ÉLP éditeur

  • Les portraits féminins en littérature m'ont toujours passionnée. Dans mes lectures, je suis sensible à l'équilibre complexe qui forge l'âme des personnages. Plus l'héroïne semble vraie, plus elle m'émeut. Combien de fois ai-je cru à mon amitié possible avec Élisabeth (Orgueil et préjugés, Jane Austen), Kitty (La passe dangereuse, Somerset Maugham), ...



  • De quoi parle l'oeuvre de Julien Quittelier ? Eh bien elle parle de nos esprits dégorgeant l'absinthe du missel qui firent du Seigneur les reliques satanes... bien qu'ils eurent prédit leur déréliction: un halo de science et tels que des platanes nos chairs en des lambeaux saints d'irréligion. Autrement dit, la religion décline et le phénomène est tellement avancé qu'il n'est même plus intéressant (ou inspirant, ou poétique) de s'en affliger. Alors, comme souvent chez les nostalgiques du fait religieux douloureusement conscients du fond bétonné et irrémédiable des sécularisations contemporaines, le poète va faire ici flèches de tous bois conceptualisables. Les dieux et entités des différents polythéismes antiques, accompagnés par Belzébuth (pour ne signaler que lui) vont danser une tarentelle endiablée. C'est la tempête, la déroute, la fantasia paniquée, le grand tourbillon. Nous ne somme pas ici dans du religieux (encore moins dans de l'irréligieux ou de l'anti-religieux) mais bel et bien dans du post-religieux.




    Vespéral de l'être c'est le soir qui tombe sur l'étant religieux. Le crépuscule des théogonies... Et ça prend l'allure d'une cacophonie si épouvantée qu'elle en devient grandiose. Il faut bien lire ce recueil et bien ne pas le comprendre. Ce sont les choreutes horripilés des temps anciens qui nous crient depuis leur caverne idoine, bêtes fatalement blessées, leur inaptitude insondable à s'immiscer dans le chas cuisant de l'aiguille acide de toutes nos modernités impavides.




    Vespéral de l'être est une oeuvre monumentale qui confine au sublime. Poème après poème, nous plongeons dans un univers aux relents du passé tout en étant plongé, comme l'auteur lui-même, au coeur de l'Europe contemporaine. Celui-ci a inscrit en sous-titre OEuvre littéraire complète. Permettez à l'éditeur d'en douter car une telle oeuvre ne saurait être complétée...

  • Un homme

    Christina Mirjol

    « Les uns et les autres ne connaissent pas, dit l'homme, la glace que nous portons la nuit sur nos épaules, qui croît pendant nos rêves, nous entoure d'une calotte d'un crépuscule à l'autre. Ils ne savent rien de ça, ils vont ici et là, se déplacent comme des bulles. »
    Un homme, le roman de Christina Mirjol, retrace en trois chapitres les conditions de survie héroïques d'un homme sans domicile. Ce parfait anonyme, ce naufragé des rues, on le devine d'emblée, est choisi par l'auteure parmi des centaines d'autres.
    C'est dans le contexte glacial de l'hiver 2012 en Europe, au milieu d'une foule attendant l'ouverture des portes d'un cinéma, que survient la rencontre déchirante entre l'homme et un couple. Une femme et son mari, tous deux en proie au froid, sont saisis de stupeur devant l'apparition de cet homme peu vêtu : « Une veste trop petite et ne couvrant qu'à peine la longueur de ses bras, pas de gants. ». L'empathie que déclenche cette tragédie du quotidien (le froid intolérable amplifiant les projections et la vision poignante entraînant les hantises), débouche sans crier gare sur le dernier chapitre. On n'entend désormais plus que la voix de l'homme. Dans son humanité, l'homme parle à son caddie, à ses membres qui ont froid, à sa pauvre jambe gourde. Dans l'univers glacé qu'il s'apprête à traverser, les grues qui barrent le ciel et les tours impassibles de la Grande Bibliothèque encouragent son périple, contiennent le vent violent... S'amorce au petit matin, sous un ciel bleu acier, l'épopée d'un invisible.
    Dans son recueil de nouvelles, Les invitées, Christina Mirjol abordait le phénomène de la mort sous toutes ses facettes et selon son impact sur les (sur)vivants. Dans ce deuxième ouvrage publié chez ÉLP éditeur, elle traduit la dimension épique de l'homme dans des conditions extrêmes, sa déambulation quotidienne obligatoire, pour ne pas mourir de froid, pour trouver une place à l'abri, pour s'isoler des regards indiscrets, pour continuer à être Un homme...
    Ses autres romans, Suzanne ou le récit de la honte (prix Thyde Monnier, la SGDL, 2008), Dernières lueurs, et le recueil de nouvelles Les petits gouffres (prix Renaissance de la nouvelle, 2012) sont publiés au Mercure de France.

