Éditions Les Herbes rouges

  • «Francine pensait à toutes ses amies: les crosseuses, les tuées, les abusées, les stupides, les merveilleuses.» Celles-là et une foule d'autres sont les facettes qui scintillent, les insectes qui grouillent, pris dans l'engrenage des marges, au sein de Travesties-kamikaze.

    «Toutes les situations et personnages décrits dans ce livre ne font aucunement partie de la fiction et toute ressemblance avec des personnes vivantes ou mortes ou des lieux réels est voulue et écrite pour les représenter.» Les fragments de récits, de poèmes, les collages qui composent Travesties-kamikaze en font un objet chargé, dégénéré et puissant. La réalité apparaît en gros plan, en morceaux; le fil des événements se dissout dans la nuit et dans l'alcool, dans les viols et les coups de couteau, les drogues et les médicaments.

    Pour Francine, Gina, Brigitte, Jasmine, la narration furieuse et imagée de Josée Yvon se fait antre, lieu percé de «trous dans le plâtre qui s'effrite, mais confortable, chaud, bizarre, attirant, peut-être une famille».

    «Et elle a ajouté: Je suis une revendication quand je manque de gaz.»

  • Durant dix jours, une canicule sans précédent frappe Montréal. Le smog persistant s'immisce dans la conversation, s'ajoute aux thèmes récurrents de l'argent et du sexe. Les nantis climatisent leur maison, les pauvres endurent le calvaire. Au Galant, une ancienne maison de passe transformée en immeuble locatif, la vague de chaleur déferle comme un tsunami. Dans le climat surchauffé des appartements sordides se célèbre l'étrange carnaval qu'est la métropole contemporaine.
    Pour Zach le revendeur de drogue, Kaviak le pornographe, Sarah la tueuse à gages, Takao le bédéiste japonais, Lulu du groupe punk Claudette Abattage et une vingtaine d'autres personnages aussi tendres que cyniques, la vie dans ce monde trop jeune pour être vieux et trop usé pour être neuf, c'est la vie, sans mode d'emploi.

    Dans cet imposant premier roman, Jean-Simon DesRochers réussit un tour de force : donner à lire une réalité aussi crue que drôle, un monde tellement vivant que sa décadence ne cesse de nous séduire.

  • Un couple modèle de Montréal, jeune et cultivé, qui assiste à des pièces d'avant-garde et à des happenings. Derrière cette apparence de couple branché, mais ordinaire et raisonnable, se dissimule une fracture : une longue période de délire, une plongée dans l'alcool et la drogue. Depuis, Anne ne porte que des tailleurs stricts, car il y a «un lien entre la rigidité des tenues et la protection nécessaire pour affronter le quotidien».

    Michael Delisle sait combien les mots ne sont jamais innocents, que, une fois qu'on les a prononcées, il faut aller «au coeur des phrases».
    Alain Salles, Le Monde

  • Les inquiétudes, campé dans un quartier de l'est de Montréal, suivait une vingtaine de personnages de novembre à avril. Le point de départ : la disparition de Xavier, huit ans. Autour de ce drame familial se déployaient les récits du voisinage. Les certitudes poursuivent ces histoires, relatant les mois de mai à octobre et bouclant ainsi L'année noire.

    La situation s'est envenimée pour la famille de Xavier Boutin-Langlois. Son père, blessé, sera bientôt emprisonné. Sa mère, plongée dans un profond coma, tente de se remettre d'une balle dans la tête. Tout en veillant sur elle, son oncle, Achille, continue de remuer ciel et terre afin de retrouver le garçon.

    Les voisins poursuivent leur vie près de la ruelle où Sandrine, l'éducatrice en garderie malchanceuse, a trouvé la mort. L'image délavée de Xavier sur les avis de disparition placardés partout dans le quartier ressemble à un fantôme auquel on finit par s'habituer. D'un mois à l'autre, les tragédies, les petites joies et les revirements de situation s'entrecroisent à la façon d'une danse parfois désordonnée, parfois cruellement cohérente.

  • NUIT, PENSER

    Toujours, depuis si longtemps, des poèmes: manières de voir ou de vivre, on le dit, mais peut-être aussi, un à un, manières de penser ou de vieillir, maintenant.

