Éditions Liber

  • «Nous sommes des êtres fragiles et la réalité sociale dans laquelle nous nous trouvons en tient fort peu compte, nous proposant au contraire un idéal de performance ou dexcellence. Une part de ce quil y a en nous dhumain est oubliée, comme si nous avions

  • L'objectif de ce livre est de préciser les différents sens que revêt le concept d'erreur, selon cinq grands types, sans doute les plus fondamentaux : l'erreur de raisonnement, l'erreur de jugement, l'erreur judiciaire, l'erreur scientifique et l'erreur morale. Mais les cinq études proposées visent aussi à introduire le lecteur à la philosophie qui se fait actuellement dans un dialogue fécond avec les sciences de la cognition.

  • Femme de lettres suisse, reporter humaniste, photographe, Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) appartient à une riche famille industrielle. Amie des enfants de Thomas Mann, qu'elle soutenait dans leur lutte contre le nazisme, puis de la romancière américaine Carson McCullers, qui lui dédie Reflets dans un oeil d'or, elle a parcouru le monde à la recherche d'elle-même, ce dont rendent compte ses oeuvres, notamment Refuge des cimes et La mort en Perse. Elle avait une aptitude personnelle à la souffrance qui a fourni un contrepoint aux douleurs universelles d'une époque marquée par la Grande Dépression, le fanatisme et le totalitarisme - forces destructrices qui agissent toujours aujourd'hui et contre lesquelles elle nous met en garde dans ses écrits.
    Cet essai est une invitation à découvrir l'actualité de ses propos et à mesurer combien sa vie et son oeuvre prennent tout leur sens en lien avec celles de ses plus inspirants contemporains. C'est tout à la fois
    une arti ste et un état du monde que Jacques Beaudry dévoile ici dans un face à face où le tutoiement ramène Annemarie Schwarzenbach parmi les vivants.

  • Réfléchissant à la fois sur la création littéraire et artistique et sur l'exercice de la parole dans l'analyse, cet ouvrage s'interroge sur le sujet qui soutient ces deux processus ou qui en résulte. Que nous apprennent à cet égard, dans le cas de la littérature par exemple, les changements d'orientation de l'écriture, les ratures, les ajouts, les déplacements de texte dont témoignent les manuscrits? Et d'abord de qui sont-ils le fait: de l'écrivain, du scripteur, du narrateur, de l'auteur? Quel est donc le véritable sujet du texte, est-il en amont de l'oeuvre ou en aval? Et les interventions sur le texte ne mettent-elles pas sur la piste d'une meilleure compréhension de la formation du sujet freudien qui, par un processus inconscient de rejet et d'acceptation, se libère des manières de vivre et de penser de sa famille ou les accepte? «C'est sur les chemins qui mènent à l'apparition du sujet que porte cet essai. Et ces chemins se donnent à voir lorsque, bifurquant dans son écriture à la suite de telle ou telle circonstance, raturant et ajoutant un mot, une phrase, un paragraphe, l'écrivain remplit la page et avance; ou lorsque l'analysant élabore peu à peu son histoire en variant son discours poussé par les ponctuations de l'analyste ou par les événements du quotidien. En les dégageant, on espère mieux faire connaître les mécanismes de la pensée visibles dans l'écriture en train de se faire ou dans la parole en train de se dire.»

  • Cet ouvrage propose une réflexion éthique sur la liberté. Il demande si c'est là une valeur première, fondatrice de l'être humain, si c'est un absolu. La réponse consistera à nuancer cette opinion en décrivant tour à tour les ambitions de la liberté, les responsabilités qui l'accompagnent, les limites qui s'exercent sur elle, les peurs qu'elle fait naître chez le sujet qui doit agir, les conflits qui se déclarent entre libertés. L'auteur alimente sa pensée aussi bien au domaine privé qu'aux grands domaines collectifs (politique, économie) et tient compte tant de la nature laïque de nos sociétés que de la démarche religieuse de plusieurs. Il conclut que la liberté ne saurait être qu'une «autonomie responsable» qui ne peut dans aucun cas signifier «faire ce qu'on veut».

  • La colère a plus d'un visage. Violence redoutée, courte folie ou refus indigné, elle fait l'objet d'appréciations et de jugements variés et contradictoires. Il y a de multiples façons de l'éprouver et d'en faire l'expérience. Ce livre propose un voyage dans l'imaginaire occidental en suivant les multiples représentations de la colère dans la littérature, la philosophie, l'art et l'histoire. Il s'attache à la manière dont la colère a été comprise et jugée, mais également à la façon dont les individus et les sociétés, à travers elle, déchiffrent leur âme, sondent leurs limites et interrogent leur être.

