Éditions de l`École des hautes études en sciences sociales

  • L'histoire semble aller de soi. Pourtant, prononcer « l'évidence de l'histoire », c'est aussitôt ouvrir un doute. L'évidence est le fil conducteur de ces pages qui interrogent le statut du récit historique, l'écriture de l'histoire, la figure de l'historien, hier et aujourd'hui, de la Méditerranée antique à la France de la fin du xxe siècle. Depuis Hérodote, l'histoire est devenue une affaire d'oeoeil et de vision. Voir et dire, écrire ce qui s'est passé, le réfléchir comme un miroir : tels ont été quelques-uns des problèmes constituant l'ordinaire de l'historien. Les nombreuses reformulations modernes ont poursuivi ce travail sur la frontière du visible et de l'invisible. Parvenir à la vue réelle des choses, en voyant plus loin et plus profond. Mais, avec la fin du xxe siècle et la domination du présent, cette forte évidence de l'histoire s'est trouvée mise en question. Quel rôle pour l'historien face au « défi narrativiste », à la montée du témoin, à celle du juge, et alors même que mémoire et patrimoine sont devenus des évidences ?

  • Comment devient-on chercheur ? Quelles sont les règles implicites et les pratiques qui gouvernent la préparation de la thèse ? Peut-on tenter de répondre collectivement, et de manière réflexive, aux questions que se posent les doctorants ? Ce livre aborde tous les aspects de la vie du jeune chercheur : le choix du sujet et de la méthode d'enquête, les relations avec le directeur de thèse, l'écriture, les publications, les opportunités du numérique, la présentation orale ou encore l'adoption d'une posture de recherche et l'engagement en tant que chercheur. L'objet de cet anti-manuel est d'établir le lien entre une expérience individuelle, conditionnée par la place centrale qu'y occupe l'écriture, et le contexte institutionnel et collectif de la recherche, dans lequel les doctorants se sentent souvent perdus. Une conviction unanime a porté ses auteurs : faire de la recherche et écrire une thèse sont des savoir-faire qui non seulement s'apprennent, mais aussi se transmettent.

  • À défaut de pouvoir expérimenter, le chercheur en sciences sociales construit ses objets : il les collecte, les classe et les compare, comme l'adepte des sciences de la nature, et s'efforce ainsi de transcender la singularité historique et psychologique de ses observations initiales. Mais dans quelle mesure peut-il généraliser à partir d'un ou de plusieurs faits, et en quoi cette généralisation, qui revient à énoncer une loi, équivaut-elle à une règle universelle ? Et s'il cède à la tentation de l'universalisation, ne risque-t-il pas d'oublier le stade du spécifique ? Les textes rassemblés ici reflètent des positionnements radicalement différents, allant du pessimisme à l'optimisme, quant à la possibilité même de généraliser. Or, dans un monde dont le mouvement vers l'entropie semble s'accélérer toujours davantage et dont les archives sont chaque jour plus ouvertes, généraliser demeure plus nécessaire que jamais, fût-ce au risque de l'erreur ou, plutôt, au prix du dépassement perpétuel.

  • Les sciences sociales, lorsqu'elles oublient leur vocation critique, ne produisent plus que de simples discours idéologiques, ou d'expertise, prompts à conforter la pensée commune. Mais comment définir exactement l'exigence critique à laquelle elles sont tenues ? Et comment la réaffirmer dans le contexte actuel de la recherche ? Onze chercheurs tentent ici d'apporter des réponses en prenant appui sur les enquêtes qu'ils ont menées à propos d'objets très différents. Leurs analyses soulignent combien la pratique des sciences sociales demeure incomplète tant qu'elle refuse de penser ses effets politiques. Mais elles montrent aussi qu'en sciences sociales, la critique se joue tout autant à travers la contribution des chercheurs au débat public que, indissociablement, dans leurs démarches d'enquête, la discussion de leurs travaux et la clarification collective de leurs pratiques.