    Dix mille nuits sans dormir font des poèmes, encore. La nuit - avec tous ces objets qui s'échangent leurs noms et ces souvenirs qu'il faut inventer - fait des poèmes. Des yeux, dans l'obscurité, je cherche des mots qui me suivront jusqu'au lendemain, sans doute dans le bon ordre. Je fume, j'écoute les voix qui sont la mienne quand les autres dorment. Elles sont des poèmes.

    DIXHUITJUILLETDEUXMILLEQUATRE

    La mort de la mère: ce moment où le fils est anéanti et... libéré.

    Rarement la poésie a témoigné de façon aussi personnelle de l'entrée en agonie d'un parent. Quand la mort fait de la mère son pantin, le fils veut fuir ce qui crie entre les murs «gris de la couleur du jour de la chambre de la seule avec / Dieu qui gratte et Dieu qui tire et Dieu qui mord: / douzejuilletdeuxmillequatre».

    La mère en allée, la famille envolée avec elle, rien ne reste au poète que sa poésie pour trouver grâce devant leur mémoire.

  • Né dans les toilettes d'un bordel en plein âge d'or du Red Light, Michel Best, dit Ti-Best, était promis à un avenir radieux. Parmi les femmes qui y gagnent leur vie, dans l'odeur du baloney et des cigarettes, le poupon se frotte à un univers rustre mais chaleureux. Pendant que Maman Rita initie Michel à la gestion des affaires, Maman Janine lui fait son éducation : il n'est pas comme elles, il brillera à l'école, il sortira de ce monde.

    Montréal change vite ces années-là, et à l'orée de l'âge adulte, désorienté, Best assistera à la destruction du quartier de son enfance. Qui est-on, à quoi appartient-on quand on a grandi à l'écart de la religion qui régit tout, et qu'on n'a, malgré la bonne foi des prostituées du Red Light, pas vraiment de famille? Est-ce le mouvement indépendantiste qui fournira à Best une explication au vide qui l'habite?

    La solitude guette et avec elle, l'impuissance, qui augmente à mesure que les victoires du jeune Ti-Best rétrécissent dans le rétroviseur. L'enquêteur Best poursuit désormais une chimère, une tueuse en série qui le connaît si bien qu'elle semble destinée à lui échapper.

    Les limbes offre une plongée dans la construction d'une conscience, puis dans son effritement. Qu'est-ce qui décide, au fond, du sens d'une vie?

  • Ils forment une «parade clinquante», ce sont «des armes dangereuses, un baiser / à retardement». Enfants réels ou allégoriques, ils disparaissent sous nos yeux. Pour les attraper au moment crucial, Comment nous sommes nés déploie ses phrases amples, ses vers durs, monnaie qui brille au fond de la fontaine.

    Suspendus entre ciel et terre, entre deux époques; au bowling, au centre commercial, au ciné-parc, les personnages de ces poèmes arrivent à la fin de leur histoire. Ici où le merveilleux se défigure, ils tentent d'échapper à l'emprise de ceux qui les aimaient.

    «Qui bat des ailes?» Flottant parmi les fantômes, la poète abandonne sa voix à ces créatures sans langage qui, en s'émiettant, la métamorphosent.

    1 autre édition :

  • Josée Yvon (1950-1994) a créé une des oeuvres les plus saisissantes de la littérature québécoise. Ses textes hybrides font le portrait affectueux et révolté de personnes marginalisées - prostituées, danseuses, travesties, violées. Son premier livre, Filles-commandos bandées, est dédié à plusieurs d'entre elles ainsi qu'à « la femme la plus dangereuse du Québec ».

    Née dans une famille aimante de la classe moyenne, Yvon a investi les franges périphériques de la société, unissant son destin à celui des écorchées vives qui habitent ses pages. Sa relation avec son « frère lesbien », le poète Denis Vanier, éclaire également son écriture et en soulève les contradictions. Pour rendre cette tension entre vie et oeuvre, La femme la plus dangereuse du Québec se nourrit non seulement de ses recueils et récits, mais aussi du contenu des vingt-quatre boîtes de son fonds d'archives. À l'instar de Yvon, adepte du collage et de la confusion des voix, Boudreault, Cadieux et Carbonneau ont profané, déboulonné, rabouté livres et archives en tous genres, et y ont fondu leur propre point de vue.

