Jean-Luc Blaquart

  • Les études présentées dans cet ouvrage invitent à une réflexion dans une perspective de philosophie politique, d'histoire ou de théologie et à s'interroger sur les relations entre démocratie et religion dans l'espace démocratique. Les analyses portent principalement sur le contexte contemporain et européen des cultures marquées par le christianisme, et s'ouvrent vers l'Amérique du XIX e siècle et vers l'islam du Proche-Orient.

  • Les valeurs sont aujourd'hui omniprésentes dans les discours et les témoignages des Européens. Elles permettent aux individus comme aux institutions de se justifier et de légitimer leurs comportements. Toutefois, autant il est devenu obligatoire d'invoquer des valeurs, autant il est délicat d'en revendiquer l'exclusivité ou la propriété. L'acceptation du pluralisme des valeurs a été pour les catholiques un tournant majeur au vingtième siècle. Mais, en utilisant le langage des valeurs, le christianisme se positionne-t-il en continuité ou en rupture avec ses origines ?

  • Les sociétés occidentales contemporaines en sont venues à qualifier péjorativement des courants religieux en utilisant l'adjectif « radical ». Il semble qu'ainsi la radicalité de la foi soit devenue incompatible avec les règles explicites ou implicites de la démocratie, et qu'elle dénote des formes extrêmes qui dépassent les limites de ce qui est permis aux individus et aux groupes. Les confessions de foi portent une dimension de radicalité qu'on retrouve dans leurs sources scripturaires et leurs traditions historiques. On s'interroge ici sur la nature et les enjeux de cette radicalité, tantôt condamnée tantôt prônée.

  • Une longue tradition qui remonte au Moyen Âge a admis une importante dimension de débat des textes dogmatiques. Pourtant, l'Église catholique présente depuis le concile de Trente le visage d'une organisation à structure hiérarchique et autoritaire. Avec le concile Vatican II, l'ouverture sur les valeurs de la société moderne démocratique a permis de reconnaître la légitimité d'un débat dans la vie ecclésiale. Dans l'Église comme dans la société, deux façons de considérer la vie commune s'affrontent, et la possibilité même de les mettre en débat demeure souvent problématique et se heurte à bien des obstacles.
    La question est donc là : y-a-t-il ou non débat dans nos organisations, sous quels modes, et avec quelles finalités ?

  • Où l'humain commence-t-il et où finit-il ? Auparavant, la chose était claire : l'homme était le seul être parlant, doué de raison. Aujourd'hui ce privilège est relativisé : on insiste sur la ressemblance et les continuités entre l'homme et certains animaux. Notre passion égalitaire aurait-elle cédé à l'emballement, en s'étendant aux animaux ? Des interrogations éthiques et juridiques inédites naissent : quels droits pour les animaux ? Peut-on autoriser le clonage, ou la fabrication d'hybrides homme-machine ? Les auteurs ont pensé que ces questions méritaient réflexion.

  • Les événements du dernier demi-siècle et le changement rapide de nos sociétés ont modifié notre rapport au temps, et en particulier la référence à un avenir qui paraissait devoir être toujours meilleur. L´espérance de l´individu face à sa mort, les représentations dont la société pare son futur, le discours politique en sont profondément affectés. La promesse se raréfie. Lorsqu´elle perdure sous une forme ou une autre, elle perd de sa crédibilité et de sa superbe. A-t-on cru naïvement aux promesses d´avenir jusqu´alors ? Prend-on la mesure d´un temps plus « raisonnable », à hauteur d´homme, butant sur la finitude ?

    L´ouvrage étudie cette évolution de notre rapport à l´avenir, à partir des fondements bibliques et de leurs actualisations dans le salut chrétien, de leurs réinterprétations modernes par l´optimisme des Lumières, jusqu´aux développements contemporains qui semblent nous introduire dans un rapport au temps inédit.

    L´enjeu ici, pour des approches de différentes disciplines, est de donner de l´intelligibilité à ce qui paraît en détruire, et de tracer une histoire alors même qu´elle semble s´achever : sommes-nous à la fin des temps, au bout de l´histoire, ou bien en transition dans notre conception de la temporalité ? Dans quelle sorte de récit pouvons-nous aujourd´hui entrer qui puisse intégrer ce soudain obscurcissement de l´avenir ?

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