Jean-Philippe Beaulieu

  • Pratique littéraire adoptée depuis le Moyen Âge et choyée particulièrement par les érudites et les lettrées de la Renaissance, la réécriture, procédé similaire à celui de la contrafacture en musique, loin cependant de celui des copistes en peinture, est une manière de faire la révérence aux prédécesseurs dans le but de s'inscrire dans une tradition littéraire. La référence à un texte modèle peut être plus ou moins explicitement énoncée dans l'oeuvre ou plus ou moins laissée en suspens, abandonnée au décodage de la lectrice/du lecteur. De toutes les manières, la réécriture passe par l'emprunt en créant ainsi l'inter-texte avant de prendre forme dans l'hypertexte. Or, si s'interroger sur la question de la réécriture signifie s'intéresser à la fois à celle de l'écriture, de la lecture et de l'écriture de la lecture, la réécriture se donne d'abord à voir comme un effet de lecture ; lecture qui s'avère chez certaines auteures une relecture au deuxième ou troisième degré des grands textes fondateurs. Ainsi la double démarche de relecture-réécriture met-elle en place une riche circulation entre les textes tout en installant une frontière fluide entre le modèle générateur et le nouveau texte ; elle suppose la connaissance intime d'un important corpus littéraire et incite à la réflexion sur la réception et la perception d'une oeuvre.

  • Le mot recueil (du latin recolligere : rassembler) représente l'une des nombreuses expressions désignant, au XVIe siècle, un ouvrage formé d'une pluralité de composantes dont le degré de parenté est variable. Il apparaît aujourd'hui comme le terme le plus général pour rendre compte des Meslanges, OEuvres, Tombeaux et autres compilations dont le lectorat de la Renaissance était manifestement friand. Par leur intitulé pluriel (Nouvelles Recreations et Joyeux Devis) ou singulier collectif (Heptaméron), ces ouvrages donnent à entendre qu'ils reposent sur une dialectique du simple et du multiple, du long et du bref, puisque la juxtaposition de textes plutôt courts (maximes, poèmes, épîtres, nouvelles) résulte en un ensemble parfois monumental. Aux yeux des lecteurs des XIXe et XXe siècles, de tels agencements sont souvent apparus aléatoires. Pourtant, l'on peut sentir, dans certains textes de la
    Renaissance, une volonté de soumettre le recueil à une force unificatrice qui ordonne les manifestations du multiple. L'ouvrage se révèle alors tributaire d'effets d'ensemble, ne serait-ce que ceux résultant de
    la simple contiguïté des textes.

  • C'est avec une apparence renouvelée que Séquences présente son tout premier numéro de l'année. À sa une, le nouveau documentaire Labrecque : une caméra pour la mémoire de Michel La Veaux sur Jean-Claude Labrecque. Pierre Pageau s'est d'ailleurs entretenu avec le réalisateur, puis avec Jean-Claude Labrecque. À la suite de ces entretiens, lisez celui qu'a mené Maxime Labrecque avec Ian Lagarde pour All You Can Eat Bouddha, puis celui qu'a mené Élie Castiel avec Bernard Émond à qui il consacre aussi un article. Lisez ensuite la troisième partie de l'étude « Regards autochtones ». Retrouvez également plusieurs critiques de films dont, entre autres, Barbara de Mathieu Amalric, 24 David de Céline Baril , The Shape of Water de Guillermo del Toro, Happy End de Michael Haneke et Certains de mes amis de Catherine Martin.

  • Ce numéro de Voix et Images se consacre à un champ de recherche encore peu défriché, la bande dessinée québécoise.

    Après une introduction qui retrace l'histoire de la forme au Québec, le dossier s'ouvre sur la genèse du langage bédéistique d'ici dans les années 1900 à travers, entre autres, le travail pionnier d'Albéric Bourgeois. Il se poursuit avec un portrait du milieu aujourd'hui à travers les oeuvres majeures de bédéistes établis (Michel Rabagliati, Obom, Zviane et Jimmy Beaulieu) et l'incursion des bédéistes de La Pastèque au Musée des Beaux-arts de Montréal en 2014. Il est ensuite question de l'aspect autobiographique, d'abord à partir de Tuer Vélasquez de Philippe Girard, puis du travail de Jimmy Beaulieu en général. Enfin, le dernier article se consacre à la forme de l'essai en bande dessinée et à l'utilisation que fait Zviane de la marge dans la version commentée de son Ping-pong. Le dossier se clôt sur une bibliographie du corpus théorique sur la bande dessinée québécoise, qui saura constituer un point de départ essentiel pour la recherche à venir.

    En plus du dossier, le numéro comporte une étude du roman Suréquipée, de Grégoire Courtois, ainsi que plusieurs chroniques ayant pour point de départ les récentes parutions québécoises.

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