    Ode théâtrale mêlant documentaire et poésie, la pièce repose sur un triangle tragicomique : la Femme a lu tout Yvon; l'Autre Femme en a entendu parler; l'Homme préfère l'oeuvre de Vanier. Au centre de ce jeu se voit ravivée la figure lucide et brutale, multiple et irrésolue de Josée Yvon.

  • À propos d'ABANDONS :
    Abandon dans la mort, dans l'amour, dans la violence, dans la peur, dans l'alcool: le propos de cette poésie tient dans les faits du quotidien, du réel. Les mêmes attitudes, les mêmes mots se retrouvent d'un poème à l'autre, mais chacun d'entre eux bascule inévitablement dans le rêve ou le fantasme. Abandons révèle des scènes concentrées où l'intensité provient de détails superflus, inattendus, quelque chose qui soudainement serait plus grave que la mort. Peu à peu s'établissent entre ces scènes des liens, des rythmes communs. Ces visions fugitives sont fixées là, tout de suite, sans nécessairement être développées. Le poème est la forme idéale pour qu'on ne puisse oublier ces instants.

    À propos de LA MAISON D'OPHÉLIE :
    La maison d'Ophélie explore la frontière qui sépare la vie normale du chaos. Chaque poème a le pouvoir d'investir les objets et les êtres d'une inquiétante étrangeté en suggérant une menace omniprésente cachée au coeur des apparences. Ces poèmes écrits en écho sont à la fois commentaires l'un de l'autre, et jeu de dualité et de résonances. L'imaginaire y contamine peu à peu la réalité. À preuve, ces nombreuses scènes du quotidien qu'un élément suffit à brouiller et à faire basculer dans une autre dimension.

  • Dans les années 1990, Denis Vanier a publié aux Herbes rouges une série de recueils
    de poèmes à la sobriété brutale. Porter plainte au criminel, livre posthume, est le
    dernier de cette série.

  • Tournage de film porno, « Ginette se meurt d'ennui ». Prostituée armée dans les toilettes d'une chambre de motel. Miroirs léchés. Vaginoplastie juste au bon moment « pour se cacher ailleurs qu'au cimetière ou en prison ». Viol d'un adolescent. Party BDSM. Manucure. Drogue mortelle.

    « Personne ne peut abuser d'elle, c'est déjà fait. » Abîmées et vengeresses, les « fées mal tournées » rendent les coups. Dans la rue, au bar, à l'hôpital, à la shop de tatouage, elles rassemblent leurs voix discordantes pour devenir inévitables, pour déranger l'ordre qui les gruge.

    « Nous docteurs, sorcières et assassines, nous voulons répandre la conscience / comme une malaria fiévreuse et addictive. » Au coeur de Danseuses-mamelouk, Josée Yvon réunit sa milice : trois textes, masses composites de vers et de bouts de récits, cris de guerre, dédales de sens, affection féroce, « une grosse étreinte dans page ».
    « Car l'abus est notre seul espoir de prospérité et de jouissance. »

  • Philippe quitte en claquant la porte les riches Bernini chez qui il travaille comme domestique. Sortie fracassante suivie d'épiphanie. Dehors l'attend un soleil couchant qu'il semble rencontrer pour la première fois. Une envie d'être comme Empédocle s'empare de lui. À défaut de volcan, pourquoi ne pas se jeter directement dans le four solaire ? Les raisons invoquées sont faciles à comprendre : les casseroles de cuivre jetaient leurs reflets pernicieux dans ses yeux, les préparatifs de la grande réception allaient bon train dans les cuisines, il fallut nettoyer la hotte ! Fuite précipitée à cause de Rose aussi... Et voilà Philippe entraîné dans ce mouvement irréversible vers un point d'incandescence fixé sur l'horizon, le point final à tout ce bavardage.
    /> Marie-Line Laplante offre avec Il faudra que je demande à Rose un premier roman ancré dans la théâtralité du récit et l'allégorie du corps. Convaincue qu'il suffit d'un peu de fable pour apprendre la vérité des hommes dans un coucher de soleil, l'auteure avance, avance jusqu'à la responsabilité de la disparition, là où le mensonge même de l'écriture s'arrête.

