Stéphane Tessier

  • « Désolé, c'est dans ma culture ». Cette phrase, tous les professionnels en contact avec le public l'ont entendue. Que répondre ? Solitaire et coincé entre les injonctions de son institution universaliste et son engagement personnel, chaque professionnel bricole. Car ce sujet ne se parle pas. Or, pour interagir, il est nécessaire de comprendre tout ce qui se joue derrière ces mots, tant du côté des usagers que de celui des professionnels. De part et d'autre, identifier quels sous-entendus pseudoscientifiques, historiques, coloniaux, sont mobilisés et quels refoulés et stéréotypes sont convoqués. Afin d'éviter les violences symboliques et physiques, il s'agit de revisiter les relations institutions-usagers en mobilisant la notion de « situation d'altérité ».

  • Les intervenants du champ médico-social auprès des enfants et des adolescents en difficulté savent que les enfants de migrants constituent une part importante de la population concernée. De cette réalité, générant parfois incompréhension et sentiment d'impuissance, la question culturelle surgit, mais aussi la tentation d'y répondre comme à un phénomène sociologiquement limité et concernant les seuls migrants. Les auteurs de cet ouvrage, dans un paradoxe apparent, contribuent à élargir l'horizon de cette question, mais aussi à la porter au plus intime de chacun. Ils ouvrent des pistes concrètes et des repères pour outiller ces acteurs, désamorcer les crises et renforcer les postures, faisant dialoguer positivement identité et altérité dans les pratiques quotidiennes aussi bien éducatives, que sanitaires ou judiciaires. L'exigence éthique seule paraît en mesure de fonder une approche des phénomènes culturels débarrassée du naturalisme ethnologique, comme de conférer une efficacité véritable à des initiatives qui sans elle ne sauraient relever que d'une technicisation du social. Cet ouvrage a été constitué à partir des travaux du DERPAD (Dispositif public au service des professionnels de l'enfance et de l'adolescence en difficulté) et de ceux de l'association REGARDS (Repenser et gérer l'altérité afin de refonder la démocratie et les solidarités). Stéphane Tessier est médecin de santé publique.

  • Lorsqu'un enfant se précipite pour laver le pare-brise d'une voiture arrêtée au feu rouge, deux mondes se rencontrent. Celui d'une société véhiculée, consommatrice, et celui dont cet enfant témoigne. L'un comme l'autre s'ignorent et se fantasment. Alors que l'enfant des rues tente de comprendre le monde "inspiré" pour pouvoir s'y infiltrer, grappiller quelques bénéfices, comment ce même monde peut-il aborder la rue et les exclusions ? Voici un tableau aussi large que possible de ces enfants de Brazzaville à Chicago, en passant par Bogota, la Chine ou Paris.

  • Les institutions structurent la vie en société en définissant ce qui relève de leur champ ou non. Entre leurs limites se place une faille, un interstice : quel type d'intervention peut-on envisager auprès des personnes au sein de cet interstice, en dehors ou au-delà des institutions ? Trois situations sont convoquées : les enfants des rues, l'éducation pour la santé, l'éducation thérapeutique du patient. De ces interventions découle la description d'une pédagogie spécifique de l'interstice.

  • La rue, jadis espace positif de socialisation pour les enfants des villes, est aujourd'hui le lieu de tous les dangers. La marginalisation puis l'exclusion des enfants et des jeunes dans les grandes villes, leur dérive au sein de l'espace public, leur perte d'espoir que semble confirmer l'absence d'avenir sont des problèmes largement partagés au niveau international. Face à cette réalité, quelles sont les options proposées ? La remise en question de l'État-providence a rejeté sur la famille une grande partie des responsabilités auparavant collectivisées, mais que l'État ne peut (ou ne veut) plus assumer. Les familles, déjà fragilisées, n'ont d'autres ressources que de reléguer leur enfant dans un espace public vague et sans contrôle. Intermédiaire entre l'État et les familles, un réseau de soutien s'est historiquement constitué, dépassant l'ancienne conception « publique » de l'aide à l'enfance. Son extrême complexité fait apparaître l'enfant comme un enjeu au centre d'une multitude d'initiatives très localisées, d'organisations officielles, non gouvernementales, religieuses, toutes revendiquant la légitimité de sa prise en charge. Il était nécessaire de faire un état des lieux de cette mosaïque dans une perspective internationale, et d'illustrer à la fois les différentes réalités auxquelles sont confrontés les enfants marginalisés et certaines solutions proposées pour leur venir en aide. C'est le but de cet ouvrage.

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