Michel de Fornel

  • Les débats passionnels à propos de l'oeuvre de Pierre Bourdieu et de ses engagements publics ont longtemps limité l'expression d'une critique scrupuleuse de son travail. Alors que ces débats commencent à s'estomper, ce livre propose une analyse du coeur de son projet intellectuel : sa théorie de la pratique. Les textes qu'il réunit examinent l'usage des notions que Bourdieu a introduites dans le lexique de la sociologie et de l'anthropologie et qui en font désormais partie : champ, habitus, capital, réflexivité, familiarité, intérêt, désintéressement, critique, position scolastique. Sociologues, philosophes et linguistes s'attachent ainsi, chacun à leur manière, à rendre compte d'un aspect de la théorie de la pratique de Bourdieu, en ouvrant une réflexion sur sa pertinence et sur les lacunes et contradictions qui ont provoqué sa remise en cause ou son rejet. Ce livre n'est pas un plaidoyer pour ou contre Bourdieu. Il cherche plutôt à présenter une confrontation raisonnée de ses thèses avec celles qui ont été élaborées par les approches qui, depuis une vingtaine d'années maintenant, ont renouvelé l'enquête en sciences sociales, en l'orientant résolument vers l'analyse empirique de la pratique, dont la collection « Raisons pratiques » a été l'un des lieux majeurs de développement en France.

  • Peut-on penser autrement que de façon binaire les phénomènes - construits sociaux ou réalités naturelles ? Anthropologues, sociologues, historiens et philosophes invitent à surmonter l'opposition entre constructivisme et naturalisme, proposent des voies possibles. L'enjeu est pour les sciences sociales de relever le défi que leur posent aujourd'hui le néo-darwinisme et l'évolutionnisme des sciences de la vie. L'ambition ici est d'accompagner le mouvement à travers lequel un nombre croissant de chercheurs essaient aujourd'hui, par des voies différentes, de dépasser l'opposition entre constructivisme et naturalisme et d'intégrer dans l'un ce qu'il ignore de l'autre. Pour n'en citer que quelques-unes : la voie socio-empiriste, la sociologie dite pragmatique, le naturalisme culturel, la démarche de P. Descola. Publiées en français pour la première fois, et discutées, les analyses d'Anne W. Rawls renouvellent le regard porté sur Durkheim, et notamment sur son dernier ouvrage. Elle montre que Durkheim est conduit à affirmer la priorité des pratiques sur les croyances. La relecture des Formes élémentaires de la vie religieuse peut offrir un modèle aux sciences sociales pour dépasser l'opposition entre constructivisme et naturalisme. Elle permet ainsi de faire un rapprochement inattendu avec le courant ethnométhodologique. Il en existe d'autres que des anthropologues, des sociologues, des historiens et des philosophes défendent dans cet ouvrage, à partir de leurs objets propres.

  • Les controverses liées aux fondations des sciences sociales avaient pour enjeu de distinguer les arguments relevant d'une logique de la preuve ou d'une rhétorique de la persuasion. L'essor des sciences du langage et la redéfinition de la rhétorique fournissent aujourd'hui d'autres instruments pour mesurer le poids de l'énonciation dans les langages ordinaires ou scientifiques. Les études réunies ici visent à identifier les opérations caractéristiques de l'administration des preuves dans les sciences sociales.

  • La douleur étant généralement conçue comme une expérience subjective, c'est vers son patient que se tourne le praticien pour l'évaluer. Comment dès lors détecter la douleur chez des enfants souffrant de maladies orphelines et ne pouvant pas s'exprimer par la parole ? L'enjeu central des consultations d'analgésie, pour ces enfants polyhandicapés et non parlants, est la confrontation de l'évidence perceptive issue de l'examen clinique et des connaissances d'arrière-plan fournies par l'entourage parental et médical. L'algologue observe non seulement les symptômes mais aussi leur inscription au sein des modes expressifs infraverbaux (mécontentement, quête affective, souffrance) propres à chaque enfant. L'approche conversationnelle permet aux auteurs d'échapper à la fausse alternative du subjectivisme et de l'objectivisme dans laquelle se sont enfermées en règle générale les études sur la douleur. Nulle tension entre le regard clinique et relationnel, mais une complémentarité qui apporte un éclairage nouveau sur le raisonnement médical.

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