Mathieu Handfield

  • Chef Marco se dirigea vers la forêt, réglisse en bouche. Devant ses yeux pervers, il n'y avait que l'ombre de la nuit et le tronc des jeunes arbres qui s'alignaient en rangs pour se perdre dans les ténèbres. Il se retourna vers les scouts terrifiés, un sourire dégueulasse sur les lèvres. - Y a pas d'ours là-dedans, mes agneaux... D'une seule voix, les vingt scouts se mirent à hurler. Fier de son effet, chef Marco se promit bien d'amener les garçons faire une longue randonnée pédéraste pour cet écart de conduite. Les filles, elles, feraient la vaisselle. - D-d-d-d-d-d-d-derrière vous ch-ch-chef Marco! Le chef scout pivota sur lui-même pour tomber face à face avec un ours de trois mètres. Celui-ci se tenait debout sur ses pattes arrière et le fixait de son regard étrange. Un oeil bleu, un oeil brun.

  • Igor Fedorovich Grabonstine est l'acteur le plus talentueux de son époque, de la précédente et, sans aucun doute, de la suivante. Ce n'est donc pas une surprise si Stanley Kubrick le choisit pour interpréter le personnage principal de The Shining, l'adaptation d'un des plus grands romans du maître de l'horreur, Stephen King - dont le visage, soit dit en passant, rappelle étrangement celui d'un chat.

    Ce contrat prestigieux n'aurait été que routine pour l'acteur stanislavskien, n'eût été la présence inquiétante d'un jeune prodige, Danny Lloyd, six ans, dont les aptitudes dramatiques inexplicablement puissantes menacent de reléguer Igor au rang d'acteur de second ordre.

    Laissant de côté honneur et morale, Grabonstine ne s'arrêtera devant rien pour empêcher l'enfant d'assombrir sa performance et de lui voler la vedette...

  • Quatre auteurs. Quatre saisons. Un village transformé par une glissade d'eau. 118 blessés. Beaucoup de cris, de larmes et de dents qui grincent.

    Tous les enfants de Saint-Sauvignac s'excitent le poil des jambes - celui qu'ils n'ont pas encore - à l'annonce de la construction d'un parc aquatique de l'autre côté de la track. Mais quand ils se précipitent, à la queue leu leu, dans la glissade d'eau la plus à pic en Amérique du Nord, ils en ressortent écorchés, lacérés par la pointe d'un clou transperçant le plastique turquoise.

    D'un coup, les cicatrices apparaissent, comme si ce clou n'avait été posé là que pour révéler au grand jour les blessures de l'enfance.

  • Napoléon Macdougall, accablé par un inconfort constant dû à sa grandeur hors norme, inspire malgré lui un nain riche et gueulard par son fantasme d'agrandir le monde. S'ensuivent la métamorphose cauchemardesque d'une ville, une dépression collective, de mystérieuses disparitions, une histoire d'amour assombrie par un as de la baignade, des travaux forcés dans une caverne, des poursuites automobiles psychanalytiques et, surtout, un torrent d'égoïsme, de désespoir et de jurons... Ceci n'est pas une histoire de dragons, un roman épique dans lequel, au bout du compte, personne n'est un héros.

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