  • Une jeune femme, mère de deux filles, cherche à relier l´émerveillement et le quotidien dans sa vie. Elle rêve, aspire et désire développer plus de qualité d´être et moins de quantité de toutes sortes de choses. Sa relation amoureuse étouffe peu à peu ses rêves. Pour s´en délivrer et briser les chaînes des limites, elle devra passer par une transformation « X, Y, Z », reculer les frontières de ses doutes afin de créer l´énergie vitale pour oser le changement.
    Un récit qui démontre que l´écoute du coeur est plus bénéfique pour s´épanouir que celle des conditionnements acquis et des raisonnements coupés de la voix de ce même coeur. Lorsque la vie du quotidien se joint aux aspirations profondes, l´unité s´installe et apporte le contentement.
    Carolle Anne Dessureault est passionnée par le développement de l´esprit. Tout en oeuvrant dans le domaine administratif et celui des relations publiques, elle a acquis en parallèle une formation en psychosynthèse, programmation neuro-linguistique, auto-hypnose et art oratoire. Elle livre ici un essai-témoignage sur l´aspiration à reconnaître la présence du moi intérieur et ses conséquences positives dans le quotidien. Depuis son plus jeune âge, elle s´intéresse au bien-être qu´apporte l´attention vigilante à ce qui est. Carolle Anne Dessureault a publié Infinitifs, poésie en prose (1987), chez Le Citoyen. Elle est aussi l´auteure de la Route de la vie, sorti en 1995 aux éditions Un Monde différent. En 1993, elle a collaboré au livre Vive la famille (1993) publié par Fides (Canada). Elle a de plus écrit quelques centaines d´articles dans différents blogs et webzines.

  • En plein hiver sur le haut plateau du Sauveterre, un homme fuit son passé, et n'ose pas imaginer autre chose pour lui qu'un avenir de clandestinité. Mais une rencontre avec un étrange couple le forcera à se regarder en face, et à prendre, pour la première fois de sa vie, une décision sans écouter autre chose que ses désirs. Pendant ce temps, à une journée de marche vers le sud-est, dans un hameau perché loin au-dessus du monde, d'autres gens attendent et espèrent. Ces attentes et espérances, celles de l'un comme celles des autres, seront appelées à se compléter, par-delà le mur fracassant d'une tempête d'où surgiront toutes sortes de hideux fantômes. Le grand point sera de survivre à la nuit qui vient.

    Alain Lasverne : « Allan E. Berger déroule sa prose du côté de Sauveterre, un coin du sud bien sauvage, entre Montaillou village occitan (Le Roy Ladurie) et Pays perdu (Jourde), dirait-on. Il a léché sa plume pour bâtir un joli conte plein de poésie, et l'histoire d'amour entre la démunie et le réprouvé marche à l'amble, comme l'hiver qui se couche lentement sur leurs terres. Son vrai propos est de nous faire voir ce pays rude et attachant où l'existence, au siècle dernier, n'était pas des plus faciles pour les gens de peu. Un peu poète, un peu ethnologue, il fait progresser le récit à coups de belles formules descriptives frôlant parfois le fantastique et nous fait sentir la puissance de la nature que nos âmes citadines ont oubliée. »

  • À l'heure du virage numérique, nommer correctement les documents et les dossiers est indispensable au repérage, à l'efficacité et au travail d'équipe. Pourtant, sur chacun des deux milliards d'ordinateurs dans le monde se trouvent des centaines, voire des milliers de noms de fichiers indéchiffrables. Les auteures proposent de troquer la confusion et l'improvisation contre une méthode de nommage pratique et souple. Des astuces, des outils et des exercices ponctuent l'ouvrage. Bien que cet ouvrage s'adresse aux professionnels, enseignants et étudiants des disciplines telles que les sciences de l'information, l'informatique de gestion, l'archivistique, la gestion des documents (records management) et la bureautique, il trouvera un écho favorable auprès des citoyens aux prises avec la gestion quotidienne de leurs fichiers bureautiques. Grâce à l'approche pédagogique et multidisciplinaire adoptée par les auteures, chacun y trouvera son compte.

