Jean-Pierre Digard

  • Depuis plusieurs années, les animaux sont devenus un sujet sensible. Documentaires, tribunes, pétitions émaillent l'actualité, dénonçant des actes de maltraitance ou appelant à des mesures en faveur des animaux, et prenant à témoin l'opinion publique.

    Depuis plusieurs années, les animaux sont devenus un sujet sensible. Documentaires, tribunes, pétitions émaillent l'actualité, dénonçant des actes de maltraitance ou appelant à des mesures en faveur des animaux, et prenant à témoin l'opinion publique. Le droit lui-même s'est fait l'écho de ces préoccupations avec l'introduction des animaux dans le Code civil en 2015.

    C'est ce phénomène social, cette nouvelle sensibilité que scrute cet ouvrage, à sa façon aussi engagé que les tenants de la " cause animale ". Spécialiste de la domestication animale, Jean-Pierre Digard nuance, contextualise, passe de la longue durée historique à l'examen des revendications présentes, et balaye bien des idées reçues. De quels animaux parle-t-on ? Que connaissent les urbains de la vie animale ? L'utilisation d'animaux par l'homme n'a-t-elle pas avant tout été un élément déterminant du processus de civilisation ? Et quelles seraient les conséquences d'une " libération animale " ?

    S'il critique et dénonce les dérives des mouvements animaliste, antispéciste et véganien, cet ouvrage n'en reste pas à une telle prise de position. Plus profondément, c'est le rapport des animalistes à leur propre humanité, et leur façon de diaboliser l'homme, qui sont rigoureusement mis en question.

  • En dépit des ambitions modernistes des derniers chahs, l'Iran demeure l'un des principaux pays tribaux du monde. C'est à l'une de ses tribus, les Bakhtyâri iranophones, nomades des montagnes du Zâgros, qu'est consacré cet ouvrage. Par quel enchaînement d'adaptations, des populations des plaines mésopotamiennes antiques ont développé une spécialisation pastorale, puis un grand nomadisme montagnard (XIe-XIIIe siècles), et se sont « tribalisées » (XVIIe - XVIIIe siècles) en se dotant d'une chefferie hiérarchisée et centralisée (XIXe) qui fut capable, le soutien britannique et la manne pétrolière aidant, de rivaliser avec l'État persan ? À partir de ces questions initiales, Jean-Pierre Digard explore une histoire tribale intimement liée à celle de l'Iran, depuis la domination Bakhtyâri (1909-1913), la politique de sédentarisation et de détribalisation de Rezâ Shâh (1925-1941) et la révolution blanche de Mohammad Rezâ Shâh (1941-1979) jusqu'aux remous de la République islamique. La longue durée ici considérée fait table rase des clichés du nomadisme comme genre de vie intemporel, et des tribus comme sociétés autarciques et figées. Elle permet en outre de dégager des perspectives pour un avenir bien compris du nomadisme et des tribus. Largement illustré, cet ouvrage offre une approche complète, nourrie des expériences de terrain d'un anthropologue spécialiste de l'Iran, mais aussi de la domestication animale et des sociétés d'éleveurs.

  • Depuis des millénaires, l´homme voue aux animaux domestiques une passion qui s´est rarement démentie. Pourtant, les bêtes, même les plus fidèles, trahissent leur maître, livrant à l´anthropologue les ressorts les plus secrets de l´action et de la pensée, bref, de la nature même de l´homme.
    Par domestication, il faut entendre l´action que l´homme exerce en permanence sur les animaux qu´il détient, ne serait-ce qu´en les élevant. Corollairement, il n´y a pas des espèces domestiques et des espèces sauvages, mais des animaux - appartenant à quelque deux cents espèces, du chien au bombyx du mûrier (ver à soie) - sur lesquels l´homme a exercé, à un moment ou à un autre, d´une manière ou d´une autre, une action de domestication. Celle-ci repose avant tout sur un désir plus ou moins inconscient, lié à l´hominisation, d´appropriation et de transformation de la nature et des êtres vivants. En domestiquant des animaux, l´homme établit avec eux des rapports de pouvoir et/ou de séduction qui ne sont pas, au fond, si différents de ceux qu´il entretient avec ses semblables. D´où les sentiments passionnés que les animaux domestiques inspirent si souvent aux humains, citadins modernes aussi bien que chasseurs-cueilleurs, pasteurs nomades ou paysans.
    A travers l´inventaire exhaustif d´un domaine traditionnellement réservé aux archéologues, aux zoologues et aux zootechniciens, c´est donc une véritable anthropologie de la domestication animale qui est ici fondée.

    Directeur de recherche émérite au CNRS, Jean-Pierre Digard a développé deux spécialités : l´ethnologie de l´Iran et l´anthropologie de la domestication animale. Il a été co-responsable de l´équipe Ecologie et anthropologie des sociétés pastorales de la Maison des sciences de l´homme (1976-1987), directeur de l´unité propre de recherche Sciences sociales du monde iranien contemporain du CNRS (1981-1993) et président de la section d´anthropologie du Comité national de la recherche scientifique (1995-2000). Il a enseigné à l´Ecole des hautes études en sciences sociales, à la Sorbonne-Nouvelle et à l´université de Provence à Aix. Une première version de L´Homme et les animaux domestiques a reçu en 1990 le prix Jacques Lacroix décerné par l´Académie française.

  • On se représente souvent l'Iran comme un empire des Mille et une nuits qu'une révolution aurait fait sombrer dans le Moyen Âge. Cet ouvrage en donne une image moins simpliste, celle d'un pays qui a réussi à se libérer de la tutelle de l'Occident alors que ses richesses en pétrole en avaient fait l'objet de toutes les convoitises. Celle d'un pays à la civilisation plusieurs fois millénaire, mais à l'identité complexe puisque les non-Persans y forment près de la moitié de la population. Un pays, enfin, dont l'histoire, depuis la Seconde Guerre mondiale, n'a cessé d'avoir des répercussions bien au-delà de ses frontières, et qui est parvenu à s'imposer comme puissance régionale.Tout au long du XXe siècle et jusqu'à nos jours, l'Iran a surmonté tant bien que mal de nombreuses crises qui, paradoxalement, lui ont permis de se construire une nouvelle identité. Les aspirations démocratiques sous les Qâjar, l'autoritarisme réformateur de Rezâ Shâh, le nationalisme intransigeant de Mosaddeq, les ambitions modernisatrices de Mohammad-Rezâ Shâh, l'obsession de revanche et les conceptions populistes de Khomeyni et de ses émules ont amené le pays à de douloureuses transitions dont certaines ont constitué de véritables révolutions : mouvement constitutionnaliste, nationalisation des pétroles, réforme agraire, urbanisation, soulèvement islamique.Loin d'être une survivance du passé, l'Iran apparaît aujourd'hui comme un laboratoire des évolutions du tiers-monde. Alors qu'il doit faire face à de nouvelles menaces à ses frontières, il affiche plus que jamais sa volonté de faire entendre sa voix sur la scène internationale, non sans mêler provocations inutiles et revendications légitimes.

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