  • Parti faire un tour de vélo dans son quartier de l'Est montréalais, Xavier, huit ans, n'est pas rentré souper. Même si la relation de ses parents bat de l'aile, l'hypothèse de la fugue est rapidement écartée. Pour Diane et Alexandre commence une année noire.

    Les mois passent et les pistes se multiplient. Alexandre a installé un «centre de recherche» dans son bureau, profitant de l'aide de voisins transformés en bénévoles pour l'occasion. Alors qu'il parcourt le Québec à la poursuite d'indices, Achille, son beau-frère, ex-enquêteur à la morale vacillante, suit la piste des réseaux de pédophiles sur Internet. Est-ce dans ces vidéos horripilantes qu'il retrouvera la trace de Xavier? D'un chapitre à l'autre, comme si la noirceur s'étendait jusqu'à eux, c'est la vie des habitants de tout un quartier qu'on suit.

    Les inquiétudes forment le premier tome du roman L'année noire, le plus ambitieux projet romanesque de Jean-Simon DesRochers depuis La canicule des pauvres. Toujours fasciné par la solitude de ses personnages et par les artifices qui la camouflent, l'auteur prouve ici, une fois de plus, qu'il ne craint pas de plonger dans la part obscure de l'être humain.

    Pendant six mois, Les inquiétudes suivent la vie d'une vingtaine de personnages habitant le même quadrilatère. Fidèle à sa narration précise qui se colle aux corps, à ses dialogues vifs et sincères, Jean-Simon DesRochers nous immerge dans une histoire où personne ne sera épargné.

  • Qu'est-ce que l'amour, et que fait-il de nous à la fin?

    Pour ce onzième recueil de poésie aux Herbes rouges, René Lapierre rassemble ses forces et ses fragilités, et s'attaque à ces questions avec courage. Sur une période de cent années, l'auteur trace un portrait saisissant du monde dans lequel nous vivons. À la clé : l'amour, aussi essentiel que douloureux.

    Avec l'adresse qu'on lui connaît et une maturité qui force l'admiration, René Lapierre entremêle la grande et la petite histoire jusqu'à effacer leurs frontières. Qu'il relate le premier vol au-dessus de la Manche ou évoque les femmes amérindiennes disparues, qu'il plonge dans les registres généalogiques de la Nouvelle-France ou dans ceux de sa propre famille, René Lapierre ouvre grand les bras. Pour lui tout amour est politique, parce qu'il est résistance : «J'en appelle / au soulèvement. J'en appelle / à la révolte.»

    À ce «nous» expressément retourné dans le poème contre «l'obsession de l'argent», «la haine de la parole [et] l'amour du pouvoir», René Lapierre offre ce livre comme une bienveillance : «je ne veux pas dire / donner mon indigence / mais mon débordement».

  • Quand le corps est aux prises avec le choc des violences, il arrive qu'il succombe, que lentement il disparaisse. Mais il arrive aussi que la personne atteinte se tienne près de la blessure et respire, qu'elle se donne le temps de sentir. Là, plutôt que de s'effondrer, elle trouve la colère, vivi?ante, rigoureuse. Puisée au plus sombre, la colère réchauffe la voix qui s'était brisée avec le corps. Peut alors s'ouvrir une bouche qui parle pour tout ce qui se tait ou qu'on bâillonne.

    Vertiges de l'hospitalité reprend le ?ambeau d'une poésie de protestation poussée par un profond amour du vivant. Comme Josée Yvon à qui le livre rend un hommage senti, l'auteure exhorte le poème à descendre dans la vie, dans le monde, pour dresser ses barricades de mots justes devant les traces inacceptables de la violence des temps.

  • L'oeuvre cinématographique d'André Forcier est radicalement singulière. C'est en analysant les personnages, les lieux, les objets et la langue parlée, de Chroniques labradoriennes jusqu'à Embrasse-moi comme tu m'aimes, que Marie-Claude Loiselle montre combien les récits d'André Forcier sont ceux d'une Amérique issue de désirs, de délires et de rêves.

