Éditions de la Sorbonne

  • Cet essai de synthèse est consacré à l'historiographie du Maghreb contemporain. Qui a écrit, et qui écrit l'histoire de l'Afrique du Nord, devenue Maghreb, depuis la fin du XIXe siècle ? Un demi-siècle après les indépendances, sans doute est-il nécessaire de revenir sur ce champ de recherches extrêmement idéologique. L'historiographie du Maghreb en langue française se présente comme une succession de séquences politiques et idéologiques qui se chevauchent rapidement. Pour éclairer ces interrogations, Pierre Vermeren dresse le portrait des générations d'historiens et autres spécialistes de ce champ. Cette histoire d'hommes, d'écoles et de réseaux est d'autant plus nécessaire, en ce début de XXIe siècle revenu des grandes idéologies, que la cohorte des historiens du Maghreb est résiduelle. Cette peau de chagrin scientifique peine à dépasser le cadre des spécialistes de la guerre d'Algérie. Or l'histoire de la région ne s'est pas arrêtée en 1962. En dépit de la forte demande sociale des héritiers et porteurs de cette histoire, le Maghreb s'est-il échappé du champ des préoccupations françaises ? Et pourquoi ?

  • Voici un livre qui manquait. À travers une étude extraordinairement minutieuse, savante, documentée, Vincent Lemire ouvre de nouvelles fenêtres sur l´histoire d´une ville qui, à force d´être trop connue, a fini par être, à tant d´égards, méconnue. Et, au fil de ces pages où se rejoignent au plus haut degré les vertus exigeantes de l´érudition et un rare sens de la synthèse, le lecteur se confronte à l´Histoire dans ce qu´elle a de plus fondamental, au confluent de la nature et de la culture.

  • L´Europe des Français est un livre d´histoire permettant aux lecteurs de saisir en profondeur les raisons d´agir des gouvernements provisoires de la République française (GPRF) puis de la IVe République, des milieux économiques et politiques, des hauts fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères, de l´Économie et des Finances, du Commissariat général du plan. Dans le domaine de l´unité européenne. Il s´appuie sur un travail en archives aux États-Unis, en France et en Suisse. Cette IVe République, si critiquée pour ses institutions et pour ses guerres coloniales, a su néanmoins redonner un sens à la modernisation du pays et à sa politique étrangère en se lançant dans les constructions de l´Europe, de l´OECE au marché commun en passant par la CECA, l´UEO et la CED, ce qui signifie l´ouverture européenne, l´ouverture commerciale, la coopération contractualisée, le croisement des intérêts financiers, le développement d´une société d´abondance et de protection sociale, bref la paix ! Certains échecs, tel que la CED, montrent que les Français sont des Européens raisonnables à condition que l´unité de l´Europe soit en accord profond avec l´aspiration des Français à la sécurité économique, sociale, politique, au rayonnement traditionnel de la France en Europe et dans le monde en termes de langue, de culture, de modèle social, et à l´idéal de liberté et de fraternité entre les peuples. Ainsi la construction de l´Europe est-elle en définitive une aventure réussie de la IVe République en dépit de l´échec de la CED car elle a respecté, grâce au travail de Robert Schuman, de Jean Monnet, de Pierre Mendès France, de Guy Mollet, de Félix Gaillard et du général de Gaulle en définitive, l´aspiration des Français à la sécurité, au rang et à l´idéal. Les mobiles de l´unité européenne ainsi décrits sont probablement une tendance lourde du comportement de la société française. Il y a danger à les ignorer.

