Lucien D'azay

  • Qu'est-ce qu'un sanctuaire ? Le narrateur de ce journal intime cherche à répondre à cette question au fil des jours. Séparé de sa compagne, il séjourne avec son jeune fils à Skyros, l'île la plus méridionale de l'archipel des Sporades, au nord de la mer Égée. Trois légendes s'entrecroisent à Skyros. C'est là que Thésée, en exil, fut assassiné et que les Athéniens vinrent récupérer ses ossements pour pouvoir instituer le culte de ce héros fondateur à Athènes. C'est à Skyros qu'Achille se cache, déguisé en jeune fille, afin d'échapper à la guerre de Troie, jusqu'à ce qu'Ulysse le démasque pour l'emmener combattre à ses côtés. Et c'est là qu'un mythe moderne a vu le jour il y a un siècle : le 23 avril 1915, le poète Rupert Brooke, icône de l'Englishness et kouros de l'éternelle beauté poétique, y a succombé à une infection alors qu'il partait se battre contre les Ottomans à Gallipoli. Pendant son séjour à Skyros, avant de regagner Athènes, le narrateur rencontre quelques insulaires et s'interroge sur l'influence de l'hellénisme, source archaïque et intarissable de l'imaginaire occidental, et sur le contexte où cette civilisation est devenue un modèle d'inspiration intemporel. Articulé autour d'une « part manquante », ce livre est aussi un hommage à la Grèce, antique et contemporaine.

  • Sur les chemins de Palmyre est le récit d'un voyage en Syrie, la découverte d'un territoire et d'une nation, mais aussi une réflexion sur certaines valeurs politiques et religieuses de notre époque. Jalonné de paysages et de rencontres, cet itinéraire, retranscrit quasiment sur le vif, se déploie à la manière d'un roman, en 'promenant un miroir le long d'un chemin', selon l'expression si chère à Stendhal. On y découvre, entre autres, l'esquisse d'un portrait de la femme syrienne ou encore les vicissitudes d'une dictature inaugurée en 1970 par le coup d'État d'Hafez el-Hassad, le père de l'actuel président. Sur les chemins de Palmyre aurait pu s'intituler Thermidor en Syrie : thermidor, mois du calendrier républicain où se déroule ce récit, est aussi le crépuscule d'un régime de terreur. Car c'est à une aurore démocratique ? ou du moins à une société plus libre et plus juste ? que ce fabuleux pays aspire à présent, comme on envisage une naissance plutôt qu'une 'renaissance'.

  • Dès sa naissance, le bernard-l'ermite, moins connu sous le nom de pagure, est obligé de protéger son abdomen dépourvu de carapace. Il ne survivrait pas sans recourir à une coquille, qu'il emprunte le plus souvent à un gastéropode défunt. Si ce n'est qu'il doit constamment en changer à mesure qu'il se développe. Cette curieuse anomalie est le ressort de la capacité lyrique de notre crustacé condamné à la quête d'un chez-soi idéal. Il inspire d'autant plus la sympathie que nous lui prêtons l'angoisse que nous éprouvons chaque fois qu'il nous faut déménager ou nous laisser enfermer dans la carlingue d'un avion. Articulé autour de l'Ode à un bernard-l'ermite proprement dite, cet opuscule s'enveloppe de tout un assortiment de textes disparates - poèmes, essais, fables, notices, aphorismes, haïku - qui forment autant de coquilles littéraires à la condition du bernard-l'ermite, métaphore crabesque de la condition humaine.

  • Les mariages heureux semblent tenir du miracle. C'est que le talent conjugal est aussi rare que le talent artistique. D'où la déconvenue de tant de couples qui aspirent à un idéal hors de leur portée. En l'occurrence, le couple que formaient Ashley Stokes et Gilda Tani était un chef-d'oeuvre. Talent, imagination, originalité et génie, ils avaient, sur le plan conjugal, toutes les qualités que l'on reconnaît aux grands maîtres de l'art. Profondément marqué par ce couple qui demeure à ses yeux un « modèle », le narrateur de ce roman à clefs, inspiré d'une histoire vraie, se souvient de ses rencontres avec Ashley et Gilda à Venise, mais aussi à Londres et à Florence, où il a respectivement revu chacun d'eux en tête-à-tête. Sceptique, mais intrigué par un lien si éblouissant et si miraculeux, il découvre, au fur et à mesure qu'il retrace l'histoire des deux protagonistes, à quoi tient la réussite d'un couple hors du commun. Né en 1966, Lucien d'Azay est l'auteur d'une quinzaine de livres dont Trois excentriques anglais (2011) et Keats, keepsake (2014) aux éditions Les Belles Lettres, ainsi que de Sur les chemins de Palmyre (2012) et du Dictionnaire insolite de Florence (2015).

  • Avant l'envol, l'amant étreint la taille de sa partenaire et plaque son ventre contre le sien. Un bras s'élance, une jambe fléchit. Prompts, décidés, les yeux dans les yeux, en équilibre sur la pointe des pieds, ils se lovent autour d'un axe imaginaire, un balancier qui les transperce et les unit. Ils virevoltent, folâtrent, s'étirent simultanément - écartelés - comme un seul corps (Sollers y voit une fleur, un papillon) qui bâillerait de faim. Arc-boutés l'un contre l'autre, cuisse contre cuisse, ils écartent les jambes comme on écarte celles d'un compas, font des grâces - toute la préciosité de ce petit pied qui s'élance renvoie à la préciosité du bout du doigt qui pousse le verrou comme on soulève délicatement une tasse de thé. Ils pivotent : s'aviseraient-ils de faire la roue ? C'est ainsi qu'on exécute une danse ; mais s'agira-t-il d'une gaillarde, d'une gigue ou d'un passe-pied ? Peu nous en chaut : le pinceau les emporte, comme il emporte le peintre, avec toute l'énergie de la passion.

