Nathalie Piegay

  • « Pourquoi ne pas avoir écrit sur une femme qui a fait oeuvre ? Qui a marqué l'histoire ? Qui a laissé derrière elle autre chose que des bribes et un fils ? Pourquoi m'acharner sur une comparse, sur une figure qui n'apparaît que dans l'ombre que projettent les grands hommes, dans les interstices de leur biographie ? Les feuilles s'entassent sur mon bureau, les livres où je cherche sa trace. Tous parlent de son fils, ou d'Andrieux, le père de l'enfant. Elle n'y apparaît qu'au détour d'une parenthèse, elle est reléguée en note de bas de page... »Dans ce livre, nourri d'une longue recherche, Nathalie Piégay enquête sur celle qui fut la mère cachée d'Aragon. Elle raconte la vie de cette femme libre et la passion qu'elle entretint pour les deux Louis : Andrieux, le père, grand bourgeois parisien, et Aragon, le fils, à qui elle transmit sa passion des arts et de la littérature. Au fil des pages, cette existence invisible et passionnée finit par ressembler à celle d'une autre. L'auteur de ce récit peut-être.
    Nathalie Piégay, ancienne élève de l'École normale supérieure, enseigne la littérature française moderne et contemporaine à l'Université de Genève. Elle est spécialiste de Louis Aragon (sur lequel elle a publié de nombreux livres et articles), de Claude Simon et de Robert Pinget. Une femme invisible est son premier récit.

  • Fraîchement divorcée et meurtrie par sa séparation, Adrienne vient de s'installer seule dans une maison près de Fontainebleau. François, violoncelliste, vit au Havre avec ses enfants. Après leur première rencontre au hasard d'une soirée parisienne, ils se reverront. Ils le savent.Au fil de rendez-vous amoureux, réglés comme un rituel autour de la Petite Ceinture, ce chemin de fer désaffecté qui fait le tour de Paris, les amants remontent dans le passé de la ville comme dans leur propre mémoire.Au terme de ces rencontres où s'invitent des fragments urbains oubliés, Adrienne et François pourront se quitter sans douleur. Dans ce roman d'une passion éphémère qui prend les accents d'un duo musical, Nathalie Piégay interroge l'ambivalence du couple, cruel et libérateur.
    Nathalie Piégay vit à Paris et à Genève, où elle est professeur de littérature française à l'université. Spécialiste d'Aragon, de Claude Simon et de Robert Pinget, elle a publié en 2018 Une femme invisible, un récit sur la mère d'Aragon largement salué par la critique.

  • Le discrédit qui pèse sur l´érudition depuis les Lumières et la sentence rendue à son encontre par la théorie et la critique littéraires au XIXe siècle n´ont pas occasionné, tant s´en faut, l´éreintement de la notion. Détournée de ses fins de connaissance, dégagée de l´établissement d´un savoir fiable, l´érudition s´en fut hanter la conscience des écrivains, Flaubert en tête. Michel Foucault aura été l´un des premiers à noter l´empire qui s´ensuivit de la fiction sur le savoir et la mémoire. Ainsi promue affaire d´imagination, l´érudition s´implante dans le roman, qui représente des démarches savantes, des enquêtes critiques : Aragon, Borges, Nabokov, Queneau, Simon, Pinget, Perec, Roubaud, Quignard, Yourcenar s´en emparent. L´érudit que donnent à voir leurs récits est moins qu´un savant qu´un fou ayant le goût de l´archive, un excentrique esseulé dans une bibliothèque ou formidable ou fabuleuse, un mélancolique égaré dans un monde qu´écrase une mémoire impuissante. De ce fond aride, l´érudition imaginaire tire, elle, une étonnante fécondité : elle invente des dispositifs insolites, elle débauche la langue et le lexique, elle modifie la conduite du récit en s´appropriant les méthodes érudites. Critiqué, déstabilisé, mais réenchanté, le savoir devient objet de fabulation. Il livre alors des personnages supposés, des histoires fictives, des sources apocryphes. Ce faisant, il signe la suprématie du roman sur les autres formes de récit, en le rendant capable de s´accaparer tous les discours, y compris le discours critique.

  • Comment expliquer que les romans nous habitent, que nous leur soyons si intimement attachés, alors même, nous en avons tous fait l'expérience, que nous oublions jusqu'aux noms des personnages qui nous ont été les plus chers, incapables de reconstituer les grandes lignes d'une intrigue dont il ne reste plus que des ruines ? Nous avons lu Dominique trois fois, et il ne nous en reste qu'une qualité d'atmosphère, si impalpable qu'il est presque impossible de partager une expérience réduite à une forme d'inconsistance. C'est peut-être à ce titre surtout que le roman est un genre subversif. Non parce qu'il est immoral, parce qu'il raconte des histoires d'adultère, ou parce qu'il ose faire de bagnards en fuite des héros, mais dans l'exacte mesure où il modifie le régime mémoriel de la littérature, lorsqu'il devient, au tournant du xxe siècle, le genre « cardinal », transmettant à la littérature quelque chose de l'incertitude et de l'infidélité de ses souvenirs à lui, toujours vagues ou parcellaires, excessivement sélectifs ou déformés. C'est au genre romanesque qu'il est revenu, pendant près de deux siècles, d'entraîner nos lectures, de les capitaliser en culture, autrement dit de fonder nos consciences. Or, le roman, à la différence de la poésie et du théâtre, est un genre oublieux, où les trous de mémoire sont légion, et, plus encore, où ils sont de règle. C'est un scandale que nous ne percevons plus très bien sans doute, tellement la situation nous est familière, mais dont quelques voix isolées, parmi lesquelles celles de Judith Schlanger et d'Isabelle Daunais, ont invité à faire un objet d'exploration. Des voix d'écrivains essentiellement, tant il est vrai que la mémoire « faible et variable » ou la mémoire « vague » du roman est une question qui glisse entre les doigts, dont les outils d'analyse de la critique universitaire ne se saisissent que maladroitement.

  • Ce dossier d'Études littéraires veut faire ressortir les principaux axes de la réflexion sur le roman menée par Aragon tout au long de sa vie, en l'abordant fondamentalement comme celle d'un théoricien/praticien. Ses écrits sur le roman prennent des formes diverses (essais, préfaces, entretiens, correspondances, articles, conférences) et sont consacrés aussi bien aux romans des autres qu'aux siens propres. L'analyse de ces textes permet d'apprécier les constantes et les invariants de la « pensée romanesque » d'Aragon, d'identifier certaines lignes de force de sa réflexion. C'est bien là l'objectif de ce dossier : faciliter la circulation dans le vaste ensemble des textes où se développe la conception aragonienne du roman.

  • Les Géorgiques, roman-somme paru en 1981, est fondé sur un principe analogique généralisé ; les relations qui se tissent entre les personnages, comme celles qui unissent les espaces qu'ils parcourent et les époques qu'ils habitent, sont ici analysées. Approcher ainsi l'économie narrative et la logique du récit des Géorgiques, c'est faire apparaître une conception de l'Histoire, et une pensée du temps, propres à Claude Simon.

  • Analyser l'esthétique d'Aragon permet de considérer l'oeuvre dans sa diversité. La mise en scène, par Aragon, de sa propre écriture n'est qu'une des voies pour analyser ses textes : poésie et politique, surréalisme et réalisme, prose et poésie, désir de lyrisme et volonté de roman, érudition et invention s'y mêlent sans fin, pour interroger l'identité problématique du sujet comme l'urgence de l'histoire.

empty