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  • Le théâtre a été, trop souvent, confondu avec un genre littéraire. Pour prépondérant que soit le texte, il convient de ne pas oublier que le théâtre est avant tout la scène où se jouent toutes les relations imaginaires de l'homme. Chaque société a inventé son théâtre. Ce système régi par ses lois, cohérent et clos, c'est la dramaturgie, au sens propre l'élaboration du drame. Mais aucun système ne se réduit à un autre. C'était donc s'engager dans une impasse que de chercher dans la dramaturgie médiévale la survivance du drame antique ou l'ébauche du théâtre moderne. En fait, cette dramaturgie élaborée et épanouie sur près de cinq siècles, est une des pièces maîtresses d'une civilisation et d'une littérature dont on commence à peine à reconnaître la cohérence et l'importance. La présente étude, centrée sur oeuvre maîtresse du théâtre médiéval, se propose d'esquisser cette dramaturgie qui, du douzième au seizième siècle, a mis en scène à travers toute l'Europe l'aventure humaine, jouant les désirs et les peurs, les affres et les rêves d'une société, pour nous tout à la fois présente et perdue. Dramaturgie exceptionnelle, traitant l'espace et le temps sur un mode inouï de l'homme moderne, abolissant las frontières raisonnables du comique et du tragique, où la grâce, envers christique de la fatalité, joue sa partie dans le sublime et la dérision. Ivre de liberté, le théâtre du Moyen Âge, dans le champ clos d'une aire fermée par le cercle des spectateurs, s'offre comme la scène exemplaire où se jouent l'aventure d'une société et la condition humaine. Voilà pourquoi, au Moyen Âge, le maître mot pour désigner le théâtre est celui de jeu, exemplairement illustré par le Jeu de saint Nicolas.

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