  • Fermez les yeux. Sombrez. Le monde extérieur s'efface. Votre conscience se brouille. Combien êtes-vous, finalement, à résider dans votre château intime ? Qui vient de se lever tandis que vous êtes allongés ? Qui dirige maintenant ? Qui a pris le trousseau de clés ? D'autres hantent les couloirs de votre demeure. Vous dormez, locataire. Sous terre, dans un monde parallèle à celui du sommeil, la nuit perpétuelle déroule ses magies. Des comportements étranges s'y développent. La conscience se double d'inconscience, la voix de Dionysos se superpose à celle d'Apollon. Dans les couloirs secrets sous les villes ou dans l'obscurité des grottes, toutes sortes de rencontres qui, d'ordinaire, ne quitteraient pas les domaines du conte et du rêve, deviennent absolument, irrémédiablement jouées. Là-dessous, votre lampe, en repoussant l'ombre, n'y dévoile que de la pénombre, après tout, alors vos pensées s'en teintent. Je vous propose un petit voyage à l'intérieur de la terre. Vous y découvrirez des rites et des architectures étranges. Y règnent des mots qu'on ne saurait cerner que sur le divan du psychanalyste. Voici vos antipodes, qui pourtant vous fondent et vous structurent. Au grand jour, vous vous en nourrissez. Plus de détails et des extraits sur le site de l'éditeur...

  • « Lorsqu'il fut établi que personne ne serait en mesure d'empêcher l'Armée de Secours de foncer dans le tas tête baissée, les soldats expérimentés d'Asia les prirent de vitesse. Ils se sacrifièrent pour réussir une percée dans les défenses ennemies. La plupart d'entre eux furent cueillis en pleine charge par les armes de jet de l'Élysée. Leur mort permit de créer une petite brèche dans laquelle la horde de femelles s'engouffra, massacrant à tour de bras, de l'intérieur, les forces de l'Élysée. C'était comme si des siècles à contenir leur animalité derrière des sourires charmeurs, une coquetterie forcée et des putains de cérémonie du thé à la con explosaient tels des pieds bandés lotus d'or enfin libérés. De mémoire militaire, jamais on ne vit un tel carnage sur un champ de bataille. »

    Dans cette suite du Chevalier à la canne à pêche, l'écriture de Guilhem est un triomphe de la rencontre de l'Heroic Fantasy et de l'humour. Savoureusement imaginatif et d'une qualité d'évocation remarquable, son récit nous emporte dans cette mascarade lumineuse où tout est possible et où la surprise de lecture, atterrée et joyeuse, est omniprésente. L'imagination débordante de cette saga titanesque pousse, comme irrésistiblement, à une lecture dévoratrice. Guilhem signe là un deuxième tome à sa Saga de l'Antévers à la hauteur de nos espérances les plus folles.

  • Avec comme fil conducteur un ensemble d'élèves et Renée, leur professeur de mathématiques, ce roman atypique raconte une année scolaire en un ensemble de petites saynètes, réalistes, certes, mais qui comportent une touche de fantastique, surtout en ce qui concerne l'ascenseur du Collège de Rimouski, où il semble se passer des choses étranges. Parfois un beau rêve, parfois une horreur sans nom, chacun y vit sa propre aventure, traumatisant plus ou moins tous ceux qui ont l'idée saugrenue de s'en servir. Et toujours ils arrivent en retard pour leur cours de mathématiques, ce qui exaspère Renée au plus haut point. Autour de ces péripéties ascenseuresques, un retour aux sources, des réunions, des partys , des examens, tout ce qui tourne autour de la vie scolaire d'adolescents entre 17 et 20 ans et de leur professeur. Ce Conte d'ascenseur se lit avec plaisir, un peu comme on mange une glace... même si c'est glacé ou glacée d'effroi qu'on en ressortira, parfois, avec cet ascenseur qui traumatise chacune des personnes qui ont la mauvaise idée d'y pénétrer... Née dans la région de Montréal, l'adolescence de Marie-Andrée Mongeau a été façonnée par le Collège de l'Assomption, ses professeurs, ainsi que ses confrères et consoeurs de classe (qui la qualifiaient de « spéciale »). Puis, l'appel du large se fit sentir et elle déménagea à Rimouski pour faire ses études à l'Institut maritime du Québec, en mécanique de marine. Tant qu'à être « spéciale »... Elle a navigué de nombreuses années, avec délectation, sans jamais avoir regretté son choix de carrière. Embauchée par la suite comme enseignante, toujours à l'Institut maritime, elle a pu partager sa passion, tout en continuant à naviguer entre deux sessions de cours. Et toujours, son petit carnet d'écriture l'a accompagnée. Après avoir fait plusieurs séjours prolongés en France, elle s'est établie « définitivement » dans la campagne profonde sise à cheval entre la région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Elle y est, elle y reste. Avec délectation. Conte d'ascenseur est son premier roman. Deux extraits emblématiques sont à lire sur le site de l'éditeur, en suivant ce lien.


  • Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles :


    « Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
    Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
    Un chant plein de lumière et de fraternité ! »

    « Il n'est point d'humanité que je ne puisse assouplir lorsque, banquetante, elle se fait confidente, et les préventions dont se bardent nos tristes bourgeois - les imbéciles gigots! -, je les fais tomber sous les coups de bélier de ma simple évidence : vivre, c'est aimer. Ceci dit, je ne puis rien pour un politicard. »
    Nicolas Hibon rend ici un culte soutenu à Bacchus par l'intermédiaire d'un de ces personnages ahurissants dont il a le secret, un quidam suicidaire requalifié en prêtre d'une église abandonnée. S'attroupent en ouailles attentives et bénévolentes d'autres âmes marginales, et les anciens dieux resurgissent. « En cet ouvrage enfin un prêtre m'honore, et revivifie mon saint sang à grands coups de gobelets qu'il offre sans discrimination, généreux comme une source, à toute personne qui a soif d'être enfin acceptée et reçue pour ce qu'elle est. Alors les masques tombent. Mais pas que... Les culottes aussi. »
    Mais pas que. Une cloche aussi. Et beaucoup de préventions. Allons, que le vin coule à flots, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

    « En toi je tomberai, végétale ambroisie,
    Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
    Pour que de notre amour naisse la poésie
    Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! »

  • Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d´Orphée présente trente images (qu´on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d´un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l´image et la petite épigramme s´intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L´imagier prend la photo et l´intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s´intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, notre imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d´un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l´imagier.
    Les photographies naturalistes d´Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l´exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu´un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d´Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l´ode, de l´élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l´intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s´approprie Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l´âme et la sagesse. La poésie n´est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c´est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C´est pas le devoir qui prime. C´est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l´image.
    Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L´idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s´affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c´est certainement passablement bucolique. C´est un hymne inconditionnel d´amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n´appartiens à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.
    Après L'imagiaire Vergner publié chez le même éditeur, venez avec nous rêver et rimailler dans L´Imagiaire des pimprenelles.

  • Lucie, jeune femme romanesque, rêve de l'amour idéal, tel que véhiculé par les romans légers de la toute puissante maison d'édition Baldaquin. Ce massif conglomérat littéraire produit industriellement des romans-savonnettes parfumés qui permettent à son lectorat en transes de s'évader. Lucie, comme des milliers d'autres, s'en délecte. Mais elle veut aller plus loin : lorsqu'elle décide de prendre son imaginaire à bras-le-corps, son expertise littéraire et sa vaste expérience de consommatrice Baldaquin lui seront indispensables pour rédiger un roman de son cru qui, naturellement, sera bien supérieur à la moyenne.



    Elle se rendra bientôt compte qu'il n'est pas si facile d'écrire selon les règles strictes de l'éditeur sans s'enfoncer dans le piège de la guimauve mouvante. Entre ses tentatives d'écriture, ses fantasmes personnels et sa banale réalité qu'elle tente maladroitement de faire entre dans le moule Baldaquin, on est entraîné dans un tourbillon aux bouffées bonbons parfaitement irrésistible.

