Seuil

  • Borges ou la réecriture

    Michel Lafon

    La critique est depuis longtemps attentive à l'abondance des références érudites ou pseudo-érudites dans l'oeuvre de Jorge Luis Borges. Mais elle semble avoir moins remarqué que cette oeuvre fourmille également de citations cachées, dont certaines peuvent être des autocitations. C'est l'ensemble de ces pratiques qui est ici baptisé réécriture, et c'est sous l'égide de ce "possible concept" qu'est proposée une analyse de l'oeuvre borgésienne.
    Les figures fameuses d'Héraclite et de Pierre Ménard, les jeux du fictionnel et de l'autobiographique, les réseaux labyrinthiques de textes, le remodelage incessant d'une production, l'archéologie d'une écriture, la vie même de Borges - telle que la réélaborent, en étrange complicité, l'écrivain et ses biographes -, tout s'ordonne sous un tel regard.
    Ainsi, le malaise ou la fascination que provoque cette oeuvre, les miroitements énigmatiques du "borgésien" tiennent peut-être à cela : il n'est pas un geste de Borges qui ne dessine secrètement une trajectoire de réécrivain ; il n'est pas un lieu de l'écriture borgésienne qui ne soit emblématiquement une réécriture.

  • « Je n'ai pas arrêté de faire de la contemplation » déclarait le Père Peyriguère après une journée occupée à soigner des centaines de malades affluant de partout vers son petit dispensaire de la montagne marocaine. Car en eux, c'est Jésus qu'il soignait : « Je le vois, je le touche. » Ainsi, au long de trente années, s'est déroulée la vie de ce disciple du Père de Foucauld que tout le monde appelait « l'ermite d'El Kbab », partagée entre les soins aux malades, les travaux intellectuels, la prière de jour et de nuit. Quand il mourut le 26 avril 1959, les Berbères du Moyen Atlas marocain chantèrent inlassablement : Où vais-je aller, ô ma mère, Je suis comme un orphelin... Il est mort le marabout. C'est le malheur du pauvre. Nul ne pouvait mieux nous rendre présente cette vie que le Père Michel Lafon, disciple du Père Peyriguère, continuateur de son oeuvre à El Kbab, et qui, outre sa connaissance des écrits du Père, pour la plupart inédits, nous apporte le témoignage direct de celui qui a vu et entendu.

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