Francis Jeanson

  • "J'ai la passion de comprendre les hommes."

    Jean-Paul Sartre

  • "J'y ai mis tous mes efforts à former ma vie. Voyla mon mestier et mon ouvrage. Je suis moins faiseur de livres que de nulle autre besogne."
    Montaigne

  • " L'univers est peut-être "une machine des dieux". Mais la vraie foi consiste à parier que l'espèce humaine est capable d'incarner Dieu, de le réaliser, d'en finir avec Lui en inventant sa propre humanité.
    Délire prométhéen ? Non ; plutôt même l'inverse, en quelque sorte... Car, si le délire est irresponsable, le pari est un engagement. Et l'on sait par ailleurs que Prométhée, qui était dieu, voulait faire concurrence à Zeus en créant les hommes : mais les hommes sont déjà là, je suis l'un d'eux, et seule m'intéresse cette immense et aventureuse entreprise qui est la nôtre, en vue d'accéder à nous-mêmes – de dieu en dieu et de proche en proche – jusqu'à nous sauver, peut-être, de tout dieu. "
    Francis Jeanson

  • "Femmes, je vous aime ! Vous qui êtes mes soeurs, mes amies, mes amours, vous aussi que je croise un instant et ne reverrai plus, vous toutes qui rendez belle la vie, qui êtes la vie, si je m'adresse à vous c'est par bonheur. Par tout ce bonheur qui me vient de vous, et que jamais je ne parviendrai à vous rendre..." Ainsi débutait cette "Lettre aux femmes" que j'avais entrepris d'écrire. C'est pourquoi je pense que le lecteur de tout sexe me saura gré de n'en avoir conservé que le titre, au profit de ces lettres à une femme que je me contente aujourd'hui de lui présenter. F.J.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Les essais qui se trouvent ici rassemblés s'échelonnent sur une dizaine d'années : ils ne sauraient donc être considérés comme des points de départ, mais comme l'indication de certaines lignes, de certains axes permanents, auxquels le lecteur trouvera peut-être intéressant de se référer pour une véritable compréhension des engagements personnels de l'auteur.

  • Depuis près de vingt ans, il m'était donné de la rencontrer fréquemment ; j'avais lu ses livres ; je pensais la connaître. L'an dernier, la fantaisie m'est venue de relire avec une extrême attention la totalité de son oeuvre : l'étude que voici ne tend qu'à proposer aux lecteurs et lectrices de Simone de Beauvoir une certaine compréhension, qui est aujourd'hui devenue la mienne, de son entreprise de vivre en même temps que de son choix d'écrire et de s'avouer à nous. C'est dire qu'on chercherait en vain dans ce livre un manuel de la philosophie existentialiste, un exposé du féminisme, ou l'analyse systématique de chacun des ouvrages publiés par Simone de Beauvoir. On y trouvera en revanche quelques éclairages nouveaux sur l'une des pensées les plus vivaces, parmi celles qui sont aujourd'hui en mesure de susciter notre propre réflexion. Après avoir interrogé l'oeuvre, Francis Jeanson a voulu interroger l'auteur et lui rendre plus directement la parole. Reproduisant deux entretiens successifs entre Simone de Beauvoir et lui, la dernière partie de ce livre montre assez ce que peut devenir une interview quand les deux interlocuteurs la conçoivent d'emblée comme un véritable dialogue.

  • Aujourd'hui la psychiatrie est en crise : crise de moyens, d'effectifs, crise aussi des modèles et de la pensée. Certains se posent la question de son utilité et voudraient la réduire à ses seules missions de maintien de la sécurité, de contrôle des déviances sociales et de prévention des conséquences du stress. La dimension soignante au long cours pour laquelle trois générations de psychiatres ont milité est remise en cause. Plus que jamais cet ouvrage de réflexion à plusieurs voix est d'actualité. Il rassemble quelques-uns des formateurs qui, par leur action, contribuent à soutenir cette psychiatrie humaniste - dont Francis Jeanson avait fait l'éloge - en exhortant les soignants de la psychiatrie à allier l'intelligence du monde humain avec des capacités autoréflexives et de résistance à tout système totalisant.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Extrait
    DEUX LETTRES POUR FINIR
    Cher Monsieur Jeanson,
    Je viens de relire l'ensemble de notre dialogue. D'avance il était entendu que l'horloge nous imposerait de l'interrompre, après un parcours en partie imprévisible. Ce qui, par contre, était prévisible, c'est que ce dialogue ne prendrait pas la forme d'une négociation de compromis. Je crois que nous nous sommes entendus pour ne pas dériver vers cette direction. Si tel de nos lecteurs y trouve matière à déception, c'est sans doute qu'il n'avait pas saisi le sérieux, l'intransigeance de la question elle-même. Nous pourrons d'ailleurs l'assurer que notre intention n'est pas de limiter nos échanges à ce qu'ils produisent en quelques heures d'enregistrement. Nous poursuivrons, je le souhaite.
    Trop de pensées me viennent au moment de formuler une conclusion provisoire. Au merci que je vous dois pour votre effort de compréhension et de fermeté, j'ajouterai seulement quelques réflexions, amorcées par votre dernière réplique.
    Cet homme de l'avenir, que vous sentez en quelque sorte « peser » sur vous, et dont vous entendez qu'il ait réellement la possibilité d'exister humainement, moi aussi, vous le savez, son destin me préoccupe. Dirai-je que je me sens, sous son regard prochain, transformé en << objet coupable », selon le terrible aveu de Sartre à propos de Genet? Non, sincèrement. Par contre, que des hommes d'aujourd'hui ou de bientôt puissent entreprendre de me convaincre de culpabilité, de me contraindre par quelque dialectique soigneusement étudiée à plaider coupable malgré moi, comment en écarterais- je l'hypothèse? D'autres y sont bien passés, et y passent encore, qui ne sont d'ailleurs pas tous chrétiens.
    J'admettrais, pour mon compte, une seule culpabilité essentielle : de n'avoir pas transmis l'évangile selon mes moyens. L'évangile premier, originel, en sa pureté permanente et toujours neuve. Mais alors, c'est à Dieu et à mes frères que j'aurai à demander pardon, non point à quelque mécanique totalitaire ayant conditionné dialectiquement un peuple-juge.
    Oui, pour moi, l'urgent, l'indispensable, est de proposer, en esprit d'humilité et d'amour, l'évangile de Jésus. A votre façon, vous me l'accordez. La difficulté entre nous est de dire quelle est la parole de Jésus, quel en est le sens, et comment il importe de la pratiquer et de la traduire au plus grand nombre; comment être fidèle, fidèle serviteur de la parole elle-même, en vue de la libération totale de ceux à qui je la dois parce qu'elle leur est destinée. Tout le fond de notre dialogue est là, et même tout le programme d'autres dialogues éventuels, avec ou sans éditeur, aussi insistants et aussi fraternels. Ce n'est pas le moment d'y entrer. Nous ne nous dissimulons d'ailleurs pas que les mêmes exigences de fidélité s'imposeront à nous à la moindre reprise de ce sujet éternel.
    Fidélité. Que nous soit commune l'intention de fidélité, à défaut d'une désignation commune, en ce moment, de ce qui exige de nous fidélité, et du comment. Chacun de nous est bien conscient de porter en lui la possibilité de trahir, par ignorance ou par faiblesse, cela même qu'il juge, au plus net de son esprit, digne de fidélité inconditionnelle. La question n'est évidemment pas, en ce qui me concerne, de décider si c'est à Dieu ou aux hommes que je dois cette fidélité pour la vie et la mort. Je la dois à l'homme en même temps qu'à Dieu, d'autant que Dieu s'est engagé sur son bonheur (ainsi parle-t-il dans la Bible) à maintenir son alliance en faveur de l'homme, en dépit des reniements de l'homme.
    Mais à quelle conditions serai-je fidèle à l'homme, quand je sais qu'il ne l'est pas nécessairement à luimême? A condition de regarder et d'aimer chacun comme Dieu l'aime, et selon le même esprit qui me donne d'aimer - trop imparfaitement, c'est vrai - Jésus. Car telle est pour moi l'ultime vérité de l'homme.

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