Nathalie Watteyne

  • L'histoire est connue : tout commence quelque part en Grèce antique, alors que logos et mythos se confondaient en une seule voix dans la parole sacrée (hieros), jusqu'à ce qu'au siècle de Platon, une méfiance philosophique provoque la séparation entre les légendes fabuleuses et la recherche de la sagesse. La philosophie n'a peut-être d'autre origine que cette méfiance à l'égard du mythos, méfiance fascinée cependant, qui maintient à distance en même temps qu'elle semble répondre sans cesse au chant des sirènes narratives, attachée au mat de la raison. Cependant, la narrativité, comme l'a montré Paul Ricoeur à maintes occasions, notamment à propos de l'histoire, cette autre discipline soupçonneuse, ne se limite pas au simple fait de raconter de la fiction. Il y a de la narrativité jusqu'à la limite de la pure syntaxe, pourrait-on dire. À partir du moment où les mots sont arrangés de façon à représenter un monde, parler de ce monde ne peut aller sans le présenter d'une certaine manière, sans lui donner une cohérence quelconque, c'est-à-dire en somme sans le raconter, ce dont ne se prive pas bien sûr la philosophie, ni l'histoire d'ailleurs, comme le soulignent heureusement depuis quelques décennies de nombreux historiens et non des moindres, que l'on pense à Michel de Certeau. La racine du fait narratif est ainsi enfouie beaucoup plus creux que ne le laissent croire les récits philosophiques d'affranchissement du narratif (dont il faudrait dresser un inventaire exhaustif, si la chose était possible). Mais affirmer cela, c'est du même coup prendre en compte l'inverse, à savoir que la racine philosophique est elle aussi très profondément enfoncée dans le terreau narratif et que le récit ne fait pas que raconter, il fait mieux : il pense en racontant. Ce dossier voudrait donc, à partir de quelques exemples, montrer ce double jeu de la pensée et du récit en examinant à l'oeuvre la pensée se racontant ou le récit pris en flagrant délit philosophique.

  • L'édition hivernale de la revue Études littéraires est consacrée à l'héritage intellectuel et littéraire de Jeanne Lapointe, professeure de littérature à l'Université Laval, ayant oeuvré pour la modernité dans le Québec des années 50. L'accent y est mis sur sa contribution littéraire, ses textes et ses collaborations, ancrés dans sa passion pour la littérature, la poésie et les idées, ainsi que sur les amitiés nées de son activité de mentore. Claudia Raby et Lucie Robert dans leur article respectif se penchent sur le rôle déterminant joué par Jeanne Lapointe au sein de l'institution universitaire dans les décennies 1950-1960. Camille Néron examine son discours sur la poésie entre 1954 et 1996. Les contributions de Nathalie Watteyne et Mylène Bédard, elles, proposent des analyses du travail d'accompagnement critique avec plusieurs écrivaines québécoises. Enfin, Lori Saint-Martin retrace son parcours de doctorante avec Jeanne Lapointe et le cheminement parfois ardu des femmes au cycle supérieur.

  • On a beaucoup lu l'admirable Anne Hébert, et sans doute beaucoup écrit sur elle. Pourtant, les nou­velles contributions réunies ici montrent qu'on est encore loin d'avoir épuisé toute la richesse et les subtilités de son écriture. Il fallait donc, à l'occasion du centenaire de sa naissance, revenir sur un certain nombre de sujets. Revoir, entre autres choses, la chronologie de ses écrits grâce à ses archives ; ouvrir des dossiers sur l'intertextualité, l'in­tergénéricité et l'intermédialité de son oeuvre ; définir sa poétique avec une connaissance plus étoffée de ses textes dramatiques et de ses poèmes ; rendre compte de ses dettes à l'égard de ses sources ; ou encore décrypter le sens testa­mentaire de ses derniers romans. Voilà quelques-uns des éléments auxquels s'intéressent les spécialistes chevronnés de cet ouvrage : Mélanie Beauchemin, Neil Breton Bishop, Michael Brophy, Louise Dupré, Robert Harvey, Daniel Marcheix, Milica Marinkovi´c, Carmen Mata Barreiro, Camille Néron, Janet M. Paterson, Lucie Robert, Annie Tanguay et Nathalie Watteyne.

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