  • Ce livre rend compte des réflexions d´historiens européens sut la question primordiale de l´identité et de la conscience européennes. Un certain doute vient de saisir les Européens après la chute du mur de Berlin. L´Union Economique et Monétaire ne semble plus si aisée ; les guerres internationalités en Europe balkanique reprennent. L´Europe de l´Est rêvait d'un passage en douceur à l'économie de marché et à la prospérité. Or de larges fractions de la population souffrent. L´appel à la Communauté économique européenne n´est pas entendu. Après le rideau de fer, voilà que tombe un rideau de dollars, tandis que les Balkans s´embrasent. Sarajevo, encore ! Des historiens européens se sont réunis pour tenter d'élucider les regards que les peuples et les élites d´Europe se portent mutuellement depuis le début du siècle. Ils nous disent que derrière le mot Europe se cachent en fait de puissantes aspirations nationales. Et pourtant l´Europe existe, pas seulement comme un mot sur un atlas, mais aussi dans l'imaginaire, les discours et les pratiques sociales ou culturelles de nombreuses populations européennes. Mais en même temps elle est insaisissable, sinon le temps d'une conférence ou d'un livre sut l´Esprit européen. Elle meurt en 1919; elle vivait donc ! on la souhaite active en 1992 pour résoudre les conflits européens ou mondiaux. Référence obligée. L´Europe n'est pas la même pour chacune des grandes nations, pont chacun des groupes sociaux dans cette nation. Ne serait-elle que le souvenir pieux d'un glorieux passé chrétien et impérial ? Les historiens européens ont mené l´enquête avec profondeur et compétence dans le passé proche des grandes nations de l´Europe occidentale et orientale. Ils n'ont pas trouvé l´Europe, mais des images brisées ou variées de l'idée d´Europe. Le regard qu'ils portent sur les nations européennes éclaire parfaitement les ambiguïtés actuelles. L´unité de l´Europe n'est pas inéluctable. Elle est indispensable.

  • Paris, Ville Lumière, miroir du monde, Babel des temps modernes, voilà l´image que nous a léguée le XIXe siècle. Exilés, sans-patrie, poètes, romanciers, peintres, musiciens, étudiants y ont trouvé refuge. De telle manière que tous ces étrangers de Paris ont constitué le Paris des étrangers. Mais après le traumatisme de la Deuxième Guerre mondiale, Paris est-il toujours la capitale des libertés ? Les victimes des révolutions et des répressions ; se dirigent-elles encore vers la capitale de la France ? Paris reste-t-il ce centre de légitimation intellectuelle et culturelle qu´il a si longtemps été ? Quel rôle joue-t-il dans le monde pour la création artistique, la musique, le cinéma, l´édition ? Quel accueil réserve-t-il à ceux qui pensent y trouver un moyen de subsistance ? Les vingt-trois contributions de ce livre, poursuite d´un projet amorcé en 1987 à l´initiative du professeur Jean-Baptiste Duroselle (1917-1994), fondateur de l´Institut d´Histoire des Relations internationales contemporaines, s´efforcent de répondre à la question du pouvoir d´attraction de Paris depuis 1945 : elles jettent des éclairages variés, contradictoires, complexes, qui interdisent des conclusions univoques. Chaque jour, un congrès, un sommet international, une vague touristique, une révolution ou un drame dans le monde, un afflux d´étudiants, de nouvelles dispositions d´entrée sur le territoire viennent modifier le paysage d´un Paris des étrangers qui demeure d´une extraordinaire diversité. Italiens, Espagnols, Catalans, Portugais constituent l´immense apport latin à la France, qui n´a cessé depuis la fin du XIXe siècle. Mais l´Europe centrale et orientale est également présente, avec les différentes composantes de l´Union soviétique (Russes, Arméniens, Géorgiens), les Hongrois, les Polonais, les Roumains ou les Tchécoslovaques. Les anciennes colonies françaises ne sont pas absentes : l´Afrique du Nord et l´Afrique noire ont marqué Paris, et réciproquement, que leurs ressortissants s´y soient formés, qu´ils s´y soient déterminés contre leur colonisateur ou qu´ils aient contribué à sa construction et à son entretien. Mais Paris, c´est aussi le monde entier, avec ses Américains, ses Latino Américains, ses Chinois et tous ceux qui auraient eu légitimement leur place si le temps et l´espace avaient été suffisants. À travers l´étude du passé récent, il s´est agi de poser les jalons d´une dédramatisation de phénomènes millénaires et de réhabiliter le concept de « creuset », instrument indispensable d´une intégration, lace aux exclusions, qui ne peuvent que créer de redoutables ghettos.

