Département des littératures de l´Université Laval

  • L'analyse et la critique littéraire se prêtent particulièrement bien au motif de l'architecture. Les métaphores entre la littérature et l'architecture ne manquent pas : tel un architecte, un auteur est créateur de son oeuvre, il en conçoit les fondations, voit évoluer la structure de son travail, et finit par habiter, explicitement ou plus subtilement, le projet qu'il a formé ou qu'il voit se dérouler sous la plume. Que son ouvrage soit fictionnel ou autobiographique, l'auteur s'y investit en travaillant ou retravaillant des souvenirs, des fantasmes, des observations, des topoï ou des mythes connus de tous. Les couches successives qui mènent à la version définitive d'un texte peuvent être vues comme autant de « brouillons de soi » (P. Lejeune) - un architecte n'est-il pas un constructeur espérant concrétiser une vision toute personnelle du monde et de l'espace ? Sans chercher à déceler dans chaque texte littéraire des indices autobiographiques, on doit remarquer que la construction d'une oeuvre relève souvent du domaine de la projection : projection de ses propres obsessions dans l'imaginaire puis dans le matériau écrit, mais aussi projection comprise comme domaine de tensions entre les souvenirs, le moment de l'écriture et la vision de l'oeuvre achevée.
    La place que tiennent l'imaginaire, le mythe et les motifs de construction et destruction dans ces formes architecturales reflètent le rôle du processus d'invention et de vision dans tout projet artistique, qu'il soit littéraire ou plastique. Ce regroupement d'articles, qui comprend des études allant de la période médiévale à la littérature contemporaine, permet ainsi d'envisager la question de l'architecture en littérature suivant plusieurs perspectives : celle de la narratologie, celle du rôle de l'imaginaire dans la construction littéraire, celle du mythe, celle de la réécriture, et celle des échos entre représentations (visuelles, d'objets) et création. Par des études qui cernent la place cruciale que jouent les structures souterraines, le rapport au temps, à l'espace et aux représentations visuelles, les liens complexes entre le concret et l'imaginaire, dans le matériau littéraire, ce volume pose des questions centrales à la définition même de la littérature.

  • Il fallut attendre l'avènement d'un nouveau millénaire pour voir paraître l'oeuvre narrative de Théophile Gautier dans l'inestimable « Bibliothèque de la Pléiade ». Jusqu'à présent, la critique a tenté de déterminer la place de cet inclassable dans l'histoire littéraire et de faire connaître ses oeuvres méconnues ainsi que ses écrits sur l'art, le théâtre, la danse, le ballet. Alors que l'on célèbre le bicentenaire de l'auteur, le temps est venu d'approfondir la question non seulement de son esthétique, mais aussi de son enracinement dans le monde, c'est-à-dire de sa philosophie. Comme l'écrit Milan Kundera, « dans l'art, la forme est toujours plus qu'une forme. Chaque roman, bon gré mal gré, propose une réponse à la question : qu'est-ce que l'existence humaine et où réside sa poésie ? » Le lecteur de l'oeuvre de Gautier rencontre-t-il des pistes de réponse à ces questions fondamentales ou alors la visite-t-il hâtivement comme un musée poussiéreux? L'enthousiasme des chercheurs de l'Amérique et de l'Europe invités à relire l'oeuvre de Gautier à l'occasion de son bicentenaire montre bien sa vitalité, son foisonnement, sa richesse, mais aussi la nécessité et la fertilité d'un questionnement philosophique qui prend racine dans sa force et sa signification. Les perspectives adoptées ici permettent en outre de renouveler l'éclairage porté sur cette oeuvre remarquable. Gautier, comme il vous plaira, c'est-à-dire tel qu'il se donne à lire et à penser au XXIe siècle.

  • Si l'on a longuement disserté sur le passage du littéraire au cinématographique, qu'en est-il exactement du passage du théâtre au cinéma? Avec pour objectif de mieux comprendre les processus d'appropriation et de recréation caractéristiques de l'adaptation de procédés théâtraux au cinéma, cette nouvelle parution d'Études littéraires transporte le lecteur dans des univers diversifiés, dévoilant toute la diversité des rapports entre les arts théâtral et cinématographique. Parmi les oeuvres à l'étude : L'esquive d'Abdellatif Kechiche dont le processus de scénarisation s'inspire d'une pièce de Marivaux; les films que Jean Cocteau a produits à partir de ses propres pièces de théâtre; Opening Night de John Cassavetes, qui « remédiatise » le fait dramatique; Dogville de Lars Von Trier, qui en appelle au genre théâtral sur le plan de la représentation spatio-temporelle et de l'intrigue; et plusieurs autres.

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