Laurent Laplante

  • Non seulement le poids du Québec a cessé d'être digne de calcul dans l'ensemble canadien, mais les orientations dictées aujourd'hui par le pouvoir central du Canada vident le Québec des valeurs et des principes qui l'ont inspiré et nourri jusqu'à maintenant.

  • Celui qui vieillit entend à la fois ses grinçantes articulations et les bruits de la société moderne. Ses souvenirs coexistent avec le flambant neuf. Il se rappelle Duplessis et vit sous des gouvernements minoritaires. Il revoit la procession de la Fête-Dieu, pendant que, près de son fauteuil, ses petits-enfants écoutent Metallica. Il se souvient de la facture qu´il lui fallut acquitter après un accouchement et regarde l´État engloutir des milliards sans désengorger les urgences...
    Vieillir, c´est maintenir en dialogue les rêves entêtés de l´adolescence et l´intransigeance de la réalité. C´est empêcher l´âge de tout noyer dans la nostalgie et inviter le présent sinon à l´humilité, du moins à la prudence.
    Ce livre n´est pas une autobiographie, car l´auteur les déteste presque toutes. Il s´agit plutôt d´un va-et-vient entre le survol journalistique des cinq ou six dernières décennies et la perception d´un citoyen qui les a vécues. D´abord, l´évolution sociale puis, son écho dans une conscience qui s´entête à penser.
    Celui qui a atteint 75 ans en 2009 avait 11 ans lors de l´armistice de 1945, 16 ans au déclenchement de la guerre de Corée, 25 ans à la mort de Duplessis, 33 ans lors de l´Exposition universelle de Montréal, 36 ans à la Crise d´octobre, 42 ans au soir de la première victoire électorale du Parti Québécois... Ce bagage lui est précieux quand il observe Harper, Charest, Ignatieff, Marois... ou la mue de Radio-Canada !

  • Laurent Laplante te propose de faire partie du plus grand et du plus sympathique de tous les clubs : le Grand Club Démocratique. Dans ce club, tu as les mêmes droits et la même liberté que tous les autres membres. Laurent Laplante sait que tu aimes ce genre de club, car tu détestes les tricheries et les injustices.

  • La démocratie n´a jamais eu la vie facile. Il n´est d´ailleurs pas mauvais que les utopies de son type, toujours tentées par l´idéalisme, soient soumises au choc du réel. La démocratie vit pourtant des heures de douloureuse ambiguïté. Au nom du pragmatisme, certains l´accusent de ne pas répondre aux besoins du présent : elle planerait trop haut pour servir de guide aux humains d´aujourd´hui. Au nom de la liberté de parole, d´autres, démagogues déguisés en porte-parole des gens sans voix, se revendiquent de la démocratie pour entretenir la peur de l´Autre, le règne de l´épidermique, la confusion entre l´information et le spectacle, l´écrasement de la liberté par le délire sécuritaire. Les défis lancés aux démocrates québécois sont d´autant plus abrupts qu´un fossé sépare les volontés du peuple des résultats électoraux, que s´érodent ou muent les institutions, que le démarchage s´interpose entre les citoyens et leurs élus, que la presse sert de courroie de transmission plutôt que de chien de garde, que la justice se prostitue en pactisant le secret et en contournant la présomption d´innocence.
    Pas question pourtant de ranger la démocratie parmi les fossiles victimes d´inadaptation. Au courage qu´elle a toujours requis, elle joint par les temps qui courent une exigence de plus : la lucidité. Lucidité qui distingue le caprice ou la concession polie de l´accommodement raisonnable, qui lève les visières pour démasquer la démagogie, qui localise les intérêts derrière les plaidoyers censément désintéressés, qui s´interroge sur les conséquences de la présente frénésie de sondages. Cette clairvoyance place fermement au centre de sa mire ceux qui anémient la démocratie en faisant bouillir les préjugés et en rentabilisant la peur.