  • À sa manière

    Loana Hoarau


    Je suis entré. J'ai attendu vers l'entrée, puis je me suis dirigé lentement vers le bureau d'accueil. La personne derrière, une femme blonde, les cheveux courts, tapait sur son clavier d'ordinateur, et ne m'a pas regardé. Elle a seulement dit "C'est pour quoi ?" J'ai dit que je venais déposer une plainte. Elle a dit "De quel genre ?" J'ai dit Une plainte pour des coups et blessures. Elle a continué à m'ignorer. J'ai dit "Et aussi pour viol". La personne à l'accueil ne m'a regardé qu'une fois après avoir dit « pour viol ». Elle m'a fait répéter, comme si elle entendait ça pour la première fois, de la bouche d'un homme.


    /> Elle a eu un petit sourire, d'un quart de seconde. Comme si c'était un réflexe. Comme si ce n'était pas normal. Je pense qu'elle l'a regretté de suite, et qu'elle s'en est voulue, parce que que c'est là qu'elle a vu mon visage pour la première fois, un visage mordu par les privations et des douleurs. Elle s'est levée, elle a vu mon corps décharné. Elle m'a encore fait répéter, pour être bien sûre "Vous dites pour viol ?" j'ai opiné du chef. Elle a continué "Vous savez qui est votre agresseur ?" J'ai encore opiné et j'ai lâché le morceau "C'est mon frère.

    Le charme de Loana Hoarau, c'est qu'elle sait comment nous présenter calmement les réalités les plus cruelles qui cernent notre univers ordinaire... Après Exuo, qui nous a laissé tous pantois, voici le tout dernier roman de cet auteur remarquable.

  • Ma Syrie, c'est celle du désert, de ce lieu qui est à la fois austère comme peuvent l'être les étendues de pierres où l'on ne sait que survivre, et doux comme un havre à l'écart du tintamarre des cités, comme un thé à la menthe bu devant un feu, la nuit. Dans ce lieu si exigeant et pourtant si séduisant, ...

  • Dans une province française mi-villageoise mi-urbaine, carrefour de toutes les influences, certains cherchent leur étoile : une jeune femme démarrant autant dans l'enseignement que dans l'apprentissage de la vie ; un marginal désabusé, prostré sur un banc ; deux adolescents, l'un solaire, l'autre lunaire ; un bibliothécaire aux éternelles chaussures jaunes et une dame âgée avec une étrange manie. Leurs regards et leurs vies se croisent. La pulsion des attirances mutuelles vibre. Ces quelques êtres ordinaires seront-ils suffisamment audacieux pour que les amours secrètes cèdent la place aux vérités ?
    Le style de Johanna Petit est d'une savoureuse imprécision, se situant quelque part entre le vieux San Antonio et la fraîche Fred Vargas. On retrouve un certain souffle de polar mais sans patatras particulier, sans crime, sans meurtrier, si ce n'est une solitude qui tue à petit feu. Avec son style unique, ce roman choral, caméra à l'épaule, libère la vie. Il la libère des contraintes narratives, il la distancie des lois des genres, et il laisse le sang et les larmes dans les replis fielleux de leurs différentes pochettes. Le regard bienveillant de Johanna Petit nous fait tranquillement palper ce qu'il y a de si vaste ici, juste ici.

  • Lima

    Loana Hoarau

    Loana Hoarau continue de déployer son univers inquiétant, amoral et cruel. On est invités ici à découvrir trois nouvelles, intitulées Duel, Gabi et Fardeau. L'inquiétude s'installe dans le cadre de ce monde ordinaire contemporain au sein duquel le paramétrage des interactions humaines - notamment des relations intimes - est fracturé, fêlé. L'homme (entendre : l'individu de sexe masculin) est désaxé. Il ne gire plus sur son axe. Le dispositif des conventions (patriarcales notamment, mais pas que), qui le maintenaient jadis rectiligne, est en faillite. Tout est possible. Tout est permis... et le permissif est devenu implicitement délétère. Les enfants ne peuvent plus faire confiance à des adultes qui, de toutes façons, ne se font plus confiance entre eux. Tout est si banalement imprévisible que l'innocence et la bonne foi deviennent les plus suspectes des valeurs humaines. La plume vénéneuse de Loana Hoarau dessine, en grinçant, la trame précise d'un monde hachuré, qui a bel et bien perdu ses repères. Veuillez palper du goût acidulé de Lima.

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