qu'on peut espérer apporter une réponse à la plus difficile des questions : " à quoi bon ? " et montrer ce que la dimension génétique apporte à l'expérience de la littérature et, plus généralement, de l'œuvre d'art.
    Daniel Ferrer est directeur de recherche au CNRS (ITEM), directeur de la rédaction de la revue Genesis et éditeur des carnets de Finnegans Wake. Il a publié plusieurs ouvrages sur James Joyce, Virginia Woolf et sur la critique génétique.

  • La critique génétique, ce regard curieux et studieux porté sur les manuscrits, n'a cessé de s'interroger sur ses fondements théoriques et la validité de ses méthodes. Ne méconnaissant sa dette ni à l'égard de la théorie littéraire moderne issue du structuralisme, ni à l'égard de la tradition philologique, elle a ouvert un champ nouveau de la recherche : l'étude de la création en train de s'effectuer et laissant de son travail des traces matérielles (brouillons, plans, scénarios, esquisses, versions abandonnées, reprises, épreuves corrigées). Vingt-cinq ans après les premiers essais de théorisation, le temps était venu de refaire le point sur la génétique littéraire et de poser, à nouveaux frais, la question de la nature et de la légitimité de cette discipline liée à l'archive. Ce volume rassemble un entretien avec Jacques Derrida et six contributions de chercheurs de l'Institut des textes et manuscrits modernes, alternant réflexions théoriques et études directement appliquées. À l'opposé de tout discours dogmatique, et au prix de quelques divergences affichées, elles ont toutes pour ambition de préciser les fondations intellectuelles sur lesquelles se construit cette discipline et les notions qu'elle utilise. Le livre dessine ainsi les contours de cet étrange objet de désir, périlleux, mouvant, émouvant, multiforme, qui se laisse entrevoir, et parfois approcher d'assez près, dans les manuscrits des écrivains.

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