    Dans cet univers merveilleux et cruel, la tragédie côtoie le comique, le sublime émane du grotesque, la mélancolie ne va pas sans l'exaltation. Ce cinéma, qui radiographie un Québec populaire et révèle un territoire en devenir, met en scène une communauté de gens rebelles, anarchistes, fantasques, excentriques, élevée au rang de mythe universel.

    Marie-Claude Loiselle éclaire ces éléments avec précision et profondeur en reliant les forces vives de l'oeuvre d'André Forcier à celles de Pier Paolo Pasolini, d'Aki Kaurismäki et de Gilles Carle comme à celles de Jacques Ferron, d'Hubert Aquin et de Gaston Miron. La communauté indomptable d'André Forcier permet d'éprouver dans toute sa richesse le travail de ce cinéaste incontournable.

    Avec des photos d'André Forcier et de ses films, en couleur.

  • Ossip Émiliévitch Mandelstam, l'un des plus grands poètes russes, est mort à quarante-sept ans, en 1938, en route vers la Kolyma, condamné aux travaux forcés par Staline, le «montagnard du Kremlin, l'assassin et le mangeur d'hommes». Rien n'annonçait pourtant le destin tragique de celui qui est né dans une famille juive bourgeoise, à Varsovie. Avec sa «rage littéraire» contractée très jeune, cet homme extrêmement cultivé, européen dans l'âme, attachant et fébrile, persista à écrire aux côtés de femmes aimées, à commencer par sa compagne de combat, Nadejda, son épouse, qui apprit par coeur ses poèmes afin de les soustraire aux perquisitions et aux traques. Ami d'Akhmatova, de Tsvétaïéva, de Pasternak, il vécut d'emplois temporaires comme un gueux, changeant constamment de résidence (Kiev, Érevan, Koktebel...). Il a beaucoup publié, y compris des livres pour enfants. Ses Cahiers de Voronej sont considérés comme un sommet de la littérature russe du XXe siècle. Sa seule faute demeurera donc d'avoir écrit, entre joie et désespoir, ses «ivresses» sonores pleines d'éclats incendiaires au royaume de la peur et du mensonge. La très grande science des adieux du poète russe Ossip Mandelstam est une évocation personnelle de sa vie d'éternel non-réconcilié, éparpillée ici comme les pièces d'un puzzle dont le lecteur est appelé à reconstituer l'image du pouvoir de la poésie.

  • L'homme qui pleure

    Un homme s'envole vers l'Orient, sur la foi des récits qu'un autre a inventés. Dix ans plus tard, cet autre part à son tour et se lance sur les traces de l'ami disparu. Des rives du Gange aux neiges éternelles, un autre voyage commence qui le conduit lentement vers l'intérieur. Comment renaître d'une rencontre où l'on s'est perdu corps et âme? Comment transformer l'expérience d'une ancienne liberté en ferveur? Comment trouver dans la perte de l'autre le sens d'une vie nouvelle?
    Autant d'énigmes que l'auteur cherche à résoudre dans un roman généreux qui déploie toutes les facettes du discours amoureux avec un courage et une puissance d'évocation rares.

    C'était un homme aux cheveux et aux yeux foncés

    C'était un homme aux cheveux et aux yeux foncés raconte, d'un façon toute simple, mais
    pourtant implacable, l'histoire d'une fascination. Deux fonctionnaires dans un bureau impersonnel se toisent, s'apprivoisent petit à petit, puis, comme si un pacte mystérieux avait été conclu, l'un se met à parler de lui. Surgissent alors l'impossible aveu, la luminosité de l'enfance, la fragilité des corps. Surgit surtout le récit d'une passion, inexorable, tranchante, rédemptrice, qui ne veut jamais dire son nom.

  • Comment évoquer une image - toile, dessin, photographie? Par son titre, une description, en retraçant l'effet qu'elle a eu sur nous? Collages de vers et de discours variés, ces poèmes s'inspirent d'oeuvres littéraires autant que picturales. Ils questionnent le rapport à l'image d'une humanité qui s'abîme, «se faisande, suspendue à des crochets». Plutôt que de s'arrêter à cette gangrène, Jean-Sébastien Huot la dissèque jusqu'à y trouver une force.

    «Visage vrai / Que je découpe avec des ciseaux. // Les polaroïds de ces pages pleurent: cire, urine, cendre.» Livre bricolé avec le vide, le plein, notre clarté et notre noirceur, Suie offre les résidus d'un feu qui nous consume.