  • Première source d'énergie après la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la fin des années 50, le charbon est la clé de voûte des relations économiques et diplomatiques entre les États-Unis et l'Europe de l'Ouest. Indispensable à la reconstruction, nécessaire à la stabilisation en Europe, il offre la possibilité aux États-Unis, de par leur influence politique et économique, de structurer un marché. Après 1945, ce marché charbonnier fut tout à la fois à l'image du « monde libre », l'expression du nouvel ordre économique international et de l'intégration européenne. À l'European Coal Organisation (ECO), créée par les Anglais et les Américains en 1945, succéda la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) en 1952, alors presque copie conforme. L'Europe si diverse dans ses politiques économiques oscilla face à cette puissance selon les circonstances. En 1958, la grave crise charbonnière met en valeur une mutation de source d'énergie retardée depuis la Libération, et actualise une autre Communauté Européenne.

  • Ce livre se veut un bilan des travaux d'un réseau international de cent quatre-vingts chercheurs qui ont participé à un programme de recherche sur le thème « Identités et conscience européennes au XXe siècle ». Dix chapitres s'interrogent sur l'étonnant paradoxe de la fin du XXe siècle, entre l'accélération de la construction de l'Europe, considérée par tous comme irréversible, et la faiblesse relative du sentiment européen, le « déficit d'imaginaire » qui l'accompagne. Ils s'attachent à cerner les rapports divers, ambivalents, parfois convergents entre identité européenne et identités nationales, entre identité européenne et identité « occidentale ». En abordant les milieux (cercles économiques, élites, intellectuels...) et leurs mécanismes identitaires, de même que les vecteurs de l'identité (mémoire, phénomènes religieux, institutions...), les auteurs montrent combien la construction de l'Europe s'insère dans des équilibres identitaires qu'elle contribue aussi à créer.

  • Alors que la guerre fait encore rage en Syrie et que les sociétés de la rive sud de la Méditerranée hésitent entre protestation ouverte et crainte de la violence d'État, il importe de saisir la place qu'occupent les morts de guerre dans ces pays du Proche et du Moyen-Orient, où ils paraissent si intimement liés à la culture politique. À chaque fois, ici comme ailleurs, que ce soit lors d'assassinats politiques, lors de massacres accompagnant une guerre civile ou sur des champs de bataille, il faut que les morts de guerre fassent sens, pour que leur potentiel de destruction soit affaibli. C'est pourquoi ils sont si importants à étudier pour comprendre ces sociétés car ils nous informent sur la fabrique du social, sur ses dynamiques de cohésion comme sur les tensions qui la traversent, notamment à l'occasion des processus de construction mémorielle dont ils sont l'objet. Beaucoup de ces morts sont des civils ; tous sont dits « martyrs ». L'omniprésence de cette figure confère aux morts de guerre une charge de sacralité religieuse qui les rattache à des univers symboliques nourris d'imaginaires religieux, ici essentiellement sunnite mais aussi chiite ou chrétien. Il importe de les regarder de près pour saisir l'épaisseur historique de ces constructions ainsi que leur intense imbrication avec les processus sociaux et politiques en cours.

  • Pour la première fois en français, ce panorama comparatif de l'image symbolique et de l'histoire culturelle des principales capitales européennes est le fruit des recherches d'historien(ne)s, d'historien(ne)s d'art, de musicologues, d'historien(ne)s du livre et de la littérature. Dans une grande Europe de la France à la Russie et de l'Allemagne à l'Espagne ou l'Italie, l'analyse comparative s'étend sur plus de deux siècles. Elle permet de revisiter le cas parisien, exceptionnel certes, mais aussi modèle pour d'autres nations plus récentes ou repoussoir pour des espaces qui répondent à d'autres logiques urbaines. La confrontation des disciplines permet des liaisons nouvelles du politique à l'artistique, du symbolique au mémoriel, de l'échelle locale à l'échelle nationale, des institutions aux pratiques sociales et aux stratégies des créateurs. Ces deux siècles voient le passage d'une culture dominée par des élites restreintes à une société où les cultures s'ouvrent, se diversifient et se chevauchent. Ils sont marqués aussi par la concurrence croissante entre un modèle traditionnel encore vivace dans les arts élitistes (peinture, musique, etc.), fondé sur la dialectique de la Cour et de la Ville, et un modèle plus contemporain, où les métropoles sont, de plus en plus, des points de passage entre des réseaux, à la fois rivaux et interdépendants de production et de diffusion des biens culturels reproductibles et largement diffusés (livre, spectacles...).

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