Sylvain Venayre

  • En 1883, Pierre Loti assiste, du pont de son navire, à la prise des forts de Huê. La France conquiert l'Annam. Le récit de la bataille paraît quelques semaines plus tard dans Le Figaro. C'est un scandale. Loti est accusé de discréditer les marins et les soldats français. Sommé d'en interrompre la publication, il est rappelé à Paris et sanctionné. Que s'est-il passé ? Le jeune écrivain a-t-il montré ce qu'on a pris l'habitude de cacher à la guerre : les atrocités, la cruauté, la folie des combattants ? Ou s'est-il laissé emporter par son imagination et ses procédés de romancier ? En historien, Sylvain Venayre mène l'enquête sur une affaire dont les enjeux littéraires et politiques nous concernent encore. Car que peut-on savoir exactement des guerres qui sont menées, au loin, en notre nom ? Sylvain Venayre est professeur d'histoire contemporaine à l'université Grenoble-Alpes. Avec ce livre, il poursuit ses recherches sur l'histoire de la sensibilité au lointain (La Gloire de l'aventure, 2002 ; Panorama du voyage, 2012 ; Écrire le voyage, 2014) tout autant que ses travaux sur le renouvellement en cours des poétiques de l'écri-ture historique (Le Dossier Bertrand, 2008 ; L'Histoire au conditionnel, 2012 ; Disparu !, 2012 ; Les Origines de la France, 2013).

  • De quand date la France ? Au lendemain de la Révolution, lorsqu'il apparut que les recherches historiques ne pouvaient plus concerner la royauté seulement, mais le peuple tout entier, la question fut posée avec une insistance extraordinaire. Elle hanta les frères Thierry, Guizot, Michelet, Quinet, Fustel de Coulanges, Vidal de la Blache, Lavisse, Jullian. Les origines nationales devinrent l'objet d'une quête qui, pendant plus d'un siècle, mobilisa les meilleurs historiens du pays.
    En dix brefs chapitres suivis d'une petite anthologie, cet essai à l'écriture alerte examine les théories qui tentèrent d'élucider le mystère des origines de la France. On y reconnaîtra les Francs, les Gaulois, le baptême de Clovis, l'héritage romain, la " révolution " du XIIe siècle, celle de 1789 ou encore les débats qui entourèrent les notions de territoire, de langue et de race. On y retrouvera aussi les métaphores de l'arbre, du sang, de la famille, de la personne, du fil, du germe, du chêne, par lesquelles les historiens exprimèrent alors leurs conceptions des origines nationales.
    es conceptions font sourire les historiens d'aujourd'hui, héritiers de ceux qui, depuis les années 1930 au moins, ont brillamment dénoncé " l'idole des origines ". Mais elles demeurent présentes dans le débat public, où la dangereuse notion d'" identité nationale " a conforté leurs positions. En rappelant l'histoire de ces théories et de leur réfutation, Sylvain Venayre propose une solution élégante et savante pour les en chasser. Car faire l'histoire d'un problème, c'est sans doute la meilleure manière de commencer à le résoudre.
    Sylvain Venayre est maître de conférences habilité à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne. Il a récemment publié Panorama du voyage. 1780-1920 (Les Belles Lettres, 2012).

  • En bordure du bois de Vincennes, non loin de l'ancien palais des Colonies devenu le Musée de l'histoire de l'immigration, se cache un jardin méconnu. L'atmosphère de ses ruines gagnées par la végétation tient à son histoire. Créé à la Belle Époque pour perfectionner l'agronomie coloniale, il est rapidement devenu la vitrine de l'Empire. C'est aussi là qu'a été construite la première mosquée de France.
    Un écrivain désireux d'y trouver l'inspiration pour un roman d'aventure s'y fait accompagner par un jeune chercheur en histoire. Tous deux partent sur les traces du fantasque fondateur du jardin, l'explorateur Jean Thadée Dybowski.
    Leur promenade est l'occasion d'un vagabondage érudit et amusé dans ces lieux où se déchiffrent encore l'histoire coloniale et sa représentation. Elle est aussi le moyen d'une interrogation sur cette mémoire plus que jamais brûlante. Et si nos peurs, comme nos nostalgies, n'étaient qu'affaire de décor ?

  • À Paris, le promeneur déambule au milieu d'innombrables souvenirs de batailles livrées aux quatre coins du monde, autrefois célébrées à travers des spectacles, des monuments, ou inscrites dans la pierre ou le métal. Ces arcs de triomphe dont on n'avise plus les motifs, ces noms de rues qui n'évoquent rien, ces monuments de bronze qui verdissent, qu'en faire aujourd'hui ? Peut-être, simplement, les regarder en face. Tenter de les lire, la candeur en moins, avec la même intensité que ceux qui les ont voulus ici.
    Comprendre aussi ce qui les a rendus presque indéchiffrables. Pratiquer de la sorte une histoire de plein vent : cette histoire qui fait dialoguer le savoir et l'espace, la ville et les livres, qui accroît le désir de connaissance en même temps que le nombre des pas.
    S. V.
    Sous la direction de Sylvain Venayre
    Photographies de Martin Argyroglo
    En partenariat avec la " Petite Égypte "

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