  • Veuf depuis peu et n'ayant rien à attendre de la vie que le bonheur de son petit-fils, un homme décide de supprimer sa bru. De la jeune femme, en effet, il désapprouve tout, à commencer par sa présence dans la vie de son fils, puis le divorce grâce auquel elle a obtenu la garde de l'enfant et la rente qui s'y rattache. Or voilà qu'elle fréquente Tit-Nomme Gauthier, respectable et énorme citoyen associé aux Hell's. La police lance l'enquête, les indices semblent s'égayer en tout sens. La vie d'un enfant est en jeu : comment un homme en vient-il à vouloir le priver à jamais de sa mère... par amour pour lui ? Laurent Laplante est l'un des journalistes les plus estimés au Québec en raison de la justesse de ses observations, qui situent les événements politiques ou sociaux dans un contexte éthique élargi. Pour son premier roman il crée un attachant personnage de grand-père désemparé par les conditions de vie des « enfants clé au cou ».

  • La démocratie, c´est une belle plante qui demande autant de soins que la rose dont le Petit Prince était amoureux. En plus d´être aussi exigeante que cette rose très belle et si capricieuse, la démocratie a ceci de particulier : elle n´est pas facile à reconnaître. On pense que tel pays est démocratique, alors qu´il fait semblant et qu´il triche. Ou bien c´est le contraire : le pays est tellement différent du nôtre qu´on passe à côté de sa sorte de démocratie sans même lui dire bonjour.

  • La démocratie, c´est une belle plante, mais il faut l´aider à pousser et à s´épanouir. Au Québec, cette belle plante a eu une enfance difficile. On ne la laissait pas pousser librement. On laissait toutes sortes de mauvaises herbes l´étouffer. La démocratie voulait des élections libres et honnêtes, mais ceux qui contrôlaient la société préféraient, eux, décider à la place des gens. La démocratie voulait la liberté, mais ses ennemis faisaient tout pour l´empêcher de respirer. La démocratie, heureusement, était entêtée. Et elle a reçu du secours.

  • La démocratie, c´est une belle plante qu´il faut aimer, soigner, nettoyer. Si on la néglige, elle perd sa vigueur, elle sèche et finit par ressembler aux herbes nuisibles ou empoisonnées. Mais si on se penche sur elle tous les jours et si on lui donne toute l´eau et toute la clarté qu´elle désire, elle pousse bien droite et répand autour d´elle la fierté, la paix, l´harmonie.

  • Les enfants de Dieu ne sont pas satisfaits de cette paternité pourtant glorieuse s´ils doivent la partager avec d´autres. Chrétiens, musulmans ou juifs, ils tiennent tous à ce que Dieu leur appartienne en exclusivité. Tous, ils se disent l´objet d´une complaisance divine particulière. Tous, ils se drapent dans une révélation. Dès lors, au lieu d´apparenter, la foi sépare et oppose. Pour mieux établir sa préséance ou rassurer ses fidèles, chaque religion invente son Satan ou son empire du Mal. Une époque censément technique et logique lit ainsi la bible ou le coran comme un précis d´histoire ou un compte rendu de laboratoire ; sans surprise, elle y trouve ce qu´elle y a déposé : la promesse d´un destin privilégié. Au lieu de répandre l´humilité et la fraternité, la foi blinde les certitudes et les infaillibilités, elle distille la méfiance et l´hostilité.
    La réplique ne peut venir que d´une éducation aérée, critique, généreuse. En se mettant à l´écoute de l´enfant qui survit et vit toujours au creux de chaque adulte, elle saura épanouir le rêve, concilier doute et sécurité, initier aux nuances. Puisque la société ne jure que par la rentabilité, l´éducation insistera pour lui opposer la liberté et le pluralisme, ces ingrédients essentiels de la lutte contre toutes les conscriptions.

  • Pour son numéro d'automne, Nuit blanche publie un dossier spécial soulignant les 30 ans de la disparition de Gabrielle Roy. Les collaborateurs Andrée Ferretti, Catherine Voyer-Léger et Laurent Laplante, pour ne nommer que ceux-ci, retracent le parcours de cette grande écrivaine à travers la relecture de son oeuvre et l'analyse des grands thèmes qui la sillonnent. Hors dossier, le poète Renaud Longchamps signe un texte émouvant en hommage à la tragédie de Lac-Mégantic, Patrick Bergeron nous invite à (re)découvrir l'oeuvre de Colette Peignot, dite Laure, et la section « Écrivains franco-canadiens » présente Dyane Léger, poétesse et artiste visuelle acadienne.

