Langue française

  • Dans ce roman magnifique, Marielle Giguère suit l'histoire d'une famille en apparence banale : grands-parents, parents, enfants. Leur tissu est pourtant troué de tragédies, certaines plus fortes que d'autres. Le départ de la grand-mère, partie à l'aventure, marque le début de cette histoire teintée de poésie, de résilience et d'amour. Celle qui ne devait partir que quelques jours envoie au fil des mois des cartes postales à son mari, des signes de vie qui ne portent que quelques mots : Deux semaines encore. Je t'aime.
    C'est principalement par le biais d'Arnaud, le petit-fils de la voyageuse, que se dévoile le récit. Jeune homme timide, proche de son grand-père avec qui il partage l'amour des vieilles choses, Arnaud s'émancipe comme il le peut de cette famille qu'il trouve lourde à porter. Entre Montréal et Sainte-Croix-de-Lotbinière, où la famille a une maison au bord de l'eau, entre le Marché aux puces Saint-Michel et la splendeur du fleuve, d'un passé cabossé à un avenir incertain, se dessine le récit d'une existence à fleur de peau.
    Avec beaucoup de doigté et de légèreté, Marielle Giguère joue avec les codes du genre romanesque ; insérées dans le récit, des parties qui ressemblent à de courtes scènes théâtrales mettent en place les décors, campent les personnages et créent une ambiance qui happe le lecteur.

  • Après avoir vécu deux fausses couches consécutives, Marielle Giguère a entamé une réflexion et un processus d'écriture qui ont culminé avec Ci-gît Margot, un roman dans lequel les expériences de l'autrice se mêlent à la fiction. Étonnée et ébranlée par l'absence presque totale de ce sujet dans la fiction québécoise, elle a pris le pari d'affronter les tabous, de nommer l'innommable et de plonger, mot après mot, page après page, au cœur de la vie, avec ses parts d'ombre et de lumière.
    Si le sujet est dur, l'écriture de Marielle Giguère est claire et limpide. Sans détour et avec une plume alerte et assumée, elle nous entraîne dans une histoire bouleversante, en libérant une parole trop peu entendue, celle des femmes en colère, celle des mères qui font face aux violences médicales, celle des familles qui doivent subir et accompagner ces traumatismes.

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