Jean Ouédraogo

  • Avec soixante ans d'âge, la pratique cinématographique en Afrique a maintenant sa tradition. Restent cependant les houleux débats sur la production, la diffusion, la visibilité, l'orientation, et la survie (sur le continent et au-delà) des images africaines. Porteurs d'histoires, les cinémas africains deviennent ainsi constructeurs d'une mémoire multiforme. Ces textes traversent images et imaginaires, et les narrations qui les portent.

  • Ahmadou Kourouma (1927-2003) est une figure de proue de la littérature africaine du XXe siècle. Issu d'une société malinké où la parole a valeur de monnaie aussi bien que de fétiche, il est devenu par la force des choses et à sa manière propre, maître de l'écriture. Il lui a fallu plus de trente ans, mais seulement quatre romans, pour obtenir la consécration littéraire institutionnelle française avec le Prix Renaudot. L'oeuvre d'Ahmadou Kourouma attire l'attention par ses qualités esthétiques avant-gardistes et révolutionnaires. Cependant, cet aspect ne doit pas dissimuler la forte charge politique de ses textes, toujours d'actualité, où l'on trouve décrits et tournés en dérision les errements d'un certain type de pouvoir. Les études rassemblées dans ce volume abordent les enjeux littéraires, esthétiques et politiques de son écriture, en une synthèse à plusieurs voix. Les contributions sont dues à Isabelle Constant, Yves Dakouo, Théopiste Kabanda, Yacouba Konaté, Amadou Koné, Paschal Kyiiripuo Kyoore, Lajri Nadra, Christiane Ndiaye, Pius Ngandu Nkashama, Jean Ouédraogo et F. Diahara Traoré.

  • Images et mirages des migrations dans les littératures et les cinémas d'Afrique francophone évoque les thèmes de l'errance et de l'exil dans les productions littéraires et cinématographiques d'Afrique et de la diaspora. Comment se négocient les notions d'espace de soi versus espace de l'autre sur les plans culturels et professionnels? Dans ce rapport postcolonial, comment se vivent l'idéologie communautaire ou le fardeau familial des immigrants au contact de l'individualisme occidental? Quelles solutions sont proposées face aux questions de race, de citoyenneté, de légalité, d'égalité et de préférence épidermique? Au plan esthétique, quels sont les aspects de la représentation du migrant (comiques et dramatiques, esthétiques, etc.) qui sont privilégiés? Comment sont mises en scène les rencontres? Comment éviter les dérives identitaires sur fond de préjugés raciaux et culturels? Comment organiser le vivre-ensemble à l'ère de la mondialisation? Les auteurs interrogent-de Herzog à Sembène Ousmane, de Tahar Ben Jelloun à Dany Laferrière, d'Henri Lopès à Alain Gomis, de Mahmoud Zemmouri à Marie Binet- les espaces migrants, symboliques ou réels et leurs représentations.

  • Très peu d'études ont été consacrées au travail en Afrique, bien qu'il constitue une dimension essentielle des rapports sociaux. L'analyse des situations de travail est une occasion précieuse pour saisir le sens social local, et la façon dont s'invente un ordre social nouveau, tenu de composer constamment avec des cadres de référence hétérogènes. Pour les engagements productifs, il faut alors étudier le procès immédiat de travail, l'usage des dispositifs techniques et les formes d'action collective.

  • Ce volume est à la recherche d'une explication aux événements survenus depuis 1999 en Côte-d'Ivoire, qu'il est convenu d'appeler la « crise ivoirienne ». Il semble que l'interprétation événementielle des faits apportait des explications insatisfaisantes à cette fracture profonde et que la bonne perspective conduisait obligatoirement à revisiter les catégories théoriques essentialistes que s'obstinent à nous imposer un regard faussé, alourdi par des préjugés ethnocentriques. Une prise de distance avec l'événementiel passe par un questionnement approfondi sur les causes de l'effondrement annoncé du modèle dit ivoirien; le sens historique des choses est appelé pour examiner l'enchaînement et l'interaction des faits dont il faut, à chaque fois, statuer sur le poids historique dans la direction tragique de la dynamique sociale. En cherchant les origines sociales de l'irruption de cette déchirure sociale et politique, les auteurs du volume partent tous d'une question centrale : de quelle manière le poids de la formation de la société ivoirienne moderne intervient-il sur les modalités des actions individuelles et des regroupements collectifs actuels ? La fracture brutale et violente qu'a connue la formation sociale ivoirienne pose de nouveau la question des identités collectives qui dévoile en même temps les enjeux liés au caractère inachevé de la construction des « États-nations » en Afrique. C'est une erreur, en effet, de penser que cette crise s'est spontanément déclarée dans les instances supérieures partisanes et de négliger le fait que derrière les déclarations ostentatoires à propos de l'Unité Nationale, les regroupements précoloniaux ne se sont pas complètement dissouts dans la « Nation » moderne. De plus, dans le processus de fabrication de l'espace social « national », de nouvelles combinaisons sociales s'y engagent en se réinventant continûment. Les racines des crises actuelles sont, nous semble-t-il, à chercher dans la transformation inédite que connaissent les sociétés africaines contemporaines.

  • Odile Felgine nous avait déjà fait part de ses étonnantes pérégrinations dans Voyage chez les Si-Li et autres traversées. Ce livre semblait exhumé du fond des âges, comme si nous avions affaire à la nouvelle Enquête d'un Hérodote revenu du pays des songes. Dans des contrées aux frontières incertaines, limitrophes peut-être des territoires arpentés naguère par Henri Michaux, on allait à la rencontre de peuples et de tribus multiples, les Hi-Mi, les Aniputi, les Kori, les Chamb, les Si-Li... Scribe onirique, Odile Felgine se faisait aussi l'anthropologue exact de leurs modes de vie et de leurs mours, de leurs tendresses et de leurs obsessions. Ainsi observait-elle les coutumes des Intenses : « Ils se pressent dans les cavernes. Toutes. Celles de la Terre, celles du corps, celles de la mémoire. Ils changent sans cesse d'apparence et de nom : vibrations et vibrions, civettes et furets, répétant, sans cesse, les mots qui éclairent. » Et parmi les myriades de confréries Si-Li, force était de constater que la caste des brigands avait aussi sa manière de vénérer le verbe : « Car la langue de ce peuple est une sorte de sabir émis par des bosquets d'orchidées. Les brigands aiment à se parfumer de mots et de phrases, ils s'enveloppent dans des histoires qui leur tiennent chaud. »

  • Readings in methodology Nouv.

    One of the weaknesses of research in Africa is the little consideration that is given to questions of epistemology and methodology. What we see is the trivialization of research protocols which, consequently, are reduced to fantasy prescriptions that detach social studies from universal debates over the validity of science rather than an interrogation of research procedures induced by the complexity of social dynamics. As a result, social sciences have become an imitative discourse and a recital of exotic anecdotes without perspectives. Knowledge production therefore loses any heuristic bearing. It is on the basis of this reality that attempts to correct this tendency have been made in this book by discussing the methodological foundation of social science knowledge. This volume is a collection of papers presented during methodological workshops organized by CODESRIA. Its objective is to revitalize theory and methodology in field work in Africa while contributing to the creation of a critical space hinged upon the mastery of epistemological bases which are indispensable to any scientific imagination. Far from being a collection of technical certainties and certified methods, this book interrogates the uncertain itinerary of the process of social logics discovery. In that sense, it is a decisive step towards a critical systemization of ongoing theories and practices within the African scientific community. The reader can, therefore, identify the philosophical, historical, sociological and anthropological foundations of object construction, field data exploitation and research results delivery. This book explains the importance of the philosophical and social modalities of scientific practice, the influence of local historical contexts, the different usages of new investigative tools, including the audiovisual tools. Finally, the book, backed by classical theories, serves as an invitation toward considering scientific commitment to African field research from a reflective perspective.

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