Michaël Trahan

  • Vie nouvelle

    Michaël Trahan

    Il est dans ce livre question d'entrer dans une image. Cette image est une vie, un théâtre coupé en deux. Au milieu, il y a une forêt et il y a la nuit. Il y a aussi une rivière et une salle de cinéma. Quelqu'un entre dans la chambre et s'installe devant le miroir pour lire un roman d'amour. Personne d'autre ne vient. Au matin, on ne sait plus très bien comment sortir. On le regrette. On doit dire la vérité. Peut-être est-il temps d'apprendre à vivre. L'idée est belle, et la beauté compte, mais on s'attache facilement à ce qui nous encercle. On cherche une histoire bleue comme le ciel et on écrit un poème interminable. Il faut aller jusqu'au bout. Le rideau est lourd, on n'y arrivera jamais. La douleur est lente. À la fin, un enfant apparaît. C'est mon fils. Il dort dans la clairière.

    Vie nouvelle est un livre d'éducation sentimentale. Je l'ai écrit comme on choisit une vie.

  • Pendant des années j'ai été hanté par les vagues, le ressac, le souvenir d'un corps happé par le fond des eaux. Je cherchais à épuiser une scène dont je n'arrivais pas à revenir. J'ai ainsi habité un rêve qui ne m'appartenait pas, une photographie prise dans les années cinquante, puis oubliée ou perdue avant d'être développée. Quelqu'un en a découvert le négatif par hasard dans une brocante un demi-siècle plus tard. Une femme se tient debout sur la plage. Le soleil tombe, l'horizon est bleu, rose, mauve. La mer roule à ses pieds. La femme regarde au loin. C'est à peine si on voit le profil de son visage. Ce n'est pas vraiment une réponse. C'est une fiction de la disparition, une enquête sur le silence de quelques images que je traîne depuis trop longtemps. C'est un requiem : un chant qui ouvre le calme pour les morts et les vivants.

    C'est la logique de l'encre poussée à sa vraie limite de chose vraie.

  • La figure du marquis de Sade occupe une place privilégiée dans les lettres françaises. Écrivain controversé s'il en est, on a longtemps réservé ses livres à l'« enfer des bibliothèques », tout en les considérant à la fois comme produits d'un libertinage démentiel et symptômes d'une pathologie à laquelle Sade, bien malgré lui, a laissé son nom : le sadisme. La publication relativement récente de ses oeuvres - des éditions clandestines du XIXe siècle à son entrée dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque de la Pléiade en 1990 - semble prendre à rebours une condamnation qui paraissait sans appel. Malgré cette rareté du texte, la quantité d'encre qu'a fait couler D.A.F. de Sade depuis deux siècles est vertigineuse ; sa figure est d'autant plus complexe que la fascination qu'il exerce est très grande, et qu'on a inextricablement mêlé anecdotes sur sa vie à ce que son oeuvre et sa pensée ont de proprement scandaleux, construisant ainsi une figure proche du mythe, où le territoire de la vérité s'avère difficile à circonscrire. C'est précisément l'analyse de ce mythe que Michaël Trahan propose ici à ses lecteurs. Fascinant !

  • Noeud coulant

    Trahan Michael

    Un mur, le pied d'un mur, l'angle formé par le sol et ce mur, un angle presque droit, une allumette et le noir, le bruit que fait l'allumette en craquant, un puits, le fond d'un puits, une corde, sa lumière noire, une toute petite corde, un monde à usage unique, la peur, la peur dans le corps, la peur en nuage autour de soi et de l'allumette, la pluie qui tombe, un ongle gratte la paroi, un chien pisse, minuit sonne, le sol manque sous les pieds, la honte, le coeur qui bat, la corde de plus en plus usée, une porte, le ciel quand même, la lune, les morts sont de plus en plus morts, c'est noir, le noeud coule, une allumette craque et le mur s'éloigne à mesure que j'approche.

  • Récits, poèmes, chroniques, et deux dossiers : une suite yiddish, sur quatre poètes juifs marquants du XXe siècle traduits par Chantal Ringuet et Pierre Anctil et un « Laboratoire de l'écrivain » sur le thème de la lumière sont au menu de l'édition d'automne de la revue Les écrits. Le laboratoire ici présenté est un événement littéraire conçu et piloté par Valérie Carreau et France Mongeau où Jennifer Tremblay, Catherine Mavrikakis, Mathieu Leroux, Katia Belkhodja, Christian Guay-Poliquin et Jean-Marc Desgent se sont retrouvés le temps d'une journée d'écriture c'est-à-dire d'une expérience d'écriture au sens d'épreuve, d'expérimentation. Du côté des récits, lisez Catherine Mavrikakis, François Thibaux et Camil Moisa. Du côté poésie, lisez Michaël Trahan, Claudine Dugué, Vincent Lambert, Maxime Cayer et Émile S. Labrie. Le numéro est illustré par les peintures d'Alexandre Masino.

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