Louis Pinto

  • Sociologie des intellectuels Nouv.

    Cet ouvrage présente quelques-unes des principales figures sociales d'intellectuels, de l'Antiquité jusqu'à nos jours, avant d'étudier la façon dont les intellectuels se sont constitués comme groupe social et sont devenus, à la fin du XIXe siècle en Europe, un objet d'interrogation politique et scientifique (chez Durkheim, Weber, Gramsci, Mannheim). Il aborde par ailleurs la question de l'analyse des productions intellectuelles (comme celles d'Apollinaire, de Bergson, de Heidegger, de Kafka, de Sartre), en se demandant en quoi la sociologie peut rendre compte de leur contenu. Et il se penche enfin sur le problème de l'engagement politique et civique des intellectuels.

  • Montrer les principaux gestes qui sont au principe d'une oeuvre majeure, restituer le contexte intellectuel au sein duquel elle s'est construite, expliciter ses dimensions anthropologiques et philosophiques : tels sont les objectifs de Louis Pinto, dont le travail, en cela bien différent d'une simple exégèse, intègre les enseignements que propose cette oeuvre. La théorie élaborée par Pierre Bourdieu, loin d'être objectiviste ou scientiste, implique la réflexivité au coeur même d'une pratique scientifique qui met en question le privilège de l'observateur. Elle nous offre les moyens intellectuels de transformer le regard que nous portons sur le monde social ainsi que sur nous-mêmes. En ce sens, elle peut être considérée comme une socioanalyse nous permettant de comprendre des choses à la fois personnelles et générales, les jeux que nous jouons, les intérêts que nous y investissons et les résistances que nous opposons à la reconnaissance de tout ce qui était jusqu'alors voué à la méconnaissance. S'il est vrai que l'ordre social repose sur des croyances profondément enfouies autant que sur des structures objectives, la sociologie enferme nécessairement une vision politique du monde social. Elle nous apprend à associer l'esprit d'utopie à la connaissance réaliste de cet ordre.

  • Loin d'être une simple étiquette neutre, la notion de consommateur est le résultat d'une histoire dont les dimensions sont intellectuelles et politiques. Au consommateur « aliéné » mis en avant par les critiques radicales de la « société de consommation », les libéraux ont opposé la vision optimiste d'un agent économique libre et informé, trouvant dans une offre abondante, diversifiée et renouvelée les moyens de son épanouissement. Le débat a confronté, au cours des années 1970-1980, journalistes, hommes politiques, hauts fonctionnaires, juristes, etc. Pour l'essentiel, les choses en sont là aujourd'hui encore. Les libéraux l'ont emporté : qui oserait s'opposer au libre choix d'un consommateur souverain, pierre de voûte d'un ordre social fondé sur les valeurs marchandes ? Le livre éclaire cette consécration du consommateur à travers plusieurs angles : l'action gouvernementale, celle des militants consommateurs et de la presse consumériste, le droit de la consommation, la formation des vendeurs.

  • Une « religion purement intellectuelle », nous dit Pascal, serait certes capable de satisfaire des esprits éclairés, « mais elle ne servirait pas au peuple ». Si certains intellectuels ont réussi pourtant à se reconnaître dans les grandes religions universelles comme le judaïsme ou le christianisme, religions qui étaient loin d'être « purement » intellectuelles, c'est d'abord parce qu'ils détenaient les moyens de réinterpréter le message religieux en fonction de leurs propres besoins. La philosophie, en particulier, leur a permis de concilier de très nombreuses attentes au sein de leur confession, celles de croyants profanes et celles de croyants lettrés, et même, hors de leur confession, celles de lettrés croyants, voire non croyants. Les études de cas présentées ici réunissent trois figures : Emmanuel Levinas (le plus longuement abordé), Hermann Cohen et Jules Lachelier, qui ont en commun une posture antimystique. Pour eux, le contact avec l'Absolu ne passe pas par les voies de l'affect mais par celles de l'abstraction, de l'esprit, de l'étude, de l'effort sur soi-même. C'est sans doute ce qui procure une allure universelle à leur message, indissociablement philosophique et religieux. Fondé sur des études précises, cet ouvrage se propose, loin des débats du jour sur le retour du religieux ou l'avenir des religions, d'apporter une contribution sociologique à la connaissance des formes de religiosité des intellectuels.