  • Supposons une plaine qui s'étend, très grande, avec au-dessus un ciel encore plus grand. Supposons que cette image est une immense toile que le peintre s'est promis de recouvrir. La plaine, le ciel sont le vivant, la pensée. Roger Des Roches s'attaque, dans Faire crier les nuages, à ce paysage large et profond. Après l'intime et le personnel (dixhuitjuilletdeuxmillequatre, Le corps encaisse), l'auteur s'est donné le défi de détourner l'objectif de lui-même pour le diriger sur ce qui l'entoure. Une plaine réelle, un ciel réel. Et devant, derrière, dedans, avec les nuages, malgré eux, des poèmes pour les faire travailler, pour les faire déborder. Faire crier les nuages. C'est à un fourmillement d'images violentes ou subtiles et de brefs récits que le poète convie le lecteur. Un livre animé par un souffle débridé, joueur et puissant comme le vivant, comme la pensée.

  • Un coiffeur homosexuel trouble le sommeil d'un vieux général américain avant de se retrouver captif des rêves d'une actrice. Celle-ci, fascinée par un skinhead aperçu sur une photo, fait le récit de l'aveuglement qui mutile Montréal à grands coups de projets immobiliers. Ailleurs, une enfant égarée se réjouit de sa rencontre avec un monstre, une maîtresse d'école coupe sa chair avec une lame, le Petit Chaperon rouge s'allonge nue contre le loup. Les songes de l'actrice se déploient en univers aussi complexes qu'étonnants; transposés sur scène, ils donnent lieu à de captivants enchevêtrements d'images. Les oeuvres de Marie Brassard défigurent le réel pour mieux y faire face. Les trois pièces ici réunies sont les premières qu'elle a signées en solo, singuliers objets baroques qui, entre contes et expériences technologiques, rappellent que « personne n'échappe à sa liberté, et qu'il nous revient à tous de réinventer la vie, ou d'en trahir la promesse » (Daniel Canty).

  • Écrire l'Amérique ne va pas de soi. Le travail que cela désigne ne consiste pas seulement à reconnaître dans l'écriture et la pensée la présence des objets les plus familiers, mais encore à discerner dans le croisement des langues et des cultures au sein desquelles nous vivons l'autre du langage, l'autre de l'art, et même l'autre de soi.

  • «Momentum tire son propos dramatique d'un fait divers ayant fortement marqué la mémoire collective états-unienne et fasciné le monde entier par son caractère sordide, à savoir l'assassinat sauvage de l'actrice Sharon Tate, jeune épouse enceinte du cinéaste Roman Polanski, par les disciples du gourou Charles Manson. L'enfant arraché aux entrailles de sa mère n'ayant jamais été retrouvé, la pièce spécule sur son destin, mais mal nous prendrait de voir là le fil conducteur d'une fable classique, car rien n'est moins chronologique et unitaire que le déroulement de Helter Skelter. À dire vrai, il s'agit plutôt d'un assemblage de tableaux épars qui font intervenir pêle-mêle faits judiciaires, figures historiques et références culturelles dans ce qui pourrait s'apparenter à un dérapage contrôlé.
    />
    Véritable célébration de l'éclatement, Helter Skelter offre au lecteur une matière intertextuelle d'une complexité foisonnante et, en ce sens, elle porte bien son titre. Devant cette oeuvre difficilement saisissable, qualifiée à sa création de reality show postcyberpunk, la polysémie semble inépuisable et la liberté d'interprétation, sans fin.»



    ÉLIZABETH PLOURDE
    EXTRAITS DE LA PRÉFACE
    «HELTER SKELTER OU LE PORTRAIT EXPÉRIMENTAL D'UNE AMÉRIQUE CAUCHEMARDESQUE»

  • La narratrice raconte le difficile passage de l'enfance à l'âge adulte d'une jeune fille de campagne à une époque où le Québec passait par un profond bouleversement des valeurs. Tout le propos du livre est d'écrire l'empêchement de vivre et de trancher le noeud des générations dans une réappropriation violente de la mémoire. Indiscret et impudique comme un témoignage, ce roman touchera le lecteur par sa densité rare.

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