  • Si le précédent numéro de Nuit blanche se penchait sur le Québec contre-culturel littéraire des grandes années 70, celui-ci met en couverture l'une des figures emblématiques de cette même époque : le poète Denis Vanier (1949-2000), dont l'oeuvre sulfureuse et révolutionnaire est sans cesse redécouverte. Le numéro propose également deux entrevues, l'une avec le romancier tardif Denis Thériault (L'Iguane) et l'autre avec l'indispensable Monique Proulx. Parmi les autres ouvrages décortiqués, La Vie d'hommage (Boréal), qui rassemble des textes inédits de Jack Kerouac écrits en français, nous invite à découvrir des aspects méconnus de la légende. La rubrique consacrée aux écrivains méconnus du XXe siècle rend hommage au maître à penser d'Albert Camus, Jean Grenier, et celle des classiques québécois, à Du fond de mon arrière-cuisine de Jacques Ferron. La revue propose également un tour d'horizon des nouveautés québécoises, canadiennes et étrangères, aussi bien en roman qu'en essai.

  • Avec ce numéro d'été, Nuit blanche salue la bonne idée qu'ont eue Vincent Lambert et Isabelle Miron de faire paraître le collectif J'écris fleuve, exercice de « géopoétique », recueil de prises de position, de récits de création en hommage au « fleuve qui soutient [notre] identité et nourrit le monde ». Chaque époque en ramène d'autres. Et l'air du temps serait à la contre-culture et aux années 1970. Par David Laporte, entre autres, tour d'horizon d'une période « à la fois bouillonnante et méconnue » qui aura laissé dans son sillage sexualité libre, groupes écologiques, coopératives d'habitation... Puis, retour en juillet 1936 pour la guerre d'Espagne. Prenant comme point de départ le roman Pas pleurer (prix Goncourt 2014) de Lydie Salvayre, Roland Bourneuf signe un texte aussi poignant qu'éclairant sur cette « guerre impitoyable et d'une extrême violence ». Ce numéro nous fait aussi découvrir Simone Chaput, l'une des voix les plus originales de la littérature franco-manitobaine, ainsi que Kebir Mustapha Ammi, écrivain d'origine marocaine, et nous propose un tour d'horizon de l'oeuvre de Yann Martel.

  • Cette année marque le 35e anniversaire de Nuit blanche : la revue braquera naturellement ses projecteurs sur les auteurs âgés de 35 ans et moins, relève bouillonnante et passionnante. En couverture, Maude Veilleux, qui depuis 2010 construit une oeuvre bicéphale poésie/fiction mordante, provocante, qui interroge la sexualité et le désespoir (Les choses de l'amour à marde, Prague). Autre jeune écrivaine de l'heure, Chloé Savoie-Bernard nous parle en entrevue de son recueil de nouvelles Les Femmes savantes. Ce numéro vous propose également de découvrir la plume colorée du dramaturge franco-manitobain Marc Prescott ainsi que le français Emmanuel Robin (1900-1981), auteur d'un roman mythique, L'Accusé, précurseur des existentialistes. Également au sommaire, Simon Roy et son nouvel ouvrage Owen Hopkins, Esquire; la poésie profondément humaine de Normand Bellefeuille; les textes inédits du philosophe Vladimir Jankélévitch réunis sous le titre L'Esprit de résistance; ainsi qu'une généreuse moisson printanière de comptes rendus de tous genres.

  • Une grande constante traverse le dernier numéro de l'année de la revue Nuit blanche : celle du voyage. En plus de toutes les nouveautés québécoises et internationales, voici le menu qu'elle nous propose. Premièrement un panorama de la littérature routière et vagabonde, de Okanagan de Sara Lazzaroni à L'Astronome dur à cuire de Jonathan Ruel en passant par Le Fil des kilomètres de Christian Guay-Poliquin. Ensuite une approche particulière de l'« indianité » à travers l'oeuvre de Louise Erdrich et Thomas King. Puis, un anniversaire : la maison d'édition L'Instant même fête ses 30 ans et se raconte à rebours. De nombreuses pages seront consacrées aux correspondances du clan Ferron. L'écrivain méconnu du XXe siècle mis à l'honneur sera le moderniste et voyageur Luc Durtain (1881-1959). La publication nous propose également de découvrir le poème inédit de Robert Yergeau Les Muses chauves ainsi qu'un portrait de l'écrivaine Gracia Couturier, entre théâtre, albums jeune public et romans.

empty