  • Faut-il lever l'anonymat des donneurs dans le cadre de l'assistance médicale à la procréation ? Alors que les premiers enfants nés grâce aux dons sont devenus de jeunes adultes et, pour certains, revendiquent l'accès à leurs origines, comment distinguer les places respectives des protagonistes du don d'engendrement : parents, enfants, ...

  • Dans le tumulte provoqué par la controverse sur la légalisation du mariage et de l'adoption pour les couples de même sexe, faire vivre un débat informé et serein est un enjeu démocratique majeur. Les sciences sociales doivent y contribuer. Des juristes, politistes, sociologues et anthropologues répondent ici à l'Union nationale des associations familiales (Unaf), partenaire officiel des pouvoirs publics censé représenter « toutes les familles », et réfutent ses deux grands arguments : non, la nouvelle loi ne suppose ni « effacement » de la différence des sexes dans le couple, ni « mensonge » à l'enfant sur son origine ou sa filiation. Les auteurs ne se bornent pas à défendre le mariage de même sexe et l'homoparentalité. Ils démontrent que le débat change profondément lorsque l'on replace les grandes institutions de la parenté dans le temps long de l'histoire, lorsque l'on cesse de réduire les relations qui fondent la distinction de sexe aux seuls rapports de sexe opposé. L'homoparentalité est ainsi un révélateur exceptionnel des tensions et contradictions de notre droit actuel de l'adoption et surtout de la procréation médicalement assistée, incitant à l'améliorer pour toutes les familles.

  • Le philosophe constitue l'une des figures les plus remarquables de la vie intellectuelle française. De Bergson à Foucault en passant par Sartre, il est l'ambassadeur à l'étranger d'une forme de « francité », paradoxale pour celui qui s'est installé d'emblée dans une perspective universelle. Au cours du xxe siècle, la discipline qui venait couronner l'enseignement secondaire classique a connu à la fois le succès mondial d'un style de pensée et les affres du déclassement institutionnel en France. Ce récit vivant décrit au plus près ce qu'est la philosophie française : une construction conceptuelle, dont toutes les lectures et réceptions sont à prendre en compte, une institution et des pratiques sociales, de la salle de classe à la scène médiatique. Ce livre est aussi un hommage, ironique et quelquefois impertinent, à ceux qui ont fait une bonne part de notre histoire culturelle.

  • Depuis la fin du xviiie siècle, l'Europe constitue le théâtre privilégié des passions révolutionnaires. Mais durant la même période, jusqu'aux événements qui marquent le début du xxie siècle, le monde non-européen résonne également d'attentes et de crises révolutionnaires. Comment comprendre les passions révolutionnaires ayant vu le jour hors du continent européen ? Dans quelle mesure ont-elles été conditionnées par les matrices européennes auxquelles elles se référaient ? Ont-elles, à leur tour, donné naissance à des modèles exportables ? À travers le « Tri-continent » - espace latino-américain, moyen-oriental et indien -, les trois auteurs interrogent le fait révolutionnaire dans un dialogue avec le maître-livre de François Furet Le passé d'une illusion, rétrospective sur « l'idée communiste » publiée en 1995 peu après la chute du Mur de Berlin. Nationaliste, religieuse, prolétarienne, internationaliste, anticoloniale, ou simplement libertaire et égalitaire, vécue pacifiquement ou réprimée dans la violence : au-delà de cette diversité de forme, la révolution, son passé comme son avenir, s'avèrent néanmoins un analyseur de nos sociétés.

  • « L'école est un champ de batailles et de conflits plus ou moins feutrés. Quoi qu'il en pense et quoi qu'il en dise, le sociologue est dans cette bataille et y participe, même quand il veut s'extraire de la mêlée. » Par-delà les conflits d'intérêts et les querelles d'appareil, François Dubet pose son regard de sociologue sur les « faits d'école ».

