Yves-Henri Nouailhat

  • Tourné vers l'Europe et regardant en même temps vers New York, le Québec, la plus vaste des provinces du Canada, fascine et intrigue les Français. Il est vrai que le Québec a connu l'un des plus profonds changements qu'on puisse imaginer en l'espace d'une quarantaine d'années : l'autorité de l'Église s'effondre, les liens s'établissent avec la « francophonie », le retard économique avec l'Ontario est en partie rattrapé, l'industrie hydroélectrique devient le symbole de la fierté québécoise. Cette profonde et rapide mutation est-elle à l'origine de l'éveil, au Québec, de l'idée d'indépendantisme ! 1960 et la « révolution tranquille » ont vu naître des luttes importantes pour le pouvoir entre anciennes et nouvelles élites, entre francophones et anglophones. Dans un face-à-face spectaculaire, deux Québécois : René Lévesque, premier ministre indépendantiste du Québec et Pierre Elliott Trudeau, premier ministre fédéraliste du Canada, ont défendu une solution d'avenir pour le Québec, différente. Entre la vitalité économique et culturelle du présent et le déclin de la natalité qui hypothèque l'avenir, le Québec a certes des atouts mais aussi beaucoup de défis à relever. Deux destins s'offrent toujours aux Québécois : accéder à la souveraineté en se condamnant peut-être à une dimension et un rôle réduits dans le monde ou bien tirer pleinement profit du grand espace canadien avec un système fédéral fondé sur l'égalité des francophones et des anglophones. En quelque sorte le choix entre le sentiment et la raison.

  • Dans ce volume sont présentés cinq pays, attachés différemment à une tradition démocratique en 1918 et qui, en 1989, semblent converger vers un modèle à la fois comparable par certaines institutions, et différent par la pratique liée à des cultures et surtout à des histoires récentes originales. La république fédérale américaine et la monarchie britannique puisent à une source commune, et pourtant elles changent de façon différente : le président américain n'a cessé de renforcer son pouvoir pour affronter et la crise des années Trente, celle de la guerre mondiale et surtout celle longue de la guerre froide. En Grande-Bretagne, les responsabilités du Premier ministre et de sa majorité n'ont cessé de se renforcer. En Espagne, un premier essai a échoué dans les années Trente sans doute parce que la culture politique n'avait pas encore intégré la notion d'État, à la différence de l'évolution qui suivit la fin de la dictature, la « transition ». En Italie, la monarchie de Savoie n'avait pu enraciner une vraie démocratie à cause du refus électoral des Catholiques et de l'hétérogénéité sociale, culturelle et économique du pays, dont l'unité était trop récente. En 1946, l'expérience a réussi, non à cause de l'élimination de la monarchie, mais par la constitution de quelques grands partis bien identifiés, de la possibilité d'unifier le pays par la langue contre les dialectes, par les medias, par une politique économique. En Allemagne, la république de Weimar est une expérience discutée, inachevée, dont un historien ne peut prédire quelle eût été son évolution. En 1947, le modèle démocratique a été imposé par les Américains, sous une forme fédérale, à cause de la guerre froide, et dans la partie de l'Allemagne historique qui pouvait, sans doute, en faire l'expérience le plus efficacement.

empty