Jacques Bouhsira

  • La conception psychanalytique du symptôme a révolutionné la manière de le concevoir et de le traiter. Au lieu de l'envisager sous le seul angle d'un dysfonctionnement pathologique par rapport à la norme, Freud a dégagé le mécanisme de formation des symptômes en lien avec une conflictualité psychique menant à un compromis. La psychanalyse a donc pour effet de « valoriser » le symptôme, d'en faire une création du sujet inconscient. À l'heure où l'efficacité thérapeutique se mesure souvent à la disparition des symptômes perturbateurs, il importe de faire valoir la portée de la conception psychanalytique des symptômes dans ses différentes dimensions, non pour se satisfaire de leur persistance, mais pour permettre une écoute et une interprétation renouvelées.

  • Ce volume tente de préciser les contours d'une notion, l'un des concepts fondamentaux de la psychanalyse, dont on pourrait aisément penser qu'elle va de soi, alors que les questions métapsychologiques sont nombreuses. Que dire de la relation entre pulsion et refoulement ? Que devient le refoulement dans la théorie freudienne après la mutation de 1920 et le relatif abandon de la perspective représentationnelle au profit de la réflexion sur les processus et le jeu des forces qui les engendre ? Quel statut épistémologique donner au concept de refoulement primaire ? Quelle est la place du refoulement dans la pratique analytique, notamment à côté du contre-transfert ? Comment penser sa place dans la cure analytique avec l'enfant ?

  • Dès 1905, et jusqu'en 1938, Freud a tenté de comprendre la nature des mécanismes psychiques inconscients qui sous-tendent les conduites sexuelles fétichistes et en a construit des versions successives marquées par l'évolution de ses théorisations métapsychologiques. Après avoir mis en évidence les liens des perversions avec les avatars du développement sexuel de « l'enfant pervers polymorphe » puis proposé, en 1909, d'aborder la dynamique spécifique du fétichisme en termes de « dissociation » d'un complexe refoulé, il en arrive 1927, dans « Le fétichisme », à une théorie radicalement nouvelle centrée sue l'idée d'une modification de la topique du moi chez certains petits garçons confrontés, à la phase phallique, à la perception de l'altérité sexuée de leur mère : un déni de celle-ci aurait lieu sous l'effet de l'angoisse de castration insurmontable, entraînant un clivage du moi et la construction d'un fétiche afin de soutenir le déni. En 1938 (« Le clivage du moi dans le processus de défense »), Freud revient sur une singularité du clivage du moi fétichiste, lequel « oscille en va-et-vient entre déni et reconnaissance ».
    Par la suite, beaucoup d'auteurs postfreudiens ont élargi et complexifié la causalité freudienne de la terreur de la castration en introduisant l'existence simultanée d'importantes angoisses de séparation, de fixations à certains plaisirs prégénitaux (en particulier anaux), ou d'angoisses archaïques concernant la mère toute-puissante, tout en restant centrés sur les conduites sexuelles fétichistes.
    Cette monographie se proopose de réinterroger la fonction des formations fétichiques dans l'économie psychique globale, au-delà des pratiques sexuelles et au-delà du masculin, selon une approche extensive et dans une conception non structurale reflétant les courants de pensée contemporains issus des problèmes posés par les cliniques actuelles.

  • La psychanalyse, dès lors qu'elle s'est construite - d'abord à partir de la compréhension du symptôme hystérique, puis à travers l'interprétation des rêves - sur l'étude du conflit entre le désir inconscient et l'interdit, ne pouvait que rencontrer la question de la limite et de la transgression. Mais elle ne pouvait pas ne pas la rencontrer aussi au coeur même de son exercice : le transfert, rappelle Pontalis, est un « agir », le transfert est une passion, au point que, comme Freud l'a souligné dans ses Observations sur l'amour de transfert, « la scène a entièrement changé, tout se passe comme si quelque comédie eût été soudainement interrompue par un événement réel, par exemple comme lorsque le feu éclate pendant une représentation théâtrale ».
    L'idée de transgression n'est toutefois pas à proprement parler un concept psychanalytique, puisqu'elle concerne la normalité et la normativité sociale ; elle n'intéresse la psychanalyse que dans la mesure où la différenciation du psychisme en instances donne à l'interdit un statut psychique, interne, lié au développement du Surmoi.
    La transgression comprise ainsi concerne toutes les dimensions de la vie humaine : création, sublimation, sexualité, que le sujet soit pris isolément ou dans le réseau de ses appartenances groupales et institutionnelles.

  • Le propos de cette monographie est de mettre en perspective la complexité de la notion d'affect, en parcourant d'abord le trajet chez Freud de cette notion, puis en la confrontant aux réévaluations théoriques contemporaines. Ainsi qu'en est-il de la théorie de l'affect chez les kleiniens ? Quelle est la fonction de l'affect dans la théorie psychosomatique ? Qu'en est-il de son rapport à l'éprouvé ? Les auteurs de ce volume montrent l'importance de la question de l'affect inconscient.

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