  • Les relations des sociétés des pays de l'Est avec leur passé communiste ne sont pas totalement apaisées. Historiens, sociologues, politistes de la nouvelle génération de chercheurs issus de ces pays mettent au jour les astucieux bricolages des gens ordinaires pour contourner les contraintes sociales du communisme, mais aussi l'impuissance des institutions face aux contradictions du régime totalitaire . Il s'agit de saisir comment la dissémination du pouvoir dans les institutions, dans des corps et des esprits dressés à l'obéissance, a laissé une place à des logiques fragmentaires d'improvisation et d'ajustements, et à une culture de la débrouillardise. Dès lors, on peut se demander si l'effondrement du communisme ne commence pas dès son avènement, avec le travail de sape accompli par des instances ou des individus politiquement soumis mais socialement subversifs. Cet ouvrage renouvelle en profondeur les façons de saisir l' histoire sociale et politique du communisme.

  • Spectacle vivant, cinéma et audiovisuel ont bâti leur expansion sur une exception sociale et culturelle énigmatique : l'hyperflexibilité contractuelle de l'emploi, assortie d'une assurance non moins flexible contre le chômage. Paradoxes : l'emploi augmente, le chômage encore plus vite ; des conflits sociaux répétés, ...

  • L'idée que l'on se fait de la polarisation entre l'homme et la femme serait universelle. Tantôt on explique cette dualité par des présupposés tirés de la nature (quelle nature ?) tantôt, comme le font les « études de genre », on la considère toujours et partout comme une pure construction de l'esprit dénuée de toute justification biologique. Emmanuel Désveaux récuse cette alternative avec force. Pour lui, il s'agit d'écouter ce que l'ethnographie - ou ses équivalents, dans le monde occidental, que sont la littérature, la peinture classique et le cinéma - a à nous dire dès lors qu'elle se penche sur trois aires culturelles radicalement distinctes : l'Amérique, l'Australie et l'Europe. L'angle d'attaque se trouve renversé : il est question de comprendre comment les conceptions - qui sont toujours d'ordre phénoménologique - de ce qui fonde la différence des sexes créent de la différence d'un point de vue culturel.

  • L'unité du droit a toujours été une obsession pour la société en général et les juristes en particulier. À première vue, elle serait garante de l'égalité de chacun devant la loi. Pourtant, depuis le droit romain, cette conception d'une loi unique amenée à produire des décisions justes car semblables dans leurs fondements s'avère une pure illusion. Car dans la réalité, en dépit des tentatives menées pour combattre le pluriel de l'interprétation juridique, l'éparpillement des doctrines et des jurisprudences, les innombrables interprétations des lois rejoignent les infinies facettes de la vie. Autour de onze promenades menant de Nietzsche à Kafka avec des détours par Dalloz, Diderot, Changeux, le cannibale de Rotenburg et bien d'autres, Rainer Maria Kiesow bouscule, dans un style alerte, l'idée de penser ou fabriquer l'unité du droit, utopie pourtant vivace à l'échelle nationale, européenne et mondiale. En résultent une autre histoire et un autre présent de ce rêve unitaire...

  • Pourquoi la notion de parenté que l'on croyait aussi intangible qu'intemporelle est-elle aujourd'hui soumise aux plus profonds bouleversements ? Quels changements ont affecté la parenté ces dernières décennies ? Les auteurs, issus d'horizons géographiques et disciplinaires variés, confrontent positions et analyses autour de trois thématiques : les cadres et enjeux juridiques des nouvelles parentés, la parenté à l'âge des biotechnologies et des adoptions internationales, les changements de perception du corps et de la personne. Ce livre nous entraîne au coeur des controverses soulevées par les nouvelles techniques de procréation (familles mono- et homo-parentales, fécondation in vitro, dons de gamètes, etc.). Il témoigne de l'évolution profonde de la parenté, tant au niveau des savoirs et des techniques que des représentations et des valeurs communes. La filiation ne va plus de soi... La diversité et la profondeur de l'étude, marquée par une approche anthropologique, rendent cet ouvrage incontournable pour la compréhension des nouveaux défis de la parenté, en pleine (r-)évolution.

