Florence Burgat

  • La révision bienvenue et nécessaire de l'anthropocentrisme se paye aujourd'hui d'une tendance à la confusion et à l'indistinction. Ce règne de l'indistinction franchit avec les plantes aimantes et souffrantes une limite que rien n'autorise à franchir. Les plantes ne souffrent pas ; la souffrance est une expérience vécue par un corps propre. Et elles ne meurent qu'en un sens très relatif. Théophraste, déjà, remarque qu'un " olivier qui avait été un jour complètement brûlé reprit vie tout entier, corps d'arbre et frondaison ". Or, mourir en un sens relatif n'est pas mourir, car la mort est la fin absolue et irréversible de tous les possibles. Un animal, ou un humain, est soit vivant soit mort.
    L'inépuisable variété des plantes, la beauté de la moindre fleur sauvage au bord des routes, la magie de ce qui sourd d'une graine sèche, offrent l'image d'une vie tranquille, une vie qui ne meurt pas. Cette vie qui ne meurt que pour renaître est le contraire d'une tragédie.
    Éblouis par les découvertes sur la communication chez les végétaux, nous avons tendance à tout penser sur le même plan. Florence Burgat propose une phénoménologie de la vie végétale qui met au jour la différence radicale entre ce mode d'être et le vivre animal et humain.
    Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l'INRAE, affectée aux Archives Husserl (ENS Paris). Elle travaille sur la condition animale, notamment sous un angle phénoménologique. Elle est entre autres l'auteur de L'Humanité carnivore (Seuil, 2017).

  • Le code civil dispose de seulement deux catégories : celle des personnes et celle des choses. En janvier 2015, l'Assemblée nationale reconnaît l'animal comme un « être vivant doué de sensibilité ». Malgré cette modification, les animaux font toujours partie de la catégorie juridique des choses. Légalement, ces êtres existent pour servir l'humain, et non de manière intrinsèque. L'animal, comme l'esclave de la Rome antique, appartient à son maître. Il est « le bien d'un autre ». Face à la division entre les personnes et les choses qui gouverne le droit, quelle est la stratégie des défenseurs des droits des animaux ? Quel type de droits réclament-ils et sur quels fondements ? En deux courts essais, Florence Burgat montre comment la notion de « personne » permet de faire évoluer le statut juridique des animaux, vers un plus grand respect. Nul besoin de ressembler à un humain adulte autonome et responsable pour être juridiquement une personne.

  • L'humanité carnivore

    Florence Burgat

    • Seuil
    • 2 Février 2017

    Pourquoi mangeons-nous de la viande ? L'être humain a-t-il toujours été carnivore et est-il voué à le rester ? C'est à ces questions apparemment simples que Florence Burgat entreprend de répondre dans un ouvrage appelé à faire date : il s'agit d'une véritable somme sur la question de l'" humanité carnivore ". Florence Burgat montre qu'on ne saurait se contenter de répondre, avec un haussement d'épaules, " parce que c'est bon " : la chair humaine est réputée aussi avoir bon goût, ce qui n'empêche pas l'anthropophagie de faire l'objet d'un interdit très largement répandu (mais lui-même non universel). Et il existe dans l'histoire et la préhistoire différents modes d'alimentation d'où la viande est absente ou marginale. Il faut interroger les mythes et les rituels, les soubassements anthropologiques de la consommation de viande - y compris un certain goût pour la cruauté, l'idée même de la mise à mort, du démembrement et de la consommation d'êtres vivants, par où l'humain éprouve sa supériorité sur les animaux. La découverte d'un principe d'équivalence au coeur de la logique sacrificielle (la substitution d'un végétal à une victime animale ou humaine) est ce sur quoi Florence Burgat prend finalement appui pour proposer une voie de sortie originale et montrer comment les viandes végétales et in vitro pourraient se substituer aux viandes animales que l'humanité a pris l'habitude de manger. Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l'INRA, détachée aux Archives Husserl de Paris. Elle travaille sur la condition animale, notamment sous un angle phénoménologique.

  • Les animaux sont-ils de « simples vivants », comme le ressasse une tradition de pensée encore dominante ? L'opposition entre vie et existence les range, avec les plantes, dans un ensemble homogène - le grand tout de la Nature - pour mieux réserver à l'homme la tragédie de l'existence. N'y a-t-il donc que lui pour vivre sa vie ? pour naître et mourir, ressentir l'angoisse ou la joie ? Le dualisme entre vie animale et existence humaine ne résiste pourtant pas à un examen sérieux. Au terme d'un parcours critique à travers les philosophies qui ont pensé l'animal, Florence Burgat se demande à quelles conditions une vie peut être qualifiée d'existence. Chaque fois, nous dit-elle, qu'un être vivant est non seulement un centre à partir duquel s'organisent ses relations à l'entourage, mais aussi le sujet de ses propres expériences. Tracée à partir des perspectives ouvertes par la phénoménologie, la notion d'existence animale ne saurait être sans conséquences sur le débat éthique. Affirmer que les animaux existent en première personne constitue une réponse forte à un utilitarisme qui se borne à condamner la souffrance, sans souci du caractère unique et irremplaçable de chaque existence. L'interrogation philosophique sur ces autres existences doit être telle que « celui qui questionne est lui-même mis en cause par la question » (Merleau-Ponty). Florence Burgat est philosophe, directrice de recherche à l'INRA. Elle a publié plusieurs ouvrages fondamentaux sur la question animale dont Animal mon prochain (Odile Jacob, 1997), et Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006).