  • Le cerveau sait des choses et produit des effets dont nous ne prenons pas conscience. Actif depuis les stades embryonnaires de la vie, d'une infinie et subtile complexité, profondément plastique, il ne cesse de s'ajuster à notre expérience et d'en enregistrer les résultats tout en modelant à son tour notre perception de la réalité. Les contributeurs du présent collectif ont été invités à décrire, en se fondant sur les connaissances neuroscientifiques et sur les pratiques cliniques, l'activité qui se déroule en son sein et son interaction avec le monde. C'est certes là une réalité difficile à saisir, mais elle est fort importante lorsqu'il s'agit de déterminer les facettes d'un trouble psychopathologique ou de définir les grandes lignes de l'intervention clinique. Qui est en effet la personne derrière les symptômes ? Quelle est sa logique ? Quel est le sens de ses réactions ou de ses actions ? Cette compréhension du fonctionnement du cerveau est particulièrement décisive pour les médecins, les psychothérapeutes, les médiateurs et les pédagogues dans une perspective d'intervention qui aborde le sens et la source des comportements problématiques ou dérangeants. Mais l'ouvrage intéressera aussi bien tous ceux qui veulent se familiariser avec les avancées les plus récentes des neurosciences et de la neuropsychologie.

  • «Les nouvelles technologies ont pris une place centrale dans nos sociétés. Les ordinateurs, seuls ou intégrés dans toutes sortes de machines et d'appareils (y compris notre corps), l'internet, les téléphones portables, les lecteurs de musique, etc., nous

  • «Ce livre est une introduction à la philosophie abordée sous l'angle du bonheur devenu, aujourd'hui, un véritable devoir social. Je propose une analyse d'une trentaine de philosophes ou d'écoles qui ont marqué notre civilisation, les grands mouvements des trois derniers siècles, les bonheurs multiples de l'individu et de la collectivité, celui de la raison comme de la foi, celui des droits et des devoirs. Les philosophies du bonheur, comme, d'ailleurs, ses significations, sont très variées. Cette richesse de sens justifie cet essai qui n'est pas une oeuvre d'historien, mais celle d'un ami de la philosophie, d'un homme qui a compris qu'au cours de sa vie son bonheur était presque constamment soutenu par la réflexion des grands philosophes. Bien sûr que, seul, inquiet, mais lucide, on arrive toujours à philosopher et à donner sens à sa vie, sauf qu'il est avantageux et stimulant de savoir que ses propres réflexions, les plus intimes comme les plus étranges, ont aussi une portée universelle et qu'elles ont été celles des grands penseurs de notre civilisation. Se sentir près d'eux réconforte, rassure et nous garde dans un état de quiète inquiétude.»

  • Travailleuse sociale et psychanalyste, Monique Meloche raconte ici presqu'un demi-siècle de service social hospitalier, qu'elle a exercé dans les principaux établissements montréalais du début des années 1950 jusqu'au milieu des années 1990 : Montreal General Hospital, Occupational Therapy and Rehabilitation Center, Institut Albert-Prévost, hôpital Douglas, hôpital Saint-Jean-de-Dieu, hôpital Notre-Dame. Décrivant le travail et la population qu'il visait, les acteurs principaux qui en assuraient la gestion et le dynamisme, son récit rend sensibles les profondes transformations qu'a connues la société québécoise de la deuxième moitié du vingtième siècle. S'il dresse un bilan de première main d'une profession qui a peu à peu acquis son autonomie, ce témoignage non dépourvu d'humour est en même temps un hommage à la grandeur discrète de ceux et celles qui, côtoyant l'intimité souffrante de la collectivité, se consacrent à la soulager.

