Littérature générale


  • Un garage au milieu de nulle part, dans le nord de l'Argentine.

    La chaleur est étouffante, les carcasses de voiture rôtissent au soleil, les chiens tournent en rond. Le révérend Pearson et sa fille Leni, seize ans, sont tombés en panne ; ils sont bloqués là, le temps que la voiture soit réparée. El Gringo Brauer s'échine sur le moteur tandis que son jeune protégé Tapioca le ravitaille en bières fraîches et maté.
    Dans ce huis clos en plein air, le temps est suspendu, entre deux, l'instant est crucial : les personnages se rencontrent, se toisent, s'affrontent. C'est peut-être toute leur vie qui se joue là, sur cette route poussiéreuse, dans ce paysage hostile et désolé, alors que l'orage approche.
    Selva Almada signe ici un premier roman époustouflant de maîtrise, dans une prose sobre, cinématographique, éminemment poétique.


  • Deux ados sont étendus au milieu de la fête foraine, au pied de la grande roue. C'est l'aube. La bagarre a mal tourné, ils ont sorti les couteaux...

    Sous le ciel blanc et vide, les vies défilent, singulières et pareilles, et les mystérieux enchaînements qui ont mené au drame.
    Pajarito Tamai et Marciano Miranda étaient pourtant amis. Tous deux fils de fabricants de briques, ils sont voisins, nés à quelques heures d'intervalle dans la même clinique de l'intérieur argentin, ils grandissent ensemble et font les quatre cents coups. Jusqu'à ce qu'un malentendu les sépare et en fasse des ennemis jurés à l'école primaire. Comme leurs pères avant eux.
    Puis arrive Ángel, le beau gosse, le frère de Marciano, qui ne ressemble à aucun autre, qui n'aime pas les gringas, ni peut-être les filles en général. Et c'est encore pire...
    Sous un soleil de plomb qui fait enrager, Marciano rêve de vert et d'eau, Pajarito ne comprend pas ce qui lui arrive, le destin compte les points entre la discothèque et la fête foraine et attise les haines en attendant son heure.
    Tragédie rurale au cordeau dans la grande tradition américaine, histoire d'amour et d'une violence que rien ne peut conjurer : ce deuxième roman de Selva Almada prouve s'il en était besoin qu'elle a un talent fou. Et qu'elle sait faire du cinéma.
    "Une des voix les plus fortes et les plus intéressantes de la jeune littérature hispano-américaine [...]. Selva Almada réussit un texte solide, brillant, extrêmement riche et de grande ampleur." - El Cultural
    Selva Almada est née en 1973 à Villa Elisa (Entre Ríos) et a suivi des études de littérature à Paraná, avant de s'installer à Buenos Aires, où elle anime des ateliers d'écriture. Son premier roman, Après l'orage (Métailié), a reçu un excellent accueil critique.


  • Années 80, dans la province argentine : trois crimes, trois affaires jamais élucidées qui prennent la poussière dans les archives de l'histoire judiciaire.

    Des "faits divers", comme on dit cruellement, qui n'ont jamais fait la une des journaux nationaux.
    Les victimes sont des jeunes filles pauvres, encore à l'école, petites bonnes ou prostituées : Andrea, 19 ans, retrouvée poignardée dans son lit par une nuit d'orage. María Luisa, 15 ans, dont le corps est découvert sur un terrain vague. Sarita, 20 ans, disparue du jour au lendemain.
    Troublée par ces histoires, Selva Almada se lance trente ans plus tard dans une étrange enquête, chaotique, infructueuse : elle visite les petites villes de province plongées dans la torpeur de l'après-midi, rencontre les parents et amis des victimes, consulte une voyante... Loin de la chronique judiciaire, avec un immense talent littéraire, elle reconstitue trois histoires exemplaires, moins pour trouver les coupables que pour dénoncer l'indifférence d'une société patriarcale où le corps des femmes est une propriété publique dont on peut disposer comme on l'entend.
    En toute impunité. À l'heure où les Argentins se mobilisent très massivement contre le féminicide (1808 victimes depuis 2008), ce livre est un coup de poing, nécessaire, engagé, personnel aussi.
    Mais c'est surtout un récit puissant, intense, servi par une prose limpide.

  • Ce n'est pas un fleuve Nouv.

    Ce n'est pas un fleuve

    Almada Selva

    Le soleil, l'effort tapent sur les corps fatigués de trois hommes sur un bateau. Ils tournent le moulinet, tirent sur le fil, se battent pendant des heures contre un animal plus fort, plus grand qu'eux, une raie géante qui vit dans le fleuve. Étourdis par le vin, par la chaleur, par la puissance de la nature tropicale, un, deux, trois coups de feu partent.
    Dans l'île où ils campent, les habitants viennent les observer avec méfiance, des jeunes femmes curieuses s'approchent. Ils sont entourés par la broussaille, par les odeurs de fleurs et d'herbes, les craquements de bois qui soulèvent des nuées de moustiques près du fleuve où le père d'un des trois hommes s'est noyé. Ils se savent étrangers mais ils restent.
    À chaque page, le paysage, les éléments façonnent le comportement et la psychologie des personnages qui confondent le rêve et la réalité, le présent et les souvenirs dans la torpeur fluviale.
    Dans cet hymne à la nature, Selva Almada démystifie l'amitié masculine, sa violence, sa loyauté. Avec un style ensorcelant, l'auteure vous emporte loin avec un langage brut et poétique où les mots et les silences font partie de l'eau.

    Ce roman est une caresse de mains rêches qui reste collé à votre peau, à votre mémoire.

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