  • Nous partageons l´ordinaire de nos vies avec les animaux. Par choix, des chiens et des chats habitent nos maisons ; de fait, insectes, pigeons et rats résident en ville. Il serait aisé d´oublier ceux que nous mangeons, ceux dont nous revêtons la peau, ceux encore sur lesquels ont été testés les produits d´entretien et les médicaments que nous utilisons.
    Nous préférons souvent ignorer qu´il a fallu interrompre une vie pour pouvoir bénéficier des produits finis que nous en tirons. Dailleurs, la mise mort d´animaux est parfois insoupçonnable et contre-intuitive - comment deviner la présence de gélatine de porc dans un sorbet ? - ou reste imperceptible car elle nest qu´une étape dans un processus de fabrication, comme c´est le cas pour toutes les substances testées sur les animaux.
    À travers l´étude de gestes apparemment insignifiants ou de pratiques grande échelle - l´élevage industriel et l´exprimentation animale -, l´auteur nous pousse à nous interroger : que nous apprennent ces pratiques ? Sont-elles justifiables ? justes ? Pourquoi la reconnaissance par le droit du caractère sensible des animaux provoque-t-elle de tels débats ?

    Florence Burgat est philosophe, directrice de recherche à l´INRA, membre des Archives Husserl de Paris (CNRS-ENS). Elle travaille notamment sur la condition animale dans les sociétés industrielles. Elle est l´auteur de plusieurs ouvrages dont Une autre existence. La condition animale, en 2012.

  • Exposition de la totalité du processus par lequel l'animal destiné à la boucherie est préparé et transformé à cette fin. Il n'est question que des animaux dits de boucherie, de charcuterie, de basse-cour et du gibier d'élevage. Le sujet est traité dans une perspective économique, mais une partie de cette étude est réservée aux représentations sociales qui affectent l'alimentation carnée.

  • « Quelle place la philosophie occidentale a-t-elle ménagé aux animaux ? Ce livre se propose de mettre au jour les impasses auxquelles conduisent tant les conceptions qui opposent que celles qui confondent l'homme et l'animal. Ce point de départ fait d'autant mieux apparaître la rupture qu'opèrent les approches phénoménologiques, mais aussi celles qui à certains égards s'y apparentent. Au vingtième siècle, le regard porté sur le comportement animal devient central, notamment chez Merleau-Ponty et Buytendijk. N'est-il pas en effet la manifestation la plus haute de la vie, puisqu'il en exprime la liberté ? Ce dernier point constitue le noeud d'un débat qui oppose le béhaviorisme et la phénoménologie. Aussi, plusieurs grands théoriciens de la biologie de la première moitié du vingtième siècle comprirent-ils la nécessité d'importer dans le champ de leur discipline des concepts philosophiques, comme le monde, le sujet, le sentiment de soi, l'intentionnalité, la disposition affective, sous peine de manquer à jamais le véritable objet de leur investigation : la spécificité du comportement. Celle-ci aura été prise en vue jusque dans la vulnérabilité de ses structures, conduisant Henry Ey à forger le concept de « psychiatrie animale ». »

    Extrait de: Florence Burgat. « Liberté et inquiétude de la vie animale. » iBooks.

  • L'Humanité carnivore

    Florence Burgat

    • Seuil
    • 2 Février 2017

    Pourquoi mangeons-nous de la viande ? L'être humain a-t-il toujours été carnivore et est-il voué à le rester ? C'est à ces questions apparemment simples que Florence Burgat entreprend de répondre dans un ouvrage appelé à faire date : il s'agit d'une véritable somme sur la question de l'" humanité carnivore ". Florence Burgat montre qu'on ne saurait se contenter de répondre, avec un haussement d'épaules, " parce que c'est bon " : la chair humaine est réputée aussi avoir bon goût, ce qui n'empêche pas l'anthropophagie de faire l'objet d'un interdit très largement répandu (mais lui-même non universel). Et il existe dans l'histoire et la préhistoire différents modes d'alimentation d'où la viande est absente ou marginale. Il faut interroger les mythes et les rituels, les soubassements anthropologiques de la consommation de viande - y compris un certain goût pour la cruauté, l'idée même de la mise à mort, du démembrement et de la consommation d'êtres vivants, par où l'humain éprouve sa supériorité sur les animaux. La découverte d'un principe d'équivalence au coeur de la logique sacrificielle (la substitution d'un végétal à une victime animale ou humaine) est ce sur quoi Florence Burgat prend finalement appui pour proposer une voie de sortie originale et montrer comment les viandes végétales et in vitro pourraient se substituer aux viandes animales que l'humanité a pris l'habitude de manger. Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l'INRA, détachée aux Archives Husserl de Paris. Elle travaille sur la condition animale, notamment sous un angle phénoménologique.