  • Très vite traduit et commenté, Nietzsche a été considéré en France comme une référence essentielle, et ce statut prestigieux s'est encore accentué depuis les années 60. Pourtant, il n'a pas toujours été tenu pour un philosophe authentique, mais d'abord plutôt pour un " poète " ou un " visionnaire ". Le destin de son œuvre permet donc de poser une question rarement formulée : que faut-il pour doter d'un statut proprement philosophique un auteur en grande partie défini par opposition au philosophe légitime incarné par Kant ?
    Pour comprendre comment Nietzsche est devenu un philosophe, il faut entreprendre une " généalogie " des interprétations s'appuyant sur une histoire sociale des interprètes. Car même si elle est toujours présentée comme le résultat de purs choix intellectuels, l'interprétation tend à exprimer les intérêts de l'interprète dans la forme transfigurée d'un langage savant. On verra ainsi Nietzsche, selon les points de vue qui sont loin de se distribuer au hasard, être rationaliste, mystique, métaphysicien, antimétaphysicien, de droite, droitiste, de gauche, voire " gauchiste ", apolitique, etc. pour des lecteurs français, cet Allemand singulier n'aura jamais été un étranger.
    L'histoire sociale des œuvres qui, faut-il le rappeler, ne doit rien à une intention secrète de " réduction " est seulement une façon conséquente d'envisager leur foncière historicité.

  • Pierre Bourdieu est sans doute le sociologue français le plus lu depuis un demi-siècle, tant en France qu´à l´étranger.

    Emanant de spécialistes de son oeuvre, les contributions réunies dans ce volume en évoquent la genèse, depuis le Béarn natal, la rue d´Ulm et le premier poste d´enseignant en Algérie, puis l´évolution, avec le passage de la philosophie à l´ethnologie et à la sociologie.

    Comment ont été forgés les grands concepts, comme habitus ou champ ? De quelle manière s´inscrivent-ils dans la tradition intellectuelle et dans les problématiques de l´époque qui les a vus naître ? Comment ont-ils contribué à renouveler les connaissances dans le domaine de l´éducation, des études littéraires, du droit, de la science, des rapports entre les sexes, et quel a été l´impact de l´entreprise de dévoilement des mécanismes, des rapports de forces, des déterminations qui les constituent ? Quelle relation l´oeuvre de Bourdieu entretient-elle avec sa discipline de formation, la philosophie ?

    L´entreprise scientifique de Pierre Bourdieu a eu un impact politique. Ses engagements, qu´il concevait dans la continuité de son travail de sociologue, font de lui un intellectuel critique à part. Témoin l´écho public de ses combats et la réaction médiatique qu´ils ont suscitée. De cela aussi, ce volume rend compte.

  • "L'intelligence en action" : ces termes, par lesquels Jean Daniel désignait les précurseurs du Nouvel Observateur, fournissent la définition autochtone de ce journal. Or, qu'est-ce qu'un journal, qui s'institue tout à la fois juge, arbitre, membre et "complice" de la grande "famille de l'intelligence" ? Et quelle est cette "famille" aussi exceptionnelle, composée d'individualités réputées "inclassables", capables de "déranger" tous les "conformismes" ? Quelles définitions de la culture, de la science, de la Gauche, de l'intellectuel, du prolétaire, sont-elles favorisées en son sein ? Pour répondre à ces questions, le sociologue devra être parvenu à soustraire son propre discours aux effets sociaux de la domination par "l'intelligence".

  • "L'intelligence en action" : ces termes, par lesquels Jean Daniel désignait les précurseurs du Nouvel Observateur, fournissent la définition autochtone de ce journal. Or, qu'est-ce qu'un journal, qui s'institue tout à la fois juge, arbitre, membre et "complice" de la grande "famille de l'intelligence" ? Et quelle est cette "famille" aussi exceptionnelle, composée d'individualités réputées "inclassables", capables de "déranger" tous les "conformismes" ? Quelles définitions de la culture, de la science, de la Gauche, de l'intellectuel, du prolétaire, sont-elles favorisées en son sein ? Pour répondre à ces questions, le sociologue devra être parvenu à soustraire son propre discours aux effets sociaux de la domination par "l'intelligence".