    «Monique Meloche a un don pour recréer les lieux et les atmosphères, esquisser en quelques traits le portrait des gens avec qui elle a travaillé et nous entraîner dans ce Québec des années 1950 ou 1960 où l'Église en menait large et où le travail social était encore une profession à construire. Ses mémoires représentent un précieux témoignage non seulement pour les travailleurs sociaux d'aujourd'hui, qui sont encore souvent des travailleuses sociales, mais aussi pour les historiens des femmes. Son parcours, atypique à plusieurs égards, montre que, dans ce Québec que l'on qualifie trop souvent de traditionnel, des femmes se sont affranchies des diktats sociaux et religieux et ont décidé de prendre en main leur destinée et de se tailler une carrière à leur convenance. En ce sens, il nous ramène aux sources de la Révolution tranquille qui, loin d'être un phénomène spontané, avait été préparée de longue date par des gens qui, comme elle, refusaient le statu quo. Monique Meloche a travaillé tant dans le réseau des services sociaux anglophone que francophone, ce qui était rare à l'époque. Elle a traversé l'Atlantique à une époque où très peu de gens le faisaient et elle a activement milité pour professionnaliser le travail social tout en devenant psychanalyste. Elle est l'une de ces pionnières dont il faut préserver le souvenir.» (Denyse Baillargeon, extrait de la préface)

  • «Nous proposons ici quelques problématiques philosophiques, développées sans références explicites aux grands textes ni aux génies du passé - et, de surcroît, sans volonté de privilégier nos propres convictions. Pour chaque question, nous avons cherché à illustrer comment pourrait se présenter le débat et à dégager quelques lignes de défense typiques de chaque courant retenu. Les courts exposés qui en ont résulté sont en quelque sorte anonymes et n'ont, si l'on ose dire, aucun auteur individuel digne de mention: ce sont des positions qui s'y expriment plus que des personnes. Notre but est de proposer à des néophytes un avant-goût de l'aventure philosophique, sans plus. Nous ne dirions assurément pas à nos lecteurs: " Grâce à nous, vous saurez tout de la philosophie! " Nous souhaitons en revanche que, si notre travail n'a pas été trop mal fait, on aura une petite idée du genre de ruminations qui trottent dans la tête des philosophes - et nous espérons qu'une fois attiré par le débat on se prendra au jeu.»

  • Dans ce livre-choc, l'économiste Rodrigue Tremblay propose une réflexion sur les questions morales et sur les grands principes humanistes de moralité humaine. Son message principal est à l'effet qu'il n'est pas nécessaire d'adhérer à une religion particulière, ni même d'être religieux, pour agir moralement. Au contraire, le fait d'être excessivement religieux, jusqu'au fanatisme, équivaut à ne point être moral.
    Comme le souligne le professeur Paul Kurtz du Center for Inquiry de New York dans la Préface du livre, « Le Dr. Tremblay souligne à juste titre dans ce livre que nous devons nous libérer des moralités sélectives qui nous viennent d'un lointain passé, alors que notre espèce était encore dans ses premiers balbutiements. Nous devons passer à un niveau supérieur de moralité dans lequel chaque membre de la famille humaine est traité de la même manière en tant que personne, et qui soit "une fin en soi"....Ce qui importe au plus haut point aujourd'hui est d'établir un code d'éthique universelle et de le rendre opératoire.

    Économiste, homme politique et humaniste, Rodrigue Tremblay est professeur émérite de l'université de Montréal où il enseigne l'économie depuis 1967. Au cours d'une carrière très active, il a notamment été ministre de l'Industrie et du Commerce dans le gouvernement du Québec, président de la North American Economics and Finance Association, aviseur à la Banque du Canada et président de la Société canadienne d'économique. Spécialiste de macroéconomique, finances publiques et de finances internationales, il est l'auteur prolifique d'ouvrages en économie et en politique.

  • «Ce qui détermine notre manière de vivre, c'est le but ultime que nous cherchons à réaliser dans notre vie. En un sens, tout le monde poursuit le même, qu'on appelle communément le bonheur, mais en réalité nous le recherchons à travers la poursuite de finalités tout à fait distinctes et finissons par le percevoir de manière très diverse et à certains égards hétéroclite.
    Historiquement, depuis les origines de la civilisation occidentale jusqu'à aujourd'hui, les hommes ont recherché le bonheur à travers trois finalités ou trois orientations de vie : la réussite, le salut et la vraie vie - celle que le philosophe, notamment, juge conforme aux exigences de la raison. À chacune de ces finalités correspond une manière propre de vivre et par suite une stratégie de vie particulière. En somme, ces finalités sont au fondement de tout le reste car elles conduisent à trois manières de vivre caractéristiques et aux grandes éthiques qui y correspondent. Sur cette base, chacun a la charge de mettre au point une stratégie de vie satisfaisante pour lui-même.
    Cet ouvrage rappelle les réponses qu'ont proposées à cet égard les civilisations du passé et celles que permettent aujourd'hui les termes que ces dernières nous ont légués.» J.M.

