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  • Dans les sociétés occidentales hyperformatées, l'idée même de conflit n'a plus de place. Les conceptions de la vie commune tendent vers l'intolérance à toute opposition. Le minoritaire doit se soumettre à la majorité et, de plus en plus, contestataires et dissidents semblent relever de l'" anormal ".Dans cet essai iconoclaste, Miguel Benasayag et Angélique del Rey explorent les racines et les effets délétères de cette idéologie. Analysant les différentes dimensions du conflit - entre nations, dans la société ou au sein même de l'individu -, les auteurs mettent au jour les ressorts profonds de la dérive conservatrice des sociétés postmodernes. Ils démontent aussi bien les illusions de la " tolérance zéro " que celles de la " paix universelle " : nier les conflits nés de la multiplicité, ceux dont la reconnaissance fait société, c'est mettre en danger la vie. Le refoulement du conflit ne peut conduire qu'à la violence généralisée, et l'enjeu auquel nous sommes tous confrontés est bien celui de l'assomption du conflit, " père de toutes choses " selon Héraclite.

  • À quelles thérapies recourir pour soulager les souffrances psychiques qui se multiplient dans les sociétés contemporaines ? Telle est la question à laquelle le psychanalyste et philosophe Miguel Benasayag tente de répondre dans cet essai nourri de sa longue expérience clinique. les thérapies psychiques individuelles ne peuvent être pensées et mises en oeuvre indépendamment d'une réflexion critique approfondie sur les mutations sociales et idéologiques de notre époque.
    À quelles thérapies recourir pour soulager les souffrances psychiques qui se multiplient dans les sociétés contemporaines ? Telle est la question à laquelle le psychanalyste et philosophe Miguel Benasayag tente de répondre dans cet essai nourri de sa longue expérience clinique. Il propose d'abord une analyse critique fouillée aussi bien des différentes variantes de la psychanalyse, en nette perte de vitesse, que des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou des traitements médicamenteux, en plein développement. Il montre que si les unes et les autres peuvent parfois servir utilement de béquilles, elles restent largement impuissantes face à la difficulté de nos contemporains à assumer un monde vécu comme menaçant et complexe : malgré leurs différences, les deux courants partagent leur incapacité à affronter les véritables changements de nos sociétés.
    C'est toute l'originalité de l'approche proposée par Miguel Benasayag : pour lui, les thérapies psychiques individuelles ne peuvent être mises en oeuvre indépendamment d'une réflexion critique approfondie sur les mutations sociétales et idéologiques de notre époque. Ce qui l'amène à développer ici la piste ouverte dans son livre
    Les Passions tristes. Souffrance psychique et crise sociale (La Découverte, 2006), où il rendait compte de son expérience en pédopsychiatrie : celle d'une " thérapie situationnelle " qui aiderait à répondre au défi principal de l'époque, être capable d'agir dans la complexité. Comme Spinoza l'écrit dans son
    Éthique, les hommes se croient libres du fait qu'ils ignorent leurs chaînes. La tâche d'une thérapie situationnelle ne consiste pas dans l'illusion de briser ces chaînes, mais dans la possibilité de les transformer en liens avec les autres, comme condition de la vraie liberté.

  • L'originalité de ce livre est d'éclairer, par l'histoire passionnante et inédite des cinq années qui l'ont précédée en Algérie, les origines de cette guerre dramatique.
    Fruit de longues années de travail, ce livre propose un récit détaillé, nourri de nombreux témoignages et de documents d'archives inédits, de cette page particulièrement noire de l'histoire coloniale française : la folie meurtrière déclenchée en mai 1945 par l'armée française et les milices de colons contre la révolte des nationalistes algériens de Sétif et Guelma. Une centaine d'Européens furent tués et... plus de cent fois plus d'Algériens. L'originalité de ce livre est d'éclairer les origines de ce drame par l'histoire, passionnante, des cinq années qui l'ont précédé en Algérie : durant la période de Vichy, puis après le débarquement américain de novembre 1942, la tension n'a cessé de monter entre le monde des colons et celui des " indigènes ". Et le " monde du contact ", formé des Européens et des Algériens qui croyaient encore à la possibilité d'une vie commune, s'est vu progressivement broyé. Jusqu'à ces journées tragiques de mai 1945, dont ils seront les premières victimes, et qui sont à l'origine des sept années de guerre effroyable que le peuple algérien devra subir pour accéder à son indépendance.

