Danielle Tartakowsky

  • Les manifestations de rue occupent aujourd'hui le devant de la scène politique et les écrans de télévision. Les liens étroits qui unissaient, au siècle dernier, les manifestations aux fièvres révolutionnaires ont, à cet égard, modelé la mémoire collective.
    Voilà longtemps, cependant, que manifestation ne rime plus avec sédition. En décryptant les formes et les mutations de la manifestation au XIXe et au XXe siècle, Danielle Tartakowsky montre que seules deux vagues de contestations, celle de février 1934 et celle de mai-juin 1968, ont contribué, en définitive, à déstabiliser les régimes en place.
    Malgré son cortège d'incidents et de désordres, la « manif » ne serait-elle ainsi qu'une expression de la vie démocratique, un signe de bonne santé ?

  • Ce livre est une contribution à l'histoire du rêve en politique. Avant l'invention du 1er mai, seul le calendrier religieux scandait la vie des croyants à travers le monde ; avec le 1er mai, la classe ouvrière célèbre une fête laïque le même jour partout dans le monde ! En s'appuyant sur de nombreuses archives, images et témoignages, Danielle Tartakowsky nous introduit dans l'imaginaire politique construit depuis la fin du XIXe siècle. C'est en effet lors du centenaire de la Révolution française que les organisations ouvrières de vingt-deux pays se réunissent en congrès à Paris pendant l'Exposition universelle. Elles décident d'organiser une grande manifestation internationale, à date fixe et dans tous les pays pour s'affirmer ensemble contre les pouvoirs et obtenir la diminution du temps de travail. Danielle Tartakowsky nous livre l'histoire de ce jour de congé, de ses significations changeantes et imbriquées. Elle montre, par un retour à la chronologie, que le 1er mai a d'abord été un mythe avant d'être une date disputée par les pouvoirs politiques dans l'Europe des années 1930 : les régimes autoritaires s'en emparent et en modifient le sens ; après 1945, c'est une des rares dates à être célébrée à l'Est comme à l'Ouest de l'Europe et devient le symbole d'une adhésion commune à une forme d'État-providence. Plus récemment, ses valeurs ont de nouveau été disputées entre les manifestations des extrêmes droites européennes et des altermondialistes, tous deux contestant le libéralisme. Les cortèges se succèdent, le 1er mai demeure, tout en se transformant profondément. À travers l'analyse de cette journée de mobilisation, c'est toute une histoire politique de la France et de différents États dans le monde qui nous est donnée à comprendre.

  • 13 mai 1958 à Alger, 30 mai 1968 à Paris, ou manifestations pour la défense de l'École libre en juin 1984, récentes manifestations contre le mariage, sans parler du 6 février 1934, il y a 80 ans tout juste, ce livre original s'essaie à cerner la place et le poids des manifestations de droite dans les systèmes politiques depuis quelque cent trente ans - leurs spécificités, leurs logiques d'action et leur autonomie relative .
    Depuis quelques années, les organisations de droite qui manifestent dans la rue semblent souffrir d'une amnésie mémorielle les empêchant de mobiliser le souvenir d'épisodes antérieurs. Ceux-ci, pourtant, ont rythmé l'histoire des droites françaises et été d'une ampleur parfois exceptionnelle. C'est notamment le cas des rassemblements catholiques contre le Cartel des gauches en 1924-1925, des très violentes échauffourées du 6 février 1934 à Paris, des manifestations du 13 mai 1958 à Alger et du 30 mai 1968 à Paris, ou encore des défilés pour la défense de l'" école libre " en 1984, qui tous eurent des conséquences importantes. Dans cet ouvrage érudit, nourri d'épisodes oubliés, Danielle Tartakowsky s'attache à montrer que les droites françaises sont plus souvent descendues dans la rue qu'on ne le croit d'ordinaire. Elles ont contribué à l'émergence de la manifestation de rue, en ont fait un usage précoce et durable, et se sont plusieurs fois essayées à peser sur la nature du régime républicain. Elles ont ainsi créé leur propre répertoire d'action, distinct de celui des gauches, et puissamment contribué à redéfinir la place de la manifestation dans le système politique actuel. Débutant dans les années 1880 pour s'achever avec la Manif pour tous, cette histoire témoigne du rapport des droites à leur passé manifestant, des liens mouvants que les initiateurs des actions de rue entretiennent avec la droite parlementaire, et de la place des catholiques dans cette culture. Ces derniers, en effet, ont à de nombreuses reprises investi la rue depuis la séparation des Églises et de l'État, et leur mobilisation est encore aujourd'hui une condition sine qua non pour toute manifestation d'ampleur.

  • La manifestation de rue est une pratique minoritaire, antinomique au système parlementaire, longtemps dépourvue de tout statut juridique et qui ne doit qu'au vocable populaire de « manif » de s'être tardivement dotée d'une dénomination non polysémique. Et pourtant, plus de 15 000 manifestations recensées en France métropolitaine cinquante années durant, une assise sociale, politique et géographique potentiellement sans limite, des périodes de basses eaux mais jamais de disparition prolongée, pas même durant la guerre ou sous l'Occupation et une incontournable donnée de l'histoire politique et sociale contemporaine. C'est de ce paradoxe que cette histoire des manifestations de rue tente de rendre compte. Il s'agit de s'interroger sur la permanence du phénomène, son poids, son extension politique, sociale et géographique et leur pourquoi ; sur ce qui range la manifestation au nombre des causes pour la défense desquelles se mènent, parfois, des batailles. Que signifie le fait de privilégier parfois pareille forme d'action quand le droit de grève et le suffrage universel peuvent (et doivent), en droit, suffire à tout ? Comment, pourquoi et avec quel résultat cette pratique qui est constitutivement la négation du système parlementaire finit-elle par s'imposer ? Comment le régime politique réussit-il à l'acclimater ? Avec quelles conséquences ?

  • Les auteurs analysent l'évolution de notre État de 1944 à LREM et montrent une double dynamique à l'oeuvre: le renforcement du pouvoir présidentiel de régulation et la réduction de l'intervention de l'État social.

  • La manifestation est sans doute, après le vote, la forme la plus commune dexpression politique dans les pays démocratiques. Dans les pays non démocratiques, elle accompagne les tentatives de révolte et de renversement des pouvoirs en place, comme lont rappelé avec force les "printemps arabes ". Une analyse sociologique et historique de ce mode daction politique, avec ses normes et ses règles, ses légendes et ses mythes, ses épisodes glorieux et ses heures sombres.

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