  • La sociologie, loin de " réduire " les pensées les plus originales à des structures sociales impersonnelles, n'ignore ni la portée des innovations ni la valeur des idées, mais envisage les philosophes pour ce qu'ils sont: des hommes comme les autres, dotés d'intérêts et d'attentes qui, bien que spécifiques, ne tombent pas du ciel des idées pures.
    La première des tâches est de comprendre comment, en france, une doctrine pédagogique, un apprentissage scolaire, des exercices comme la dissertation, un art oratoire contribuent à structurer les esprits et à garantir le statut philosophique des discours. pour autant, la diversité croissante des manières d'être philosophe dans la période contemporaine n'est pas un simple leurre: le penseur original, le maître de khâgne, l'érudit, la vedette médiatique semblent bénéficier d'un même titre de noblesse intellectuelle.
    Ce livre ne propose ni panorama, ni manifeste, ni plaidoyer, mais des instruments d'analyse pour comprendre l'obscur engendrement des idées et le pouvoir de séduction que certaines d'entre elles semblent posséder. alors que la philosophie est devenue le lieu où s'affrontent plus que jamais des définitions sensiblement opposées de ce qu'elle est et prétend être, la sociologie peut favoriser à sa manière ce regard réflexif auquel les philosophes auraient mauvaise grâce à se soustraire puisqu'ils sont les premiers à en revendiquer, sinon l'urgence, du moins les mérites.

  • Comme les précédents, ce volume de Lire les sciences sociales présente une sélection raisonnée de recherches récentes. On y trouvera abordés des sujets très divers : ignorants les barrières entre disciplines, écoles et domaines d'investigation, indifférents aux hiérarchies académiques et mondaines, nous avons présenté « des grands objets » et « des petits terrains », des historiens, des sociologues, des ethnologue et des philosophes, des auteurs consacrées, des « classiques » et des travaux de jeunes chercheurs. C'est ainsi que Lire les sciences sociales a pu devenir en une quinzaine d'années une institution critique, interne au champ des sciences sociales, indépendante par rapport aux autorités de toutes sortes, privilégiant l'originalité du point de vue, la nouveauté de la démarche ou l'invention d'objets inédits.

  • Comme les précédents, ce volume de Lire les sciences sociales présente une sélection raisonnée de recherches récentes. On y trouvera abordés des sujets très divers : ignorant les barrières entre les disciplines, écoles et domaines d'investigation, indifférents aux hiérarchies académiques et mondaines, nous avons présenté « des grands objets » et « des petits terrains », des historiens, des sociologues, des ethnologues et des philosophes, des auteurs consacrés, des « classiques » et des travaux de jeunes chercheurs. C'est ainsi que Lire les sciences sociales a pu devenir en une quinzaine d'années une institution critique, interne au champ des sciences sociales, indépendance par rapport aux autorités de toutes sortes, privilégiant l'originalité du point de vue, la nouveauté de la démarche ou l'invention d'objets inédits.

  • Le visage : un grand classique de l'art depuis toujours. En buste ou en portrait, il a longtemps exprimé un certain idéal de l'être humain; il introduit également le rapport au monde, à l'autre, le vis-à-vis. Cet automne, Espace place tous ces Visages au centre des pratiques et perspectives en art actuel. Nous en découvrons de nouvelles optiques et de nouvelles lectures de l'identité, telles que les figures expressives du Franz Xaver Messerschmidt, le masque autochtone, l'égoportrait ou la surveillance de la biométrie. Hors dossier, Jérôme Delgado revient sur l'exposition protéiforme Peut mieux faire, basée sur un matériau imposé, le cahier d'exercices Canada Hilroy. Alain-Martin Richard nous présente Les Attracteurs, trente-six graciles sculptures de bronze installées dans le quartier Saint-Roch à Québec. Magnifiquement illustrée et bilingue, la revue propose également de nombreux comptes rendus de livres et d'expositions, allant de Montréal à Sherbrooke en passant par Bruxelles et Helsinki.

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