Siegfried Mathelet

  • Depuis plusieurs années, les élites néolibérales martèlent que le Québec est dans le rouge et vit au-dessus de ses moyens. À force d'être répété, le message a fini par être largement accepté. Or, le mythe tenace qui prétend que l'état des finances publiques québécoises est catastrophique et qu'il justifie les mesures d'austérité des dernières années doit être déboulonné. Car ces mesures cachent plutôt un projet politique de privatisation accrue et de dépossession de la majorité au profit d'une minorité fortunée et des multinationales. Pourtant, des solutions existent et d'autres voies permettent de penser un Québec plus juste et solidaire. Il en est question dans le dossier central de ce numéro. À lire aussi hors dossier, une analyse de la montée de la droite en Amérique latine ainsi qu'un entretien avec Gregory Baum, théologien et proche collaborateur de Relations depuis 30 ans, un homme libre au parcours atypique. Également au sommaire, un débat sur la figure du pape François : s'il incarne un vent de fraîcheur au sein de l'Église catholique, peut-il vraiment être un agent de changement et de progrès?

  • Dans le premier essai, Siegfried L. Mathelet interprète la pointe d'islamophobie qui s'est manifestée pendant le débat sur la « Charte des valeurs » dans le cadre,posé par Fanon, des mésaventures de la conscience nationale postcoloniale. L'auteur revient sur cette discussion issue des études postcoloniales et explore les stéréotypes nativistes et islamophobes à partir des notions de « dissémiNation » et d'« ambivalence » avancées par Homi Bhabha. Il avance ainsi que cette pointe d'islamophobie accompagne une politique identitaire qui trahit le confinement du nationalisme québécois dans un état de résistance passive à l'horizon de l'impérialisme mondial et de l'État postcolonial du Canada.
    Dans le second essai, Philippe Bernier Arcand revient sur la montée récente du populisme dans la société québécoise. Il esquisse l'émergence d'un nouveau type de discours populiste. Celui-ci tisse un consensus politique en évoquant d'éventuels « ennemis » présents à l'intérieur des frontières et qui menaceraient d'infiltrer les institutions politiques. L'auteur montre comment se scelle au Québec aussi une alliance contre nature rassemblant des conservateurs et des progressistes autour de l'image fantasmée du musulman.

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