  • Ma tribu

    Jacques Henripin

    Où en sont aujourd'hui les Canadiens français, particulièrement au Québec? Du point de vue démographique, linguistique, économique, politique, culturel? C'est un examen sans concession de la réalité et de l'état d'esprit de cette « tribu » que propose ici l'auteur. Dans le langage direct, provocateur mais également non dénué d'humour qui le caractérise, il brosse ainsi un portrait à la serpe des Canadiens français dont il admire la résilience tout en dénonçant leur mollesse.
    Soulignant la sous-fécondité qui les menace, leur paresse, il s'élève contre certains mensonges qui cultivent la peur (que la langue française serait menacée à Montréal, par exemple) et lance un appel à l'effort, à la confiance en soi, à l'abandon de réflexes de victimes. Un portrait dont la franchise corrosive ne laissera personne indifférent.

  • Un infidèle ordinaire écrit au prophète Mahomet pour l'exhorter à recommander la patience aux plus violents de ses innombrables disciples: les tueries et les exactions du terrorisme islamiste ne sont absolument pas nécessaires pour faire triompher partout la «vraie foi»: il suffit d'attendre que l'Occident, étiolé et décadent, tombe comme un fruit mûr. Le lecteur comprendra tout de suite que le véritable destinataire de ces lettres, c'est lui-même. Au fil de ces missives, les hommes encore libres sont invités à tirer leurs propres conclusions quant aux meilleurs moyens à prendre pour endiguer la vague islamiste contemporaine.

  • La question de la liberté concerne l'essence de l'être humain, elle est donc de nature philosophique. Mais tout exercice effectif comme toute reconnaissance de la liberté s'inscrivent nécessairement dans des rapports sociaux normativement structurés et à portée identitaire. Ainsi, la liberté est tout en même temps une dimension transcendantale de la vie humaine et une institution sociale, et c'est à la sociologie qu'il appartient de mettre en lumière et de faire valoir cette autre dimension de la liberté, qui n'en forme pas une limitation extérieure, mais qui participe directement à sa fondation. En effet, l'être humain ne se qualifie pas seulement ontologiquement par la liberté, mais tout autant par la solidarité que comporte sa socialité, tout aussi essentielle pour lui. C'est donc dans la société que la liberté humaine est destinée à se réaliser et à s'objectiver, et non pas contre elle ou en dehors d'elle.
    Tout au long de son extraordinaire performance mondiale, l'histoire de l'Occident moderne a été dopée à la liberté : une liberté d'origine religieuse, à caractère universaliste et d'essence individualiste, qui s'est incarnée dans la vie sociale en tant que précepte pratique fondamental orientant une refondation et une révolution systématique de la vie morale et politique, esthétique, scientifique et économique. C'est ce mouvement d'ensemble qui a reçu dans l'histoire le nom de modernité, et dans la conscience commune celui de progrès. Ce livre, qui résume à grands traits cette épopée de la liberté moderne, part aussi du constat, non pas tant de sa décadence que de son épuisement contemporain, manifesté dans le fait que l'accomplissement de la liberté individuelle ne parvient plus à se concrétiser que sous la forme de son contraire : non dans une émancipation existentielle de la vie humaine, mais dans sa radicale hétéronomisation de nature virtuellement totalitaire. Il cherche à offrir quelque compréhension sociologique et philosophique de ces paradoxes ou de ces énigmes : comment l'individu est-il devenu prisonnier de sa liberté, et pourquoi la dynamique qu'elle a engendrée mène-t-elle tout droit à la destruction du monde ?

  • Cet ouvrage procède à un examen critique de la médicalisation excessive de nos sociétés et de l'impératif de la réussite et du succès à tout prix qu'elles ont adoptés. Il brosse ainsi un inventaire accablant des interventions biomédicales et biotechnologiques destinées à améliorer la performance sportive, la performance scolaire et la performance professionnelle, et en met en évidence les effets pervers, le détournement qu'il s'y produit souvent du thérapeutique au dopage. Dans un langage clair et percutant, nourri de l'actualité nationale et mondiale la plus récente et de ses cas les plus révélateurs, l'auteur convie non seulement les parties prenantes du médicament mais la société dans son ensemble à une pause, à un moment de réflexion éthique où chacun puisse prendre la mesure de sa propre responsabilité dans la dérive de la performance et de la médicalisation du corps et de l'esprit.