  • Les fragments qui forment ce petit ouvrage ont été classés par l'auteur selon un ordre assez contestable, sans rapport aucun avec la chronologie de leur rédaction. Sans doute réprouvera-t-on une telle négligence et un manque de soin si ostensible ; on reprochera peut-être à l'auteur la désinvolture avec laquelle, sous le couvert de singer le Hasard, il a rassemblé des évocations et des souvenirs qui n'ont de commun que leur occurrence dans la partie nord du seizième arrondissement. Il est clair qu'il ne s'agissait pas, for him, de réaliser un quelconque Baedeker de Chaillot et de Passy, encore moins de faire l'exacte revue de tout ce qu'on peut y voir, mais plutôt d'inviter le lecteur à faire en sa compagnie une manière de promenade - une petite excursion dans l'espace et le temps.

  • Les fragments qui forment ce petit ouvrage ont été classés par l'auteur selon un ordre assez contestable, sans rapport aucun avec la chronologie de leur rédaction. Sans doute réprouvera-t-on une telle négligence et un manque de soin si ostensible ; on reprochera peut-être à l'auteur la désinvolture avec laquelle, sous le couvert de singer le Hasard, il a rassemblé des évocations et des souvenirs qui n'ont de commun que leur occurrence dans la partie nord du seizième arrondissement. Il est clair qu'il ne s'agissait pas, for him, de réaliser un quelconque Baedeker de Chaillot et de Passy, encore moins de faire l'exacte revue de tout ce qu'on peut y voir, mais plutôt d'inviter le lecteur à faire en sa compagnie une manière de promenade - une petite excursion dans l'espace et le temps.

  • Avant l'envol, l'amant étreint la taille de sa partenaire et plaque son ventre contre le sien. Un bras s'élance, une jambe fléchit. Prompts, décidés, les yeux dans les yeux, en équilibre sur la pointe des pieds, ils se lovent autour d'un axe imaginaire, un balancier qui les transperce et les unit. Ils virevoltent, folâtrent, s'étirent simultanément - écartelés - comme un seul corps (Sollers y voit une fleur, un papillon) qui bâillerait de faim. Arc-boutés l'un contre l'autre, cuisse contre cuisse, ils écartent les jambes comme on écarte un compas, font des grâces - toute la préciosité de ce petit pied qui s'élance, renvoie à la préciosité du bout du doigt, qui pousse le verrou comme on soulève délicatement une tasse de thé. Ils pivotent : s'aviseraient-ils de faire la roue ? C'est ainsi qu'on exécute une danse ; mais s'agira-t-il d'une gaillarde, d'une gigue ou d'un passe-pied ? Peu nous chaut : le pinceau les emporte, comme il emporte le peintre, avec toute l'énergie de la passion.

  • Avant l'envol, l'amant étreint la taille de sa partenaire et plaque son ventre contre le sien. Un bras s'élance, une jambe fléchit. Prompts, décidés, les yeux dans les yeux, en équilibre sur la pointe des pieds, ils se lovent autour d'un axe imaginaire, un balancier qui les transperce et les unit. Ils virevoltent, folâtrent, s'étirent simultanément - écartelés - comme un seul corps (Sollers y voit une fleur, un papillon) qui bâillerait de faim. Arc-boutés l'un contre l'autre, cuisse contre cuisse, ils écartent les jambes comme on écarte un compas, font des grâces - toute la préciosité de ce petit pied qui s'élance, renvoie à la préciosité du bout du doigt, qui pousse le verrou comme on soulève délicatement une tasse de thé. Ils pivotent : s'aviseraient-ils de faire la roue ? C'est ainsi qu'on exécute une danse ; mais s'agira-t-il d'une gaillarde, d'une gigue ou d'un passe-pied ? Peu nous chaut : le pinceau les emporte, comme il emporte le peintre, avec toute l'énergie de la passion.

  • S'inspirant du texte de Raymond Queneau, Lucien d'Azay pastiche dans une espèce de remake des Exercices de style, neuf écrivains d'expression française parmi les plus importants : Alphonse Boudard, Marguerite Duras, Jean Echenoz, J.M.G. Le Clézio, Patrick Modiano, Pascal Quignard, Françoise Sagan, Jorge Semprun, Philippe Sollers.

  • A l'aube du troisième millénaire, trois écrivains : un homme et deux femmes, refont le Voyage aux Pyrénées. Stéphanie Benson, d'origine anglaise, est d'emblée confrontée au passé colonial, à cet état dont les Pyrénées se remettent mal, et signe avec Chemin de non retour, un journal intime plutôt noir. Alina Reyes évoque la féminité d'une montagne qu'elle connaît bien. Lucien d'Azay, à partir de son voyage en solitaire effectué en hiver, parvient à cerner, petit à petit, jour après jour, de col en ville thermale, les problématiques contemporaines de l'autre montagne européenne.

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