Lucien Rebatet

  • Lucien Rebatet est l'auteur d'un livre " maudit " qui fut le best-seller de l'Occupation, Les Décombres : six cents pages de violence et de colère, où il s'en prend à tous ceux qu'il tient pour responsables de la décomposition du pays. Rebatet fut un antisémite et un anticommuniste parmi les plus virulents. Mais il fut aussi antiparlementaire, antibourgeois, anticatholique. Bref, un intellectuel fasciste typique, qui partagea les rages et les phobies de toute une génération d'écrivains, sur laquelle ce Dossier fournit un document historique édifiant. Le texte des Décombres est ici livré au public dans son intégralité pour la première fois depuis 1942, accompagné d'un important appareil critique qui permet de le lire " en connaissance de cause ". L'autre intérêt de cette édition est un inédit de Rebatet qui constitue la suite des Décombres. Écrit en prison, à Clairvaux, ce récit des illusions perdues et des haines intactes nous plonge dans l'univers halluciné des partisans les plus acharnés de la collaboration. Peu courageux devant la justice qui le condamna à mort avant qu'on ne le graciât, sous la pression, entre autres, de Camus ou encore de Mauriac - qu'il avait injurié -, Rebatet n'est jamais sorti de son statut de paria. Il échoua à se faire reconnaître comme le grand écrivain qu'il aspirait à devenir. Mais l'ensemble de son oeuvre - dont Une histoire de la musique, qui figure déjà au catalogue " Bouquins " -, jusqu'à ses écrits les plus ignobles, témoigne d'une qualité d'écriture qui fut saluée, y compris par certains de ses adversaires les plus résolus. Fallait-il s'interdire de republier ses textes les plus sulfureux ? On peut croire que les rééditer ou les révéler, avec les éclaircissements indispensables, contribuera à les démythifier, tout en rappelant que le talent n'est pas incompatible avec la faute morale, voire le crime pénal. Pascal Ory

  • " Vines, lui dit Fauré, vous savez que j'ai eu dans ma classe Ravel, Schmitt, Enesco, et pas mal d'autres assez bons.
    Eh bien, je pense que j'ai raté le plus grand musicien français des cinquante prochaines années : sans doute ce gamin en costume bleu que vous avez croisé dans le couloir ".

  • L'homme incarcéré à Fresnes après la Libération pour intelligence avec l'ennemi n'est plus l'auteur adulé des Décombres. En pleine déroute, Rebatet, polémiste antiparlementaire, antibourgeois et antisémite qu'il était depuis 1935, n'aspire plus qu'au roman. En prison, il lit beaucoup et écrit à son confident épistolaire Roland Cailleux, qui l'incite à terminer Les deux étendards. Ce roman cristallise tout l'enjeu de la correspondance ; son aboutissement occulte très vite toute autre préoccupation. Et l'incertitude sur le temps qui lui reste à vivre en prison, si elle le stimule jusqu'à sa condamnation à mort, puis jusqu'à sa grâce, devient intolérable dès qu'il se sait sauvé.

  • Ce Dialogue, rédigé à la prison de Clairvaux par deux anciens collaborateurs, est resté à ce jour inédit. Les deux hommes rédigent une vingtaine de " dialogues " où ils s'expriment en totale liberté. Ils parlent de l'histoire de leur engagement, du nationalisme maurrassien au racisme hitlérien. Ils évoquent De Gaulle qu'ils haïssent, Staline qu'ils admirent. Ils passent en revue l'histoire de la littérature, invectivent Sartre, vomissent Genet, s'enthousiasment pour Marcel Aymé et Céline.
    Ces dialogues nous invitent à regarder l'adhésion au nazisme de certains intellectuels français non pas comme un accident de parcours ou une parenthèse, mais comme l'accomplissement de ce qu'ils pensaient et continuaient à penser malgré la défaite de leur camp.

empty