  • Les esprits les plus vigilants se méfient de nos jours de la beauté et des discours qu'on tient sur elle. L'art lui-même semble lui avoir tourné le dos. N'est-elle pas un masque jeté sur la laideur des choses, un mensonge qui cache l'iniquité des relations humaines, une fuite devant les exigences de l'action ? En même temps pourtant, la soif de beauté est inextinguible, comme l'attestent à travers le monde ces vastes publics enthousiasmés par les événements qui la célèbrent et les lieux qui l'incarnent. Peut-on retrouver la force originelle de la beauté, le sens de son appel, l'élan qui nous porte vers elle ? C'est le défi que l'auteur a voulu relever ici, en dirigeant son attention vers ce dialogue sensible avec les choses au travers duquel nous parvenons à habiter le monde.
    «Ce n'est pas pour nous réfugier en des formes de beauté muséifiées que nous nous retournons vers les grandes oeuvres qui ont marqué l'histoire humaine et ce n'est point dans le but de nous replier en des sanctuaires inviolés que nous partons vers des sommets inaccessibles, des jungles impénétrables ou des îles oubliées. C'est plutôt pour retrouver ce qui nous semble essentiel, qui s'avère indépassable et que les brouhahas de l'actualité dérobent à nos entendements. L'approche de la beauté des choses, des existences et des oeuvres qui perdurent nous rappelle qu'elles restent là, à demeure, pour que nous puissions nous y ressaisir. Le recours à la beauté est un réenracinement. Un ressaisissement. Ces formes que nous retrouvons ne sont pas des coquilles vides pour des occupations transitoires. Elles sont des demeures sécrétées longuement par la nature ou l'humanité, habitées par l'esprit et qui nous invitent à les connaître, nous liant à elles, en sorte que nous nous connaissions à nouveau.»

  • «La question demeure ouverte à toutes les époques: "Qu'est-ce que la réalité?" Aucune réponse ne me semble complète ou définitive. Nous n'avons accès qu'à une infime partie de cette réalité plurielle, changeante, éternellement énigmatique, dont nous faisons nous aussi partie, loin d'avoir sur elle une position de survol. Demeurons donc modestes dans nos prétentions de la connaître. Comment pourrions-nous prétendre connaître une autre personne, qu'elle soit vivante ou décédée, si nous ne nous connaissons même pas nous-mêmes, ou ne nous connaissons que partiellement et superficiellement? Une telle ignorance n'est pas une lacune que nous pourrions éventuellement combler. Nous pouvons modifier notre perception et notre connaissance des autres et de nous-mêmes, mais une part irréductible de la réalité demeure intrinsèquement hors de portée. C'est la part d'ombre.» Si la biographie et l'autobiographie, la connaissance de soi et celle des autres, forment le fil conducteur de cette réflexion sur la réalité qui nous échappe tout en nous constituant, c'est aussi au travers de ses thèmes familiers - le corps, la création, la relation amoureuse, par exemple - que Pierre Bertrand en déploie toutes les résonances philosophiques et existentielles.

  • «La vocation de l'antimanuel est de faire le ménage sur un terrain jonché de postulats naïfs, de raisonnements courts, de propositions dogmatiques et de recettes simplistes pour le décontaminer. Objectif : débronzer les dogmes, aider à prendre une vue d'ensemble des questions en suspens et faciliter le travail de la pensée critique. En combattant toute orthodoxie, l'antimanuel est donc une forme bien ajustée au contenu de l'approche de la gouvernance - qui est essentiellement subversive. Ce travail de déblayage part d'un besoin d'antidote et s'attaque d'abord au plus toxique : aux virus qui minent les discussions sur la gouvernance collaborative. Quant au travail de construction qui obligatoirement doit suivre, comme il est prématuré de penser à des traités formels dans le monde de la gouvernance collaborative pour le moment, l'antimanuel vise relativement bas: il veut seulement aider le lecteur à identifier les pathologies de gouvernance les plus importantes et à apprécier ce qui peut être fait pour améliorer la situation.» (G. P.)