  • Pourquoi les citoyens votent-ils ? N'est-il pas irrationnel pour un individu agissant selon son propre intérêt de se déplacer aux urnes quand les bénéfices qu'il peut en escompter sont indépendants de sa contribution ? En effet, l'arbitrage coût-bénéfice montre qu'il est préférable pour un citoyen de s'abstenir afin de profiter des avantages de l'élection sans en supporter le coût associé. C'est ce qui est communément appelé le paradoxe du vote. Afin de lever ce paradoxe, plusieurs arguments aussi divers que le sens du devoir, la pluralité politique, l'identification à un candidat, et bien d'autres encore ont été avancés. Pourtant aucune de ces solutions n'apporte de réponse ferme. Tout l'objet de cet ouvrage est de reprendre certaines des explications formulées et d'en cerner les limites, aussi bien dans leur cohérence interne que dans leur adéquation avec les données empiriques. Il s'agit de voir en quoi ce qui, en apparence, paraît être une solution acceptable ne l'est pas quand elle est formulée en termes de choix rationnel. Ainsi, l'ouvrage s'articule autour d'un va-et-vient entre une problématique (le comportement de vote) et une méthodologie (le choix rationnel) en montrant comment la problématique met en lumière les limites et les avantages de la méthode et, inversement, comment la méthode met en valeur les spécificités du comportement de vote et la difficulté à le saisir.

  • Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité : aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse ; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé : des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.

  • « Il y a peu de choses aussi scandaleuses pour des hommes vivant dans une culture qui se réclame, comme la nôtre, de la science et de la raison, que le spectacle des croyances, des superstitions ou des préjugés que partagent des millions d'hommes », affirme Serge Moscovici. Sa théorie des représentations sociales, élaborée il y a un demi-siècle, vise en effet la formation de la connaissance en société dans son rapport avec la science, la communication et, avant tout, la culture. Cette théorie a opéré une véritable rupture, instituant la connaissance ordinaire, celle du sens commun, comme matière première de l'agir collectif dans nos sociétés pensantes. Santé, science et société, travail, environnement, éducation, etc. : ses nombreux champs d'application et sa diffusion internationale témoignent de sa pertinence pratique pour faire face aux questions sociétales de notre temps. Ce volume réunit plusieurs écrits fondamentaux de l'auteur, inédits en français, dévoilant la genèse et l'évolution de son approche. Il constitue une source essentielle pour saisir l'actualité d'un des penseurs les plus influents des sciences du social.

  • Les journalistes disposent-ils de marges de manoeuvre face à leur hiérarchie, aux contraintes économiques qui encadrent leur activité, aux stratégies de communication que développent leurs sources ? Sociologues, politistes et historiens apportent ici une réponse inattendue. À partir d'enquêtes qu'ils ont menées dans différents médias (quotidiens nationaux, régionaux, presse en ligne, agences de presse, télévision.), ils proposent, sous forme de leçons, une façon nouvelle de penser le rôle de l'inventivité personnelle et du libre arbitre dans le travail des journalistes. Cette réflexion sur la subjectivité journalistique ne contribue pas seulement à une plus fine connaissance des mondes du journalisme et de leurs évolutions actuelles. Elle soulève aussi un enjeu démocratique crucial : est-il légitime de fonder la critique des médias d'information sur la reconnaissance d'une responsabilité personnelle des journalistes ? Question dont dépend peut-être aujourd'hui, plus que jamais, l'avenir du journalisme lui-même. Cyril Lemieux est sociologue, maître de conférences à l'EHESS et membre de l'Institut Marcel Mauss.

  • Les historiens savent qu'ils construisent leurs objets, mais ils ne s'arrêtent guère sur la façon dont ils les construisent.

  • Comment l'art vient-il aux personnes, aux objets, aux activités ? Comment passe-t-on d'une activité quelconque à un art, d'un simple artefact à une ooeuvre et d'un praticien à un artiste ? C'est cette opération qu'explore ce livre, sous le nom d'« artification » : un déplacement durable et collectivement assumé de la frontière entre art et non-art. Conditions pratiques, techniques, sémantiques, juridiques, institutionnelles, organisationnelles... Les enquêtes réunies ici explorent ces différentes dimensions avec les outils de la sociologie pragmatique, attentive à la matérialité des actions observées en situation. Le lecteur circulera ainsi de la danse hip-hop à la photographie, du graf aux métiers d'art, de l'art naïf à l'art brut, des arts primitifs au théâtre, du cirque à la magie, de la typographie au cinéma, de la mode aux objets de culte et de la bande dessinée au patrimoine. Et c'est au terme de ce petit voyage en artification qu'il aura enfin réponse, précisément, à la question : quand y a-t-il art ?

