Littérature générale

  • Au coeur de la Petite-Bourgogne où il est né, le jeune Oscar P. remarque un phénomène étrange : chaque fois que Brad, son grand frère, se met au piano, la pluie cesse, l'été revient, le soleil refuse de se coucher. C'est donc que la musique, ou à tout le moins la musique que joue Brad, ragtimes et boogie-woogies, possède des pouvoirs magiques. Ces pouvoirs, toutefois, ne protégeront pas Brad de la peste blanche, qui l'emporte bientôt.

    Le mal atteint également le jeune Oscar, mais il survit. Durant sa convalescence, il s'empresse de prendre la place de Brad au piano. Bientôt, tout le quartier se presse sur le pas de sa porte pour l'entendre. Plus tard, dans les boîtes où il joue, quand le swing s'échappe en cascades de son piano - est-ce le fruit de son imagination ? -, les femmes paraissent plus belles et les hommes, plus élégants.

    Oscar aurait pu passer le reste de ses jours dans la grisaille de sa ville natale, au sein de sa communauté, mais voici qu'une ombre se profile à côté de la sienne, celle de Norman G., le célèbre impresario new-yorkais, qui fera résonner sa musique aux quatre coins du monde. Jusqu'à son dernier souffle, Oscar ne pourra plus jamais aller quelque part sans que cette ombre l'accompagne. Faut-il en conclure qu'Oscar a vendu son âme au diable ?

    S'inspirant de la figure du légendaire pianiste de jazz Oscar Peterson, Mauricio Segura donne ici un roman empreint de réalisme magique qui évoque l'atmosphère des cabarets montréalais des années 1950. Le roman propose une fascinante réflexion sur les liens qui unissent un artiste à la communauté dont il est issu, sur la célébrité, sur le commerce de l'art. Il est surtout un poignant hommage à un géant de la musique.

  • Après avoir passé toute sa vie à Montréal, un homme rentre au Chili. Son père est mort. Il vient lui rendre les derniers hommages. Très vite, il se rend compte que ceux qui ont fait le choix de partir ne sont pas nécessairement les bienvenus quand ils rentrent au pays des ancêtres. Entre les enracinés et les déracinés plane un malentendu qui rend le retour impossible. Surtout dans cette famille juive qui, d'Andalousie en passant par Thessalonique, est venue enfin s'échouer dans ce finistère qu'est le sud du Chili, terre à la fois d'une folle générosité et d'une indicible cruauté. Terre ancestrale des Indiens mapuches, que domine la cime neigeuse du volcan Llaima et qui est recouverte du vert intense des eucalyptus, cet arbre venu de l'autre côté du monde qui pousse à une vitesse phénoménale et qui menace de tout engloutir. Dans ce roman bref, construit comme un polar, Mauricio Segura propose une réflexion à la fois grave et profondément émouvante sur les liens, insaisissables, indénouables, qui unissent les hommes à la terre. Le profond pessimisme qui hante son récit donne un relief remarquable au destin de ses personnages, écartelés entre plusieurs cultures, plusieurs âges et plusieurs continents.

  • Leurs parents sont nés en Haïti, au Chili, au Vietnam. Eux sont nés ici, portés par des rêves qui ne sont pas les leurs. Ils parlent français avec un accent du Québec, mais leur vie n'est pas celle des autres enfants de Montréal. Ce premier roman de Mauricio Segura va au-delà de l'aspect documentaire pour rendre la musique de la langue de ces jeunes, pour exprimer la détresse de ces adolescents, qui cherchent un point d'appui, un coin de terre ferme afin d'ancrer un destin qui n'a été jusque-là que mouvement.

  • Qu'est-ce que le tiers-mondisme ? Pour les tenants de ce courant politique, il s'agissait de faire la révolution dans les pays en voie de développement ; pour nombre d'auteurs français, il a été, de 1950 à 1985, un discours phare. Désormais raillé, quand il n'est pas oublié, le tiers-mondisme reste pourtant d'actualité, car il annonçait la crise contemporaine des figures de l'intellectuel et du militant. Quarante ans après son apogée, le temps est venu d'analyser, en historien des idées, la rencontre inattendue entre la « faucille » et le « condor », entre une gauche radicale et le cône Sud de l'Amérique latine.
    Examinant le tiers-mondisme latino-américain, Mauricio Segura retrace son émergence, son apogée et sa décomposition, et il démonte ses logiques argumentative et narrative. Né de la conjoncture de la Guerre froide, ce complexe idéologique est non seulement le signe du rejet de la politique par les intellectuels sous la Ve République, mais aussi un transfert utopique, la manifestation d'un désir d'exotisme et une réaction contre le féminisme.
    Le tiers-mondisme est ici replongé dans le vacarme des discours de la deuxième moitié du XXe siècle. En se penchant sur des essais ou des romans de Sartre, Fanon, Debray, Detrez, Bruckner, mais aussi de Camus, Lévi-Strauss, Aron et Revel, sans oublier les romans de Gérard de Villiers, Mauricio Segura rappelle que si le héros tiers-mondiste court le monde, c'est autant pour saisir l'Autre que pour se comprendre lui-même.
    Né en 1969, Mauricio Segura est docteur de l'Université McGill (Montréal). Il a publié plusieurs articles sur les rapports entre les idées politiques et la littérature de la deuxième moitié du XXe siècle. Il est également l'auteur de deux romans, Côte-des-Nègres et Bouche-à-bouche. La faucille et le condor est son premier essai.

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