  • Dire qu'un animal se comporte à l´égard de ce qui l´entoure qu´est-ce à dire ? Le comportement est constitué par un type de manifestations qui n´appartient qu´à certains vivants ; il forme un flux continu et spontané qu´une étude segmentée détruit nécessairement. Pourtant, ce sont de brèves séquences comportementales isolées au laboratoire que l´on choisit d´étudier. Mais a-t-on encore affaire à un comportement ? Ne l´a-t-on pas ainsi réduit à l´un des éléments qui le composent : les mécanismes physiologiques, le programme génétique, les opérations cognitives, etc. ? Qu´est-ce qu´un animal empêché de se comporter, qui est-il ? On doit alors s´interroger sur les raisons de la prédominance des études de laboratoire et sur les bénéfices qui peuvent être tirés d´une telle production de connaissances. Car ces méthodes décident notamment des conditions de vie de millions de mammifères et d´oiseaux destinés à la consommation.

    À l´opposé de cette perspective réductionniste, le comportement est compris par les approches phénoménologiques comme l´expression d´une liberté, une relation dialectique avec le milieu. Celles-ci imposent du même coup des conditions d´observation en milieu naturel. Comment, dès lors, élaborer une éthologie plus juste, tant du point de vue de la compréhension du comportement que de celui des besoins, au sens large, des animaux placés sous la domination de l´homme ?

  • Dire qu'un animal se comporte à l'égard de ce qui l'entoure qu'est-ce à dire ? Le comportement est constitué par un type de manifestations qui n'appartient qu'à certains vivants ; il forme un flux continu et spontané qu'une étude segmentée détruit nécessairement. Pourtant, ce sont de brèves séquences comportementales isolées au laboratoire que l'on choisit d'étudier. Mais a-t-on encore affaire à un comportement ? Ne l'a-t-on pas ainsi réduit à l'un des éléments qui le composent : les mécanismes physiologiques, le programme génétique, les opérations cognitives, etc. ? Qu'est-ce qu'un animal empêché de se comporter, qui est-il ? On doit alors s'interroger sur les raisons de la prédominance des études de laboratoire et sur les bénéfices qui peuvent être tirés d'une telle production de connaissances. Car ces méthodes décident notamment des conditions de vie de millions de mammifères et d'oiseaux destinés à la consommation. À l'opposé de cette perspective réductionniste, le comportement est compris par les approches phénoménologiques comme l'expression d'une liberté, une relation dialectique avec le milieu. Celles-ci imposent du même coup des conditions d'observation en milieu naturel. Comment, dès lors, élaborer une éthologie plus juste, tant du point de vue de la compréhension du comportement que de celui des besoins, au sens large, des animaux placés sous la domination de l'homme ?

  • Florence Burgat, philosophe, travaille actuellement au Laboratoire d'anthropologie sociale du Collège de France. Les hommes entretiennent des relations contradictoires avec les animaux. D'un côté, ils les exploitent, les manipulent et les massacrent. D'un autre, ils se laissent volontiers parasiter, polluer, voire dominer par leurs animaux domestiques. Ils n'ont pas trouvé la bonne distance. Dans cet essai philosophique, Florence Burgat analyse comment, depuis l'Âge classique, l'homme a voulu se définir contre l'animal, comment il a recherché sa différence spécifique dans la non-animalité. S'arrogeant les facultés nobles - la conscience, la pensée, le goût esthétique, le sentiment moral - il en a privé l'animal. Il pouvait ainsi disposer à sa guise de cet être dépourvu de dignité. En contrepartie, l'homme a dû refouler sa propre animalité; notamment sa sexualité, ce qui a fait la fortune des psychanalystes. Florence Burgat ne se contente pas de ce constat négatif. Elle ouvre des perspectives. Elle poursuit la voie tracée par Jean-Jacques Rousseau suivant laquelle l'homme, comme l'animal, est un être sensible, donc qui souffre. Et elle esquisse une nouvelle morale sur cette base.

  • Les systèmes productivistes ont engendré une profonde mutation des conditions de vie des animaux : enfermement, augmentation de la taille du troupeau, réduction de la surface au sol et rupture précoce des liens sociaux. Ce qui caractérise avant tout l'animal, à savoir d'être vivant et sensible, n'a pas pour autant disparu. Comment dès lors escamoter la question de la légitimité des traitements auxquels il est soumis en élevage industriel ? Cet ouvrage collectif fait le point sur les conceptions de l'animal qui sous-tendent un tel système et explore la nature des recherches conduites au titre du bien-être animal. Il apporte en outre un éclairage sur les principales questions juridiques, éthiques et philosophiques qui entourent le statut des animaux.

  • Faut-il faire du droit animalier une discipline à part entière ? Ce qui pourrait être considéré comme un pan du droit environnemental est sur le point aujourd'hui de voler de ses propres ailes, poussé par des sociétés de plus en plus enclines à considérer les animaux dignes de justice.Retracer l'histoire de ce droit animalier, ...

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