  • L'affaire Bomarzo est une histoire de censure : la censure, par la dictature argentine en 1967, d'un opéra d'Alberto Ginastera et Manuel Mujica Lainez, accusé de « référence obsessionnelle au sexe, à la violence et à l'hallucination ». Ainsi, Bomarzo reste å ce jour l'emblème des persécutions idéologiques de la dictature militaire. D'abord soutenue par le général Onganía lors de sa création å Washington, cette oeuvre de musique contemporaine est, quelques mois plus tard, brutalement exclue de la scène musicale de Buenos Aires par ce même régime. Ses auteurs, pourtant plutôt conservateurs, sont rejetés, condamnés, traités de pervers. Aussi haletante qu'un thriller, la chronique de ce scandale nous fait revivre l'ampleur et la complexité du débat suscité par l'interdiction, et interroge le rôle de l'Église et de l'État comme régulateurs des rapports entre l'art et la morale. En observant le comportement des artistes et des intellectuels pendant ces années sombres, Esteban Buch dévoile les engagements et les compromissions de l'ensemble de la société argentine et, plus largement, éclaire les rapports entre musique et politique au xxe siècle.

  • Rarement le monde médical aura été en France aussi publiquement conflictuel qu'avec l'épidémie de sida, dans la rue, dans les médias, au Parlement, dans les conférences internationales ou dans les tribunaux. Pourquoi ces controverses et quels enseignements en tirer ? De l'affaire de la ciclosporine aux querelles internationales autour des brevets de médicaments, du choc qu'a constitué le début de l'épidémie pour le mouvement homosexuel jusqu'à la crise des antiprotéases, peut-on transformer ce tumulte en un récit intelligible, en une histoire politique du sida ? Au-delà du caractère foisonnant des épisodes, au-delà de la complexité de chacun d'entre eux, une dynamique d'ensemble se dégage, qui les traverses tous. Car ces disputes, loin de n'être qu'un bruit de surface, révèlent, pour peu qu'on sache les lire, des transformations essentielles de notre société, au carrefour de la médecine, de la science et du capitalisme.

  • Le sexe est-il politique ? Non, répondait-on naguère en France : il relève des moeurs. Le sexe n'est-il donc pas politique ? Si, dit-on au contraire dans les années 2000. La liberté et l'égalité sexuelles seraient les emblèmes de la démocratie. Tel est le renversement qu'analyse cet ouvrage, qui parle des États-Unis, de la France - et de la comparaison transatlantique. Genre et sexualité travaillent nos sociétés, et en même temps sont au travail dans les sciences sociales.

  • Consommateurs ou travailleurs, nous sommes quotidiennement exposés à de nombreuses molécules de synthèse, aux effets parfois dangereux. Pourtant, l'émergence de pathologies afférentes à ces substances, fausses couches ou cancers par exemple, reste controversée. À partir du cas, aux États-Unis et en France, d'une famille de solvants toxiques, les éthers de glycol, Jean-Noël Jouzel décrit la mobilisation des avocats, syndicats, associations de consommateurs et autres collectifs engagés dans la reconnaissance de la nocivité de ces substances. En comparant les carrières contrastées de cette cause de part et d'autre de l'Atlantique, il met en évidence les contraintes politiques, économiques et légales qui pèsent sur les formes d'enquêtes étiologiques que déploient ces acteurs. Ainsi, ces mouvements sociaux contribuent à la fois à rendre visibles mais aussi à laisser dans l'ombre les effets pathogènes du monde qui nous entoure. Par une approche comparée des enjeux en matière de santé environnementale, ce travail ethnographique construit une sociologie des problèmes publics « à bas bruit » et met en lumière les dynamiques de construction sociale de l'ignorance.

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