  • Paru en 1967 dans la collection Économie et Socialisme, ce livre est l'une des premières études faites par un économiste africain de la génération de l'Indépendance. Les circonstances, l'évolution politique de l'Afrique, ont fait qu'il n'a pas été suivi, dans la même direction, d'autres travaux, d'autres auteurs. C'est pourquoi cette étude scientifique des perspectives de croissance accélérée, où Afana s'efforçait de définir les conditions d'un développement efficace, reste d'une importance et d'une originalité qui, dix ans après, justifient largement une réédition, que le présentateur, Pierre-Philippe Rey, a allégée des données trop datées. Son utilité est plus importante que jamais pour les économistes, les hommes et militants politiques, sociologues ou historiens, même non africains, que l'auteur voulait atteindre.

  • Les alliances de classes ont été étudiées par les marxistes, au moins en Europe, exclusivement au niveau politique. Leur fondement économique, dans les rapports de production, n'a pas été abordé depuis Marx. Les deux textes de ce volume : « Sur l'articulation des modes de production » et « Matérialisme historique et luttes de classes », veulent combler cette lacune du marxisme (pour le premier) et en chercher les raisons (pour le second). Pourquoi une alliance entre classes et couches exploitées de modes de production différents doit-elle être une alliance définitive ? Pourquoi l'extension d'une alliance tactique entre une classe exploitée et une classe (ou une couche) exploiteuse au niveau stratégique se retourne-t-elle toujours contre la classe exploitée ? Quelles sont, au sein d'une classe exploitée, les couches qui sont naturellement porteuses de l'intérêt commun de classe ? C'est à tous ces problèmes que ce livre tente d'apporter une première réponse. Dans un monde où le prolétariat n'est jamais seul (même dans les métropoles) pour construire le socialisme et où il est, la plupart du temps, très minoritaire (dans les pays dominés), une analyse des alliances de classes, fondée sur la structure même des formations sociales et sur la lutte des classes qui révèle cette structure et non sur l'idéologie de telle ou telle organisation parlant au nom des exploités, est une arme pour les combats à venir.

  • Être évalué paraît généralement aller de soi, voire être désirable : " On m'évalue, donc je suis. " Or ces évaluations sont tout à fait paradoxales : au nom de la rétribution au mérite, elles dénient le mérite véritable et engendrent un climat délétère de concurrence et de sauve-qui-peut. Ce livre en propose une analyse originale, qui, au-delà de la critique, réfléchit aussi à des pistes alternatives.
    Dans la vie quotidienne de chacun, jeune ou moins jeune, cadre ou ouvrier, à l'école comme au travail, dans les organisations publiques et privées, au niveau des politiques publiques, etc., les évaluations se font de plus en plus pressantes, diffuses, continues. Rendre des comptes, être visible, mesurable et surtout compétitif devient l'injonction permanente, stressante et très peu mise en cause. Être évalué paraît généralement aller de soi, voire être désirable : " On m'évalue, donc je suis. " Or ces évaluations sont tout à fait paradoxales : au nom de la rétribution au mérite, elles dénient le mérite véritable et engendrent un climat délétère de concurrence et de sauve-qui-peut ; au nom de " plus d'efficacité ", elles créent une forme inédite d'inefficacité ; au nom de l'objectivité, elles écrasent les différences, standardisent, normalisent. De cette omniprésence de l'évaluation et de ses méfaits, ce livre propose une analyse originale, qui, au-delà de la critique, réfléchit aussi à des pistes alternatives en résonance avec une intuition largement répandue : la complexité de la vie sociale n'est pas respectée. Les nouvelles évaluations rendent unidimensionnelle une vie multiple, ignorent les conflits qui font le coeur de l'individu comme de la société et, surtout, prétendent être justes et efficaces en dehors de toute situation réelle, en dehors de toute territorialisation. Une réflexion essentielle pour ne pas se soumettre à cette " évaluation qui tue ".

  • Le concept apparemment neutre de " compétences " s'introduit dans les systèmes éducatifs à partir d'une vision des jeunes comme une simple " ressource ". Comment s'opposer à un processus qui nomme " émancipation " un système sophistiqué de gestion des comportements ?
    Professeure de philosophie, l'auteure de ce livre a été confrontée comme nombre d'enseignants à une forte incitation émanant de l'Éducation nationale : celle d'évaluer systématiquement les " compétences acquises " par les élèves, sur des critères préétablis. Frappée par l'utilitarisme de cette méthode, elle a voulu en savoir plus sur son origine. À sa grande surprise, elle a découvert l'omniprésence de l'" approche par compétences " dans l'éducation : depuis les années 1980, celle-ci est de plus en plus utilisée, dans les pays du Nord comme du Sud, de la maternelle à l'université, pour l'évaluation personnelle des élèves comme pour celle des systèmes éducatifs nationaux. Ce qui l'a amenée à explorer un univers méconnu : celui du " marché des compétences ", fondé sur la théorie du " capital humain ", promue par des institutions internationales comme l'OCDE et l'Unesco. Ce livre restitue l'enquête conduisant à ces découvertes et explore les voies d'une " autre école " qui, plutôt que d'armer les élèves pour une " vie moderne " standardisée, assume les défis de la situation. Il plaide pour qu'enseignants et parents encouragent, par leur éducation, les jeunes à " suivre leur chemin ", quitte à les mettre en conflit avec les principes utilitaristes qui prévalent. C'est le prix pour que ceux-ci sachent demain s'épanouir dans le monde et le transformer.

