Georges Dumezil

  • À côté de monographies célèbres comme Mythes et dieux des Germains, Loki, La Saga de Hadingus (Du mythe au roman et Les Dieux des Germains, le grand historien des religions rédigea toute une série d'études sur nombre de thèmes mythiques et de figures divines de la Scandinavie ancienne. Elles concernaient en particulier le personnage féminin de Gullveig, qui fut comparé à la figure de Tarpeia dans la Roma archaïque, mais aussi des dieux tels que Baldr, Heimdall et Vidar, qui jouèrent un rôle de premier plan dans le drame eschatologique des anciens Scandinaves (Le Ragnarok) ou encore plusieurs épisodes mythologiques ou légendaires connus tant de la littérature norroise (en particulier l'Histoire des rois de Norvège et l'Edda de Snorri Sturluson) que des Gesta Danorum de Saxo Grammaticus et des récits folkloriques recueillis à l'époque moderne. Mythes et dieux de la Scandinavie ancienne rassemble une vingtaine de ces études qui étaient jusqu'alors disséminées dans des revues savantes ou insérées dans des recueils d'hommages ou d'esquisses.

  • Vers la fin du IIIe millénaire av. J.-C., des cavaliers-migrateurs, venus peut-être du sud de la Russie, submergèrent par vagues successives la majeure partie du continent européen et poussèrent jusqu'aux confins de l'Inde. À ces conquérants, qui parlaient approximativement la même langue, on a attribué par convention le nom d'Indo-Européens. Ils partageaient une vision du monde tripartite - le système des trois fonctions - où s'articulent, selon un ordre hiérarchique : la souveraineté magique et juridique (la première fonction) ; la force physique et principalement guerrière (la deuxième fonction) ; la richesse tranquille et féconde (la troisième fonction). Ainsi ces très lointains ancêtres se fondaient-ils sur une conception de la société qui distingue en les hiérarchisant les prêtres, les guerriers et les éleveurs-agriculteurs.
    Mythe et Épopée est consacré aux usages littéraires et non pas théologiques ou religieux que les principaux peuples indo-européens ont faits de leur commun héritage. Car si la structure des trois fonctions se présente d'abord comme une machine à faire les dieux, elle se révèle aussi être un formidable instrument de fabrication d'histoires. Pas uniquement de mythes, mais de récits profanes, de légendes, d'épopées, de contes où les dieux et les hommes s'en vont par trois.

  • En 1982, dans les 25 essais qui composent Apollon sonore, l'auteur a commencé de publier en forme d'Esquisses des projets d'études de mythologie qu'il n'envisage plus de mener à leur terme, se bornant à définir les problèmes et à donner les principaux éléments de solution. Le présent recueil présente une seconde série d'Esquisses (26-50).
    Les premières concernent l'Inde et, après Alexandre, les rapports de l'Inde avec l'Occident grec. Pour la première fois, d'importantes traditions bouddhiques apportent leur contribution à l'étude comparée des religions indo-européennes.
    Une dizaine d'Esquisses continue l'exploration de la religion des Scythes et des traditions qui survivent chez leurs derniers descendants, les Ossètes du Caucase. Sur tous ces points encore, la véracité des témoins grecs, et d'abord d'Hérodote, d'une part, l'étonnante fidélité de la mémoire populaire d'autre part, se laissent vérifier.
    Par un échantillonnage sur la plupart des domaines de l'ensemble indo-européen, un dernier groupe d'Esquisses montre le type des questions nouvelles ou anciennes que l'étude comparative permet d'aborder avec précision : à Rome, l'univers tel que le divisaient les augures, puis la fonction d'une divinité évanescente, Hora, parèdre de Quirinus ; chez les héros de l'Iliade, l'opposition de la «fougue» utile et de la mauvaise «rage» ; la byline russe sur les trois derniers voyages du grand héros Il'ja de Mourom et l'interprétation d'une idole quadricéphale de Galicie, etc.

  • Au milieu du XVIIIe siècle, un jeune Suisse de Lausanne, descendant de huguenots, abandonne ses études et part pour Calcutta. Il prend du service dans l'armée de la Compagnie anglaise. Pendant plus de trente ans, il connaît beaucoup d'aventures. Sur la fin de son contrat, de la bouche d'un pandit fort instruit, il s'informe de la religion et des grandes épopées. Rentré en Europe, il s'enthousiasme pour la Révolution française et s'installe aux environs d'Avignon - où il sera assassiné lors des troubles du Directoire. En quittant Lausanne, il a laissé à la chanoinesse de Polier, sa cousine, les liasses des notes qu'il a prises sous la dictée de son maître. En 1809 seulement, elle en tire une Mythologie des lndous dont le principal mérite est de contenir un précis détaillé des trois grands poèmes, le Râmâyana, le Mahâbhârata, le Bhâgavata Purâna, ces deux derniers étant étroitement imbriqués l'un dans l'autre. Ce livre a été dédaigné des indianistes, ignoré du public lettré depuis près de deux cents ans, alors qu'il aurait fourni une magnifique matière à La Légende des siècles. Georges Dumézil republie ici les chapitres où sont résumés les deux derniers poèmes. Le Mahabarat du colonel et de la chanoinesse n'est pas toujours conforme aux originaux sanscrits, sans qu'on puisse parler d'authentiques variantes, mais intelligemment construit, agréablement écrit, il en conserve l'essentiel. Il se lit comme un roman d'aventures du XVIIIe siècle. Il ne s'agit pas ici d'un travail scientifique, mais d'une réparation littéraire envers un de ces pionniers de l'orientalisme, maniant le pistolet et la plume, dont Anquetil du Perron n'est que l'exemple le plus connu.

  • Dans un hymne védique, la Voix analyse son action sur les trois niveaux fonctionnels de la société : elle permet la communication permanente grâce à laquelle les hommes mangent et vivent harmonieusement ; elle fait retentir l'arc et produit le tumulte du combat ; elle assure les rapports réciproques des hommes et des dieux, le culte et l'inspiration. Cette analyse se retrouve dans les modes d'action qu'un hymne homérique attribue à Apollon délien, et aussi dans la décoration d'un célèbre vase scythique. Il s'agit donc probablement d'une très ancienne application de la théorie des trois fonctions. Comment les Grecs ont-ils été amenés à l'attribuer à Apollon ? Qui était Apollon ?
    Rares sont les traces de la théorie trifonctionnelle dans les poèmes homériques. Quatre nouvelles applications en sont proposées. Les aèdes en ont trouvé deux dans la tradition. Deux autres ont été composées par l'auteur même de l'Odyssée.
    L'histoire des premiers siècles de Rome a été constituée d'éléments très divers. Cinq épisodes sont présentés où, quels qu'aient été les événements réels, l'imitation ou l'influence de scènes de l'Iliade leur ont donné forme et sens.
    Cinq contributions sont apportées à un dossier qui retient l'attention des savants depuis un quart de siècle : quels sont les rapports de la théorie médiévale des trois Ordres avec l'idéologie indo-européenne des trois fonctions ?

  • Vers la fin du IIIe millénaire av. J.-C., des cavaliers-migrateurs, venus peut-etre du sud de la Russie, submergcrent par vagues successives la majeure partie du continent européen et pousscrent jusqu'aux confins de l'Inde. ´R ces conquérants, qui parlaient approximativement la meme langue, on a attribué par convention le nom d'Indo-Européens. Ils partageaient une vision du monde tripartite - le systcme des trois fonctions - ou s'articulent, selon un ordre hiérarchique : la souveraineté magique et juridique (la premicre fonction) ; la force physique et principalement guerricre (la deuxicme fonction) ; la richesse tranquille et féconde (la troisicme fonction). Ainsi ces trcs lointains ancetres se fondaient-ils sur une conception de la société qui distingue en les hiérarchisant les pretres, les guerriers et les éleveurs-agriculteurs.
    Mythe et Épopée est consacré aux usages littéraires et non pas théologiques ou religieux que les principaux peuples indo-européens ont faits de leur commun héritage. Car si la structure des trois fonctions se présente d'abord comme une machine ´r faire les dieux, elle se révcle aussi etre un formidable instrument de fabrication d'histoires. Pas uniquement de mythes, mais de récits profanes, de légendes, d'épopées, de contes ou les dieux et les hommes s'en vont par trois.

  • Depuis trente ans, Georges Dumézil observe la plus ancienne pensée des Romains sous un éclairage doublement nouveau. D'une part beaucoup de concepts, de types divins, de cultes sont le prolongement de représentations et de pratiques déjà indo-européennes, conservées aussi chez d'autres peuples de la famille. D'autre part, les créations, propres à Rome, loin de relever d'une mentalité balbutiante, se situent à un honorable niveau de réflexion. La démonstration d'ensemble a été donnée en 1966 pour les faits proprement religieux, dans La Religion romaine archaïque et pour la pseudo-histoire des origines, en 1968, dans Mythe et Épopée, I. Elle doit être étendue à quantité de points de droit, d'institutions, de traditions, bref à beaucoup d'«idées», et dans la religion même, plusieurs divinités doivent être étudiées de plus près. C'est la matière des trois groupes d'articles, en grande partie récrits, qui forment ce recueil.

  • Après avoir abordé la religion romaine par la théologie, l'auteur a souhaité l'observer en action, gouvernant la vie des Romains à travers les fêtes publiques fixes inégalement distribuées sur les quatre saisons. Si les fêtes d'été et d'automne passent ici les premières, c'est qu'il fallait aller au plus urgent. Tout n'est certes pas clair dans la partie du férial qui s'étend de décembre à juin, du moins est-elle éclairée par l'érudit et élégant répertoire de rites et de légendes que sont les Fastes d'Ovide. Mais Ovide n'a pu achever son oeuvre. Pour cette raison et pour quelques autres, beaucoup de fêtes de la 'belle saison' sont aujourd'hui encore de petits mystères : que sont les doubles Lucaria, les Neptunalia, les Furrinalia qui se pressent dans la seconde quinzaine de juillet ? Et, dans les mois qui suivent, que sont les Volturnalia, les Meditrinalia ? Des moyens d'explication, jusqu'à présent négligés, permettent de proposer partout des réponses plausibles. Après ces fêtes qui toutes concernent le bon usage, alimentaire ou autre, de la nature, la fin du temps des activités martiales appelle des rites propres, notamment le 'Cheval d'Octobre' au milieu de ce mois, qui ne peuvent être pleinement compris que par référence au passé indo-européen des Romains et aux autres vestiges de rituels royaux dont l'Inde védique fournit de proches variantes. L'absence complète de fêtes dans les deux mois - septembre, novembre - où se sont développés, autour des Ides, de grands jeux en l'honneur de Jupiter, pose un problème qui ne paraît pas insoluble.

  • «C'est en 1938 qu'a commencé la série d'études qui a reconstitué de grands fragments de l'idéologie, de la théologie et de la mythologie communes aux Indo-Européens avant leurs migrations. Les dix premières années ont été consacrées à l'exploration sommaire de deux ensembles : la conception des trois fonctions hiérarchisées de souveraineté sacrée, de force, de fécondité ; la conception des deux aspects complémentaires, magique et juridique, de la souveraineté. Divers travaux [...], livres épuisés aujourd'hui, ont mis en forme les premières observations. Mais les recherches ultérieures, fondées sur ces esquisses, ont permis par contrecoup de les préciser, de les corriger, de les compléter, de les coordonner.
    Il était donc nécessaire de reprendre ces principa theologica en tenant compte de près de trente ans de progrès et aussi de discussions à peu près ininterrompues qui les ont imposées à l'attention des "philologies séparées". L'exposé a été concentré sur les questions fondamentales et limité aux quatre principaux témoins qui ont servi, par comparaison, à atteindre une réalité préhistorique, indo-européenne, à savoir l'Inde védique, l'Iran, Rome, la Scandinavie : les prolongements qu'ont ensuite fournis les Grecs et les Celtes ont été laissés de côté. On s'est appliqué partout à faire saillir les ressorts, à dégager les moments des argumentations.» Georges Dumézil.

  • Troisième volume des Esquisses. Les premiers chants de l'Iliade et le conflit des trois déesses; le roman de Crésus ; Celtes et Italiques; la triade précapitoline; romans scythiques; l'idéologie des Perses... Et quelques prises de position vis-à-vis d'auteurs contemporains.

  • Vers la fin du IIIe millénaire av. J.-C., des cavaliers-migrateurs, venus peut-être du sud de la Russie, submergèrent par vagues successives la majeure partie du continent européen et poussèrent jusqu'aux confins de l'Inde. À ces conquérants, qui parlaient approximativement la même langue, on a attribué par convention le nom d'Indo-Européens. Ils partageaient une vision du monde tripartite - le système des trois fonctions - où s'articulent, selon un ordre hiérarchique : la souveraineté magique et juridique (la première fonction) ; la force physique et principalement guerrière (la deuxième fonction) ; la richesse tranquille et féconde (la troisième fonction). Ainsi ces très lointains ancêtres se fondaient-ils sur une conception de la société qui distingue en les hiérarchisant les prêtres, les guerriers et les éleveurs-agriculteurs.
    Mythe et Épopée est consacré aux usages littéraires et non pas théologiques ou religieux que les principaux peuples indo-européens ont faits de leur commun héritage. Car si la structure des trois fonctions se présente d'abord comme une machine à faire les dieux, elle se révèle aussi être un formidable instrument de fabrication d'histoires. Pas uniquement de mythes, mais de récits profanes, de légendes, d'épopées, de contes où les dieux et les hommes s'en vont par trois.

  • Une grammaire, pour moi, c'est un roman. Ainsi Georges Dumézil évoquait-il sa passion pour les langues, point de départ d'une exceptionnelle carrière d'historien et de philologue. Professeur au Collège de France et membre de l'Académie française, il fut l'auteur d'une oeuvre abondante, qui n'a cessé d'explorer la civilisation perdue des Indo-Européens et dont l'influence atteint l'ensemble des sciences humaines. La présente édition, qui rassemble quelques-uns de ses plus grands textes, constitue une introduction générale à la pensée et à la méthode de Dumézil. Loki est un ouvrage exemplaire de comparatisme : le personnage du folklore scandinave qui donne son nom au livre y apparaît comme le chaînon manquant entre l'Islande médiévale des sagas et l'univers du Mahabharata. Heur et malheur du guerrier aborde le dossier des mythes et des rites de la fonction guerrière chez les Indo-Européens. Mythes et dieux des Indo-Européens est un recueil de textes caractéristiques des résultats scientifiques et de la méthode du savant. Trois ouvrages fondamentaux, qui rappellent à chaque page combien l'inventeur de la tripartition fonctionnelle était aussi un amateur d'histoires et de légendes.

  • Dès le début du XIXe siècle, les commentateurs de Nostradamus ont signalé, dans le 20e quatrain de la IXe Centurie, un faisceau de détails précis qui paraît annoncer la fuite et l'arrestation de Louis XVI : "de nuit", un personnage "en gris" "viendra dedans Varennes" et, aussitôt après, dans le dernier vers, un "élu cap cause tempête, feu, sang, tranche" - le tranche étant un couperet. Mais les autres détails sont inexpliqués : pourquoi le personnage en question est-il appelé "le moine noir"? Pourquoi vient-il "par la forêt de Reines"? Et que signifie le deuxième vers, sans syntaxe : "Deux parts, vaultorte, Herne, la pierre blanche"? À partir de ces données, l'auteur propose trois jeux. Un puzzle : l'étude philologique et historique du texte permet-elle d'éclairer toutes ces énigmes, sans résidu, par les circonstances du "drame de Varennes"? Un jeu logique : si l'on admet que, au milieu du XVIe siècle, Nostradamus a "vu" l'événement de 1791, quels sont les caractères distinctifs de cette connaissance, les mécanismes de cette pensée, qui diffère à la fois de la pensée onirique et de la pensée réfléchie? Un jeu métaphysique enfin : comment concevoir les moyens de cette connaissance? À la fin du Phédon, Socrate, achevant de mourir, prononce onze mots très simples qui signifient : "Criton, nous devons un coq à Asklépios. Payez la dette et n'oubliez pas." Aucune exégèse satisfaisante n'a été proposée. La plus usuelle est celle que Lamartine a mise en vers : "Aux dieux libérateurs, dit-il, qu'on sacrifie! Ils m'ont guéri! - De quoi? dit Cébès. - De la vie!" Toute l'existence, tout l'enseignement de Socrate protestent contre cette interprétation. Qu'a-t-il voulu dire?

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • "Au cours du troisième et du second millénaires avant Jésus-Christ se produisit l'événement le plus important de l'histoire temporelle récente de l'humanité : d'une région qu'on semble pouvoir situer entre la plaine hongroise et la Baltique, par vagues successives, partirent en tous sens des troupes conquérantes qui parlaient sensiblement la même langue. Que s'était-il passé ? Désagrégation d'empires préhistoriques ? Difficultés alimentaires ou climatériques ? Impérialisme inné, appel confus du destin, maturation plantureuse d'un groupe humain privilégié ? Nous n'en saurons jamais rien. Mais le fait est là : des courses centrifuges, en quelques siècles, asservissent à ces hardis cavaliers toute l'Europe du Nord, de l'Ouest, du Sud et du Sud-Est ; les anciens habitants disparaissent, s'assimilent ou forment des îlots qui se résorbent lentement et dont il ne subsiste aujourd'hui que le « témoin » basque, au bout des Pyrénées, et, dans le Caucase, de petits peuples très originaux. En Asie centrale, quelques-uns poussent jusqu'au Turkestan, où leurs royaumes tiendront encore près de dix siècles après le début de notre ère, malgré la pression chinoise, malgré les remous des Turcs et des Mongols. Certains, très tôt, et d'autres après eux, se ruent sur l'Asie antérieure ; d'autres occupent l'Iran, cheminent jusqu'à l'Inde : mille ans avant Jésus-Christ, ils sont dans le Pendjab et déjà regardent le Gange où les Grecs du temps d'Alexandre les trouveront installé."

  • "Depuis trois ans, comme il se doit, Jupiter Mars Quirinus a vécu d'une vie double. L'auteur l'a constamment repensé, éprouvant les documents et les arguments qu'il avait produits. Et les divers publics auxquels il s'adressait ont réagi. De cette fermentation et de ces pressions extérieures sont sortis les quatre chapitres qu'on va lire.
    Le système d'explication a été en général compris et souvent accepté avec facilité. Le dépaysement que la démonstration comparative impose aux latinistes et aux historiens a été supporté de bonne grâce.
    Mais, si les approbations sont précieuses à plus d'un titre, c'est surtout des résistances et des contradictions qu'il sera fait état dans la suite et je dois avant tout remercier ceux qui ont consacré peine et temps à critiquer. Leurs objections m'ont parfois surpris, s'attaquant à des points si aisément défendables que je n'avais même pas songé à en découvrir la défense mais cela même sera utile, car, les petites difficultés une fois écartées, on s'apercevra que les grandes perdent beaucoup de leur matière et de leur vigueur."
    Georges Dumézil

  • Les vieux mythes des Indo-Européens ne survivent à Rome que costumés en histoire, et en histoire nationale ; un intérêt humain, romanesque et juridique y tient lieu du merveilleux qui, dans l'Inde par exemple, est inséparable de l'idée de mythe. Dans la direction déterminée par Georges Dumézil dans de précédentes études (Mitra-Varuna, 1940 ; Jupiter, Mars, Quirinus, 1941), la nouvelle collection essaiera de reconnaître et d'expliquer quelques-uns de ces «mythes romains».
    Le premier volume étudie ce qu'est devenu à Rome le mythe qui, chez les Indo-Européens occidentaux, justifiait le rituel d'initiation militaire des jeunes gens et qui est encore bien conservé, avec sa valeur ancienne, dans la littérature de l'Irlande païenne. Ce mythe, en liaison plus ou moins étroite avec les rites, comportait plusieurs épisodes : acquisition du précieux don de fureur guerrière par un combat victorieux avec un adversaire triple ; retour chez les siens du jeune homme «furieux» et son opposition violente avec une parente impudique ; médication calmante et purifiante rendant le jeune homme inoffensif sans lui faire perdre ses dons guerriers. C'est la matière même qui, dépouillée de son ressort mystique et tournée en roman, constitue l'aventure d'Horace vainqueur des trois Curiaces, meurtrier de sa soeur, condamné, grâcié et purifié par les Romains.

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