  • Les technologies de reproduction font aujourdhui partie de lactualité quotidienne: baby business, banques de sperme et dovules, enfants conçus in vitro, bébés-médicaments, femmes pouvant léguer leurs ovules à leurs filles, ou qui portent lenfant dune inconnue ou qui accouchent à lâge de la retraite, etc. Dans la foulée de ces avancées aux allures miraculeuses, des scientifiques uvrent à la mise sur pied dun utérus artificiel, machine qui permettrait la gestation entière dun embryon/ftus à lextérieur du corps de la femme, de la conception à la naissance. Cette maternité machinique, pour le moins révolutionnaire, permettrait de «libérer» les femmes des diverses contraintes liées à lenfantement, de mettre fin du coup à la malédiction biblique «tu enfanteras dans la douleur» et dassurer enfin une égalité des hommes et des femmes face à la procréation, sans compter la «garantie de qualité» des enfants nés de cette technique. Lutérus artificiel viendrait en somme couronner un mouvement qui a consisté à prendre peu à peu en charge technoscientifiquement le processus de la reproduction humaine jusquà leffacement complet du corps de la femme. Mais, demande lauteur, «pourquoi et depuis quand tenons-nous si ardemment à évacuer le corps maternel du scénario de lengendrement ? Quest-ce qui fonde et matérialise ce désir de procréation sans corps ? Par quelle spirale sociohistorique la grossesse est-elle devenue facultative, tant du point de vue de linterventionnisme technoscientifique que de la désirabilité sociale ? Surtout, quels sont les enjeux dune société technicienne dans laquelle le corps maternel ne serait plus une figure cardinale de la procréation ?» Répondre à ces questions, cest faire apparaître la profonde reconfiguration sociale et technoscientifique des paramètres de la procréation et de la famille.

  • La culture de toute époque sans doute comporte sa part d'objets composites, élaborés à partir d'éléments qui, à première vue, n'ont guère de points communs et qui paraissent mêler à loisir les genres et les univers - Jésus en pleine méditation bouddhiste ou Bouddha sur une croix, le jour et la nuit réunis sur la même toile, le laid envisagé comme symbole du beau. Si on ne voit souvent dans ces oeuvres hybrides que dispersion, incohérence et emprunts mal assimilés, ce livre se propose plutôt de mettre en lumière ce qui se joue dans le processus de recomposition et de bricolage dont elles résultent. La culture des contraires qu'il met ainsi en évidence se donne à voir dans des sujets aussi variés que le symbolisme ancien, les conduites extrêmes, les graffitis, la création artistique surréaliste ou encore le phénomène des films cultes. Les tensions et les contradictions qui animent ces réalités éclectiques traduisent en même temps créativité et dynamisme qui sont, à n'en pas douter, une caractéristique décisive de notre propre culture contemporaine.

  • De Simmel à Luhmann, en passant par Weber, Tönnies, les membres de l'école de Francfort et les autres grands noms de la discipline, des principaux courants qui ont marqué son passé à l'éclatement actuel des tendances qui l'animent, on trouvera ici présenté plus d'un siècle d'activité intellectuelle et institutionnelle riche aussi bien de pénétration analytique que de débats scientifiques, politiques et personnels.
    Complété par une série d'annexes, revues de sociologie, universités où la discipline jouit aujourd'hui d'une forte réputation, figures sociologiques moins connues et atypiques, cet ouvrage constitue un guide utile aussi bien pour l'étudiant et le spécialiste que pour le public qui voudrait y voir plus clair dans une tradition féconde qui a généreusement nourri la pensée sociologique mondiale.
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  • «Cet ouvrage réfléchit aux conséquences de l'incorporation des techniques sur notre identité et sur nos pratiques corporelles. L'immersion du corps dans la technique n'est pas une fusion ou une confusion, mais une expérience nouvelle qui vient troubler l'identité, le genre et l'action, et que la conscience ne suffit pas toujours à contenir. L'instabilité et la fluidité pourraient nous perdre au cours de l'immersion si notre corps ne parvenait à distinguer ce qui lui est propre de ce qui provient d'autrui. Vivre hybride engage donc le sujet dans un corps à corps avec la technique sans être toujours certain d'en contrôler les effets. Ce jeu identitaire avec les limites implique de sortir de la maîtrise du corps en se livrant, parfois dans le risque mortel, à l'altérité et à l'altération de nos repères habituels.» Des techniques qui modifient les modes de subjectivation à celles qui permettent de changer de sexe et de genre dans un processus inédit de construction de l'identité en passant par celles qui remodèlent non seulement les sensations, mais aussi l'organisation de la perception, l'auteur s'interroge sur les figures contemporaines, parfois spectaculaires, parfois subtiles, jamais inoffensives, de l'immersion du corps dans un nouvel imaginaire de l'espace et du vécu du sujet humain.

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