  • Connaître, c'est agir. Mais pourquoi nous est-il si difficile de réagir, d'agir, face aux graves problèmes qui menacent nos sociétés, notre santé, nos vies, la vie même ? L'auteur poursuit sa déconstruction du mythe de l'individu, ainsi que son travail sur l'éthique en tant que fragilité. L'objectif demeure : une philosophie de la situation et de l'action. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2006)
    Pourquoi nous est-il si difficile de réagir, d'agir, face aux graves problèmes qui menacent nos sociétés, notre santé, la vie même ? Serait-ce par manque d'informations, voire de connaissances ? Pour Miguel Benasayag, ce n'est pas de ce côté-là qu'il faut chercher, mais plutôt de celui des modalités de la connaissance elle-même. C'est pourquoi, dans cet ouvrage, il s'efforce de comprendre les différents mécanismes de construction de notre perception du monde, de la réalité. Et d'étudier, au-delà de toute morale, les dispositifs par lesquels on " met à distance " la réalité, en nous condamnant souvent à subir ses effets sans pouvoir agir. La vieille querelle entre déterminisme et libre-arbitre apparaît ainsi comme un faux débat. Le défi, c'est de penser la liberté réconciliée avec le destin. Jadis, l'agir dépendait de Dieu. Puis on l'a confié à l'homme, lieu de la séparation entre la connaissance, l'agir et le monde. C'est ainsi que l'agir et ses possibilités deviennent une question : depuis où agit-on ? Quelle serait la bonne optique ? Si Dieu nous condamne à une trop grosse focale, l'individu, lui, nous condamne à un zoom trop prononcé. Le paysage, qui n'est pas un simple décor où l'on déambule, pourrait être cette bonne distance pour renouer avec une connaissance qui redevient agir. Il s'agit donc de comprendre les liens des hommes entre eux, les liens qui les tissent comme éléments d'un paysage. L'auteur continue ici sa déconstruction du mythe de l'individu, ainsi que son travail sur l'éthique en tant que fragilité. L'objectif reste clair : une philosophie de la situation et de l'action. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2006)

  • De l'Antiquité grecque au XX e siècle, ce livre dséormais classique fait se confronter, pour chaque période, les représentations culturelles de la douleur, les théories médicales élaborées pour en élucider les mécanismes et les thérapeutiques mises en oeuvre pour soulager le patient.
    La douleur relève-t-elle du normal ou du pathologique ? Est-elle une sensation ou une émotion ? Elle demeure pour l'homme une énigme. Il la ressent comme incompréhensible ou incommunicable, irréductiblement singulière. Pourtant, cette expérience partagée par tous revêt aussi une dimension sociale et culturelle. Mal absolu à fuir à tout prix pour la plupart, signal d'alarme utile pour certains, source de valeur morale et de connaissance de soi pour d'autres, la douleur a fait l'objet, au cours des siècles, d'approches multiples et contradictoires. C'est l'évolution des savoirs et des pratiques en Occident que Roselyne Rey retrace dans ce livre original. De l'Antiquité grecque au XXe siècle, elle confronte pour chaque période les représentations culturelles de la douleur, les théories médicales élaborées pour en élucider les mécanismes et les thérapeutiques mises en oeuvre pour soulager le patient. Cette mise en perspective, d'une grande précision historique et d'une remarquable érudition, fait ressortir l'extraordinaire transformation du rapport des hommes à la douleur, les progrès accomplis dans sa compréhension et, de manière inégale dans son traitement. Par son approche pluridisciplinaire, cette histoire de la douleur s'adresse autant aux historiens et au médecins qu'au grand public cultivé.

  • Cet ouvrage, qui, au départ, est le produit d'un travail pratique sur le « terrain », débouche sur une critique extrêmement poussée et originale de la pensée économique bourgeoise, même sous ses formes les plus récentes. Pour l'auteur, cette démarche est une nécessité pour tous. L'idéologie bourgeoise domine tout notre paysage intellectuel. Ceux qui croient y échapper, sans s'être donné pour première tâche de la critiquer et de lutter contre elle, ne font que la reproduire et la renforcer à leur insu. L'ouvrage, en étudiant le système lignager, propose une analyse minutieuse du procès d'articulation entre système lignager et système capitaliste, considérés comme modes d'exploitation. La problématique employée prend le contre-pied de la problématique de l'économie vulgaire et de la transposition de cette problématique par Sartre.

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