Éditions du Noroît

  • Comment survivre à la disparition de la mère ? Comment combler l'espace entre le monde et soi, voire entre soi et soi tant la douleur dévaste tout ? S'accrocher au paysage, bien sûr - lieu où elle a passé, où son souvenir toujours refait surface. Et l'écrire, en former des images que l'on voudrait réparatrices. Mais toujours en vain puisque, malgré sa continuité, le monde jamais n'arrive à taire le silence de la mort.

  • Fenêtre sur un monde en ruines où se mêlent l'angoisse et la solitude, la nostalgie et l'enchantement, la grâce et le deuil, «Du chant et de l'if» marque une entrée en littérature sur le mode d'une naissance tant la volonté de la poète de dire le mystère et l'intensité de vivre s'incarne dans une langue pure et transparente.

  • Choisir entre le scalpel et le couteau, se placer devant un miroir. Avoir les mains propres avant de fouiller. Marquer le centre du front, insérer la lame et percer la boîte crânienne. Poursuivre le découpage selon l'axe naturel de la tête, ouvrir chaque côté comme on ouvre un livre. Répéter l'opération afin de séparer les deux hémisphères, regarder. Aller chercher ses obsessions ; les miennes se trouvent à deux centimètres de profondeur. Sitôt repérées, pulvériser entre le pouce et l'index. Les puits se rempliront alors. Recoller le crâne, recoudre le front, avaler une tasse de café, commencer à écrire.

  • Nul si découvert est le récit des craquements qui apparaissent à la
    veille de la grande débâcle amoureuse. Ces mots couverts de braise,
    ce papier peint qui s'étiole sur le coin de la bouche, les post-it de mots
    précieux qui ne collent jamais au frigo; comme des signaux de fumée
    annonciateurs de l'incendie qui fait rage en dedans. Le pyromane, c'est
    lui. Tout y passe, le hurlement avale la lumière et prend les corps sur son
    passage, rompt les engagements. C'est sur la fine poutrelle qui le mènera à
    lui qu'il trouvera les ancrages du pardon. Nul si découvert est un dilemme
    impossible, c'est la quête d'un homme emmêlé dans les cordages de sa
    parole et qui advient en décoffrant une à une les poupées russes du silence.

  • Entre un passé idéalisé et un présent fugitif, ce livre suit la trajectoire erratique d'un déclin personnel. Paysages d'une fuite en Europe de l'Est, réminiscences d'un Chicoutimi natal et projections dans un dépaysement forcé par un face à face avec le père en soi ; le poète retrace les tribulations d'un « je » s'allégeant d'un fardeau atavique en nommant une mémoire où le poème puisse exister.
    Néo-lyrisme et littérature du terroir se conjuguent en une poésie narrative où, pour parvenir au chant, il faut défigurer les repères, profaner les symboles, soigner les liens filiaux et ainsi, soi-même, devenir père.

  • Dans ce premier livre, le poète questionne ses origines, mais très largement, dans un sens qui n'est pas uniquement autobiographique. C'est un questionnement qui recouvre divers aspects de la vie, de ce qui le constitue dans l'écriture même. « Dans le ventre la nuit / prend ses aises... », enracinant sa connaissance dans un chemin à parcourir davantage que dans un chemin parcouru. L'inquiétude du corps conduit le poète entre cime et humus vers une joie souhaitée. L'analogie avec l'arbre, notamment, réalise le désir de l'écriture, de même le va-et-vient entre soi et l'amour génère une méditation de nos lieux intimes.

  • Quelque chose d'organique habite L'Ondée où un récit court en filigrane des poèmes. Le désir de se lier, voire de fusionner avec l'autre, chevauche un sentiment de honte. Dans cette tension entre les deux pôles, la ville, l'amour, la nature sont autant de révélateurs d'un paysage intime, d'une quête qui traverse l'espace. Entrée dans cette fêlure, la poète cherche la voie qui conduit vers l'autre. Entre failles et apaisements, le dialogue ouvre le langage à renouveler son rapport au monde.

  • Le corps est un territoire disloqué dans le temps. Angoisses, visions et souvenirs le parcourent et projettent sur des écrans imaginaires une géographie remodelée par la frayeur et la joie. La chambre blanche est un lieu où résonnent tant les fracassements de la rage que ceux de la dépossession ; on y explore les filigranes inattendus de la ville, ceux que le fleuve et les forêts dessinent.

  • Le mime relaie le geste là où la parole s'arrête. Voilà sa manière de porter un monde : dans son corps, il pense figure, il pense rythme, il pense poème. Un jour, nous apprendrons en lui, et par lui, à articuler quelques mots d'un silence hébété, de gestes et de peaux. Le mime nous sauvera-il de la faim si grande, de notre gueule de bois, de nos tempêtes, déserts de ciment et d'acier ? Dans le refuge que sera devenu son visage, nous ne demanderons peut-être, toi et moi, qu'à disparaître.
    Les poèmes qui forment ce recueil trace le portrait d'un homme au limite du social : l'itinérant, dont la voix demeure, comme pour le mime, inaudible.

  • Voici un premier livre aiguisé sur les pierres comme celles que les anciens forçats fracassaient avec leurs membres. La liberté de parole du poète est absolue et elle soppose à la décadence du monde. Le livre se construit dans cette révolte métaphysique : mots comme pierres lancées à la face du monde. Ici, la parole veut libérer, dénouer les sangles qui enferment les êtres de leur condition de prisonniers. À cela, il faut ajouter le plain-chant dune voix qui exacerbe les sens et se constitue en musique. Musique mordante pour des temps deffondrement.

  • Dans le parcours de la mémoire, surgissent des stigmates de la guerre. L'effroi silencieux, les blessures invisibles, l'empreinte de la peur, l'abîme du rien subsistent et altèrent le réel.
    Le regard se pose sur les disparus de la guerre et sur ceux d'aujourd'hui. Leurs voix, leurs mains se joignent dans la poussière des mots ou des adieux déportés. Le lointain, l'ailleurs, se glissent dans les failles du présent, se lient au chant des traces obscures en nous, en écho à l'état de guerre.

  • L'histoire, en neuf actes, d'une rencontre - d'une relation. Nous ne dirons pas d'un amour, car qu'est-ce que l'amour ; l'attachement ? Quel fil nous lie alors que nos pensées, nos corps, vont forcément en sens inverse ? Ce recueil tire le fil ténu d'une narration en vers et en proses poétiques pour exposer la fragilité d'un homme à même ses excès.

  • «Il fait un temps de bête bridée» évoque la traversée d'un troupeau dans la grisaille, où le narrateur, bête parmi les bêtes, lève les yeux au ciel avant de secouer la tête et de continuer son chemin. Il espère que le poème, malgré son obsolescence programmée, les mènera ailleurs qu'au bord du gouffre. Or, un point de fuite, une présence féminine entre les branches laisse présager qu'un après pourrait avoir lieu. Ce lendemain, le poète l'appelle de toutes ses forces dans une langue parfois verte, mais résolument lyrique.

  • Ce recueil évoque la rencontre entre une femme et le territoire de la Côte-Nord. Les grands déserts de toundra, la mer, l'omniprésence du vent: que font ces choses à la voix, au corps? Comment est-ce qu'elles teintent le rapport à soi, mais également à l'autre? Plus qu'une rencontre, cela devient une inscription de cette femme dans la pleine nature, à la recherche dirait-on de la relation la plus simple qui soit à ce qui l'entoure et la touche. La fragilité ici est brute, la solitude induite par l'isolement et la vastitude des lieux est extrême; l'écriture est dès lors plus proche de soi et de l'autre.

  • Ce recueil à la tonalité lyrique et intimiste évoque le parcours d'un sujet qui va à la rencontre du monde qui l'entoure et l'habite, attentif au dépouillement nécessaire à l'émergence de la voix. L'auteure y propose une réflexion sur le rapport de l'être-au-monde au sein duquel le corps chute d'abord avant de fusionner avec un territoire inconnu, entrevu au « passage du regard ». « Ombre blanche sur horizon blanc » explore les thèmes de la mort, de l'inachèvement et de l'exil, jusqu'à l'effacement de soi. Le sujet des poèmes est tout en failles et c'est précisément ce qui le porte vers l'espoir, l'appel d'un horizon, celui de l'être et du sens, dont l'équilibre émerge dans l'ouverture à l'altérité en soi, figurée par cet horizon.

  • « Une espèce de l'abîme » est un bestiaire qui retrace ce qui naît du rien et ce qui disparaît dans l'éphémère. Des fragments laissés dans l'argile, par une espèce en mouvement sur un territoire qui s'effrite. Mémoire d'un temps post-immuable. Après avoir fait paraître deux poèmes mis en lecture par Chloé Sainte-Marie dans le recueil-CD « À la croisée des silences », Audrey Gauthier offre ici l'ampleur de son souffle. L'écriture s'y avère d'une justesse exemplaire d'un distique à l'autre où la poète cherche un équilibre entre le paysage et son intériorité - toutes deux menacées d'effritement.

  • Dans «À propos du ciel, tu dis», deux voix, celles d'une mère et de sa fille, tentent de se rejoindre. Dans les premières parties du recueil, les échos d'un passé, qu'elles ne parviennent pas à lier au présent, les traversent. En elles les émotions, les souvenirs, s'enchaînent et disparaissent aussitôt. Puis, peu à peu, se produit un renversement : la mère va vers sa fille, qui s'est réfugiée dans la forêt pour apprendre sa langue et enfin venir au monde. Ce recueil est en définitive consacré au don, à ce qui s'ouvre dans la voix : celle-ci dévoile dans les sujets son amour, elle révèle leur faille plutôt que d'éclairer les évènements. La mère et la fille s'éprouvent ainsi comme lieux de passage ; elles en sont d'abord effrayées, mais la parole leur offre finalement le recommencement qu'elles espèrent.

  • «Comment finissent les arbres» est le texte involontaire d'une mémoire spasmodique dont les à-coups - des listes, des moments, des incipits de récits, des non-poèmes et des poèmes - composent une fresque protéiforme de voix et d'espace-temps. Plus concrètement, ce texte tente à sa manière de gérer ses revenants, d'aménager un lieu où peuvent se côtoyer l'échec de la transmission de l'héritage catholique, l'existence vide des banlieues et les plus banales questions métaphysiques.

  • Ce recueil propose une suite de tableaux où la lumière et la période de l'année sont définies, mais pas le lieu. Dans l'engendrement du poème, l'activité de la mémoire et de la pensée répond à une impulsion musicale. Musique de l'esprit au sens mallarméen du terme, le poème emprunte les chemins sur lesquels la parole devient sonore pour atteindre une rythmique visuelle où les mots recouvrent une véritable matérialité musicale - comme le rêve d'un poème qui prolongerait un regard longuement porté sur le spectacle le plus simple : une fleur dans un vase, la courbe d'une colline, l'éclat d'un caillou, la douceur d'un visage. L'existence dans ce qu'elle a de profond et de durable n'est-elle pas silence, inaction, repos et présence à ce qui est ?

  • "Une fin en soi" donne à voir et à entendre les multiples relations entre les êtres et les objets, entre les poètes et leur source d'inspiration. Mais c'est avant tout à un regard empathique posé sur des poètes tout autant lumineux qu'évanescents que cette poésie nominative nous convie. Une économie de mots inversement proportionnelle à la densité des propos laisse pressentir la brillance des artistes évoqués ; la fulgurance de leur inspiration.

  • En plein jour, au coeur de l'ordinaire le plus confortable, se révèle graduellement un gouffre immense, l'échappée de tout sens qui vide le corps de son sang, l'espace d'un instant. Immobile dans l'appartement, en attente de rien, une paume ouverte reçoit la chaleur toute intime d'une étoile incroyablement distante. Celui qui fait face à ces ouvertures blanches dans la trame des jours cherche à les traduire, mais le bourdonnement de sa conscience, où les hantises volètent comme des papillons de nuit, lui fait entendre une autre voix. Dans un murmure, elle l'invite à apprivoiser le gouffre, à doucement imaginer sa propre disparition.

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