Gerard Bonal

  • Mary Cassatt, Winnaretta Singer, Isadora Duncan, Gertrude Stein, les soeurs Klumpke... Le Paris de la Belle Époque vibre sous les assauts de ces Américaines éprises de liberté.
    Elles sont riches, artistes, philanthropes. Elles peignent, écrivent, dansent, jouent de la musique, tiennent salon, aiment. Paris est une fête pour ces femmes aux moeurs libres qui fuient l'Amérique puritaine.
    Le salon de la princesse de Polignac ; l'atelier de la rue de Fleurus où Gertrude Stein arbitre le match Picasso-Matisse ; le temple de l'amitié de Natalie Barney, rue Jacob, où l'on croise Colette, Ernest Hemingway, Jean Cocteau... Autant de lieux qu'elles ont rendus célèbres dans le monde entier grâce à leur énergie et leur talent.

  • Soixante ans après sa mort, la vie de Colette reste un modèle. Modèle de liberté, de volonté et d'affranchissement. Pas de vains mots pour la reine de l'autofiction mais une réalité que narre ici avec talent l'un de ses meilleurs connaisseurs, Gérard Bonal. Colette (1873-1954) a donné à l'autofiction ses lettres de noblesse, raconté sa vie sans cesse et à toutes les occasions, se réinventant en créatrice de produits de beauté à son nom, ou improvisant comme il lui chantait. A l'aune de nos vies contemporaines, celle de Colette figure sans nul doute l'avant-garde. Dans cette nouvelle biographie, l'auteur a pris le parti de montrer combien sa vie, suite de scandales, de coups de force, de traits d'audace aussi bien littéraires que personnels dessinait une trajectoire volontaire. Cette cohérence est d'autant plus évidente que Gérard Bonal a voulu écrire cette biographie comme un récit - presque un roman avec ses épisodes dramatiques, ses ruptures amoureuses, ses succès professionnels : dés les années 20, Colette figure au sommet des auteurs à succès. Un roman où tout est vrai et qui s'inscrit fortement dans le contexte français : la province de la fin du XIXème siècle, la Belle Epoque, la Première Guerre mondiale, le crash de 1929, l'Occupation...
    A l'appui de cette thèse, la rigueur des informations puisées aux meilleures sources (correspondances inédites retrouvées qui révèlent des aspects jusque-là inconnus, témoignages inédit des contemporains...), vérifiées et croisées à quarante années de recherches colettiennes ( on peut en effet dater de 1973, année du centenaire de la naissance de l'écrivain, l'intérêt de l'université pour Colette). Des recherches parfois désordonnées, en tout cas géographiquement dispersées en France, aux Etats-Unis, en Australie, et qu'il convenait de remettre en perspective. Ainsi sont revisités et réévalués les grands thèmes colettiens : la mère, les bêtes, l'amour, l'homosexualité tandis que l'on découvre, qu'avant tout le monde, l'écrivaine s'est interrogée sur le genre... Un travail neuf et vif qui révèle, soixante ans après sa mort, une Colette sinon inconnue, du moins plus secrète, plus brutale, plus vraie, plus contemporaine que celle qu'a fabriqué l'imagerie pieuse de " la bonne dame du Palais-Royal " et que le monde entier vient visiter à l'instar d'Audrey Hepburn ou Truman Capote. Mais au final combien est plus intéressante cette femme forte et qui ne dépendait que d'elle seule.

  • " Dans ce formidable mouvement d'idées, ce foisonnement artistique, politique, littéraire, philosophique, théâtral qui explose à Saint-Germain-des-Prés, vers 1944-45, avec le retour de la liberté, il y a place pour tout et pour tous : la "bande à Prévert" et la "famille Sartre", les premiers tableaux de Bernard Buffet et les derniers dessins d'Antonin Artaud ; Juliette Gréco, la "Dame noire", et Cora Vaucaire, la "Dame blanche" ; le Café de Flore et le Bar Vert, les existentialistes, les communistes, les lettristes, les chanteurs, les acteurs, les réalisateurs, Jean Cocteau et Gabriel Pomerand, le Tabou et la librairie Le Divan, le jazz bop et le jazz New Orleans, Sidney Bechet et Boris Vian, Simone de Beauvoir et Marguerite Duras, les femmes du monde en robes new-look et talons aiguilles et les "rats de cave" en jupes portefeuille et baskets... Fraternité. Fraternité de façade, mais fraternité quand même. "
    G. B.
    C'est cette aventure – " une aventure extraordinaire " disait Jean-Paul Sartre –, unique dans la vie culturelle française, que ce livre raconte, en donnant la parole à ceux qui l'ont vécue. L'aventure d'un quartier dont Gérard Bonal dresse ici, en quelque sorte, le portrait. Ou, mieux encore, la biographie.
    Gérard Bonal est écrivain ; auteur de romans et de biographies, il a publié notamment, Gérard Philipe (Seuil, 1994), Les Renaud-Barrault (Seuil, 2000), Simone de Beauvoir (Seuil, 2001) et Colette intime (Phébus, 2004).

  • A la fois figés et toujours renaissants, les mythes sont des paysages à l'infini, aux perspectives innombrables. Ils attendent, dirait-on, le regard qui les recomposera, la sensibilité qui leur redonnera sens. Dédale et Pasiphaé, Ariane et Icare : ce sont de vieilles connaissances que Gérard Bonal vient réveiller, avec une sorte de tendre allégresse. Tous quatre débarquent sur l'île de Kallisté, où Minos a exilé sa femme, après ses amours scandaleuses, ainsi que son architecte, soupçonné de quelque complicité dans l'affaire. Les deux enfants suivent - ils y sont bien forcés. Sur cette terre où Dédale, autrefois, a construit une ville modèle, mais qu'une éruption volcanique a totalement ravagée, il va falloir survivre. Dédale et Pasiphaé - deux vieux cabots, convenons-en, obsédés par l'idée de soigner leur sortie - décident de monter une affaire commerciale, en plumant, pour commencer, les oiseaux migrateurs qui survolent l'île. Mais Ariane et Icare, prisonniers malgré eux, ne rêvent, pour leur part, que de s'enfuir, de secouer le joug des parents, d'échapper à la pétrification du vieux monde conservateur, bref, de vivre... Pour cela, il suffira de l'amour d'un bel homme, Thésée par exemple, habile à dévider le labyrinthe intérieur où Ariane a refoulé ses minotaures ; ou d'un bond prodigieux, qui élèvera Icare au-dessus du vieux monde... Telle est, sur un thème ancien, la variation subtile que tisse Gérard Bonal, d'une plume à la fois lyrique et légèrement impertinente, à la manière, un peu, des peintres d'autrefois : les scènes et les registres, ici, se juxtaposent souplement, pour composer un paysage d'ensemble aux multiples entrées, dont notre esprit s'enchante et qu'il réinvente sans cesse.

  • Il est des moments où le cours de notre vie se précipite. Quelque chose, soudain, se joue dont nous reviendrons autre. Il suffit, par exemple, d'un retour à la maison de campagne où nous avons vécu nos vacances d'enfant puis d'adolescent, d'un album de photos où le passé, proche encore mais déjà rongé par le temps, nous saute au visage. Ainsi en va-t-il de Philippe B. Sait-il vraiment ce qu'il est venu chercher dans la vieille demeure familiale où l'attend sa soeur, en compagnie - première trahison - d'une amie dont la présence compacte, opaque, dérange une sorte d'ordre secret ? Étendu sur son lit, il compulse l'album, laissant les images réveiller sa mémoire. Voici la cour de l'école où s'alignent, chaque année, les élèves « fusillés » par le photographe, puis le bois de Vincennes des rituelles promenades dominicales. Et voici sa mère, à l'aride amour, et son père mort quelques mois après être rentré du stalag, quelques semaines après que l'objectif l'a surpris. Autour d'eux, figés dans l'incertitude de leur destin, une cousine, un camarade, quelques comparses... C'est une sorte de vertige qui saisit Philippe, comme si le passé qui investit son regard pouvait s'élancer jusqu'à lui, le ressaisir, l'enclore : que rien ne change jamais ! A ce jeu indispensable, il va tenter d'associer sa soeur, dans l'espoir de réinstaurer leur complicité originelle. Mais elle est déjà de l'autre côté du miroir aux images... Il lui faudra donc assumer cette déchirure, apprendre, lui aussi, à devenir adulte... Ainsi ce récit bref, aigu, étonnement abouti nous rapporte-t-il une de ces crises essentielles où un être meurt et renaît à lui-même. Plus subtilement encore, il la met en scène et l'effectue symboliquement. Car l'écriture, ici, ne se contente pas de dire. Dans sa tension formelle, son euphonie purificatrice, elle a valeur d'exorcisme. Comme les photos elles-mêmes, c'est en la glaçant qu'elles nous livrent - avec quel singulier talent ! - la palpitation brûlante du passé.

  • Une de ces grandes maisons délabrées qu'on appelle encore le « château ». C'est là, le temps d'un long week-end d'été, qu'Alain Hauturier vient chercher refuge, près de sa mère, contre les ravages de l'amour qui le dévore. Et c'est vrai qu'ils sont tous là, les ingrédients de la passion : une femme lointaine, un rival, des lettres perfides, un voyage. Un « roman d'amour » donc ? Plutôt son négatif. L'héroïne n'apparaît pas, le rival se dérobe, les lettres demeurent inachevées, le voyage ne conduit qu'à l'échec. En fait, le récit se reporte, se réfracte sur le héros, qu'il met en scène et interroge : ne serait-ce pas à lui-même, et sans qu'il s'en rende compte, qu'Alain Hauturier a d'abord donné rendez-vous ? De même que L'amateur d'images, le précédent livre de Gérard Bonal, ce roman nous dit ainsi une crise, non plus celle où se trouvent brutalement congédiées enfance et adolescence, mais plus gravement sans doute, cette passe singulière qui, par-delà les retombées de la passion, nous conduit au moment où nous commençons, à travers les « premières neiges de l'absence », à nous replier frileusement sur la solitude de l'âge mûr. Acuité psychologique, musicalité nostalgique de l'écriture : c'est la plus haute tradition du roman d'analyse que nous rejoignons ici.

  • La vie - comme la ville - se dérobe parfois sous nos pas. Entre nos mains surgit l'horreur d'un autre monde, grouillant de rats, éclatant de solitude, brûlant des ratages inavoués de nos amours. Cette fille provocante, cette danseuse nue, cette lanceuse de couteaux qu'évoque Gérard Bonal dans ce premier livre, elle est bien la source de nos blessures. Il faudra qu'à son tour, au terme d'une nuit dont la folie est comme inspirée, elle laisse percer tous ses secrets, la matière même de notre désir, de notre quête de bonheur. Gérard Bonal se montre ici, d'emblée, un écrivain rare, étonnamment maître de son écriture, dont le lyrisme glacé plonge dans nos